Nargesse Bibimoune, de la cité à la littérature

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Elle a commencé à écrire en 2011 pour "oublier ses problèmes"; des chroniques souvent crues, postées sur Facebook et suivies par des milliers de fans, où Nargesse Bibimoune entre dans la peau d'un voyou de banlieue: un succès qui a poussé un édit AFP PHOT
Elle a commencé à écrire en 2011 pour "oublier ses problèmes"; des chroniques souvent crues, postées sur Facebook et suivies par des milliers de fans, où Nargesse Bibimoune entre dans la peau d'un voyou de banlieue: un succès qui a poussé un édit AFP PHOT

(AFP) - Elle a commencé à écrire en 2011 pour "oublier ses problèmes"; des chroniques souvent crues, postées sur Facebook et suivies par des milliers de fans, où Nargesse Bibimoune entre dans la peau d'un voyou de banlieue: un succès qui a poussé un éditeur marseillais à publier son roman.

Dans son livre "Dans la peau d'un thug" (voyou, ndlr) publié chez Is Edition, cette étudiante de 22 ans en master de sciences politiques à Lyon, se glisse dans le personnage de Youssef, un ancien dealer de haschich de 25 ans "hanté" par le meurtre de son meilleur ami, qui trouve sa rédemption dans l'amour.

"J'ai commencé à écrire un soir de janvier 2011, à 19 ans, j'avais envie d'être dans un personnage totalement différent de moi", raconte cette "idéaliste" au sourire lumineux, qui vit avec sa mère algérienne et ses quatre frères et soeurs dans une cité paisible de Givors, près de Lyon.

Le lendemain, elle poste son texte sur Facebook. Ses amis lui réclament aussitôt "une suite" car le prologue se termine sur le meurtre du meilleur ami de Youssef.

"Au début, j'écrivais le soir dans ma chambre, coupée de la réalité pour me plonger dans une autre", explique la jeune étudiante alors en proie à "une spirale de problèmes personnels", dont la maladie de son père. "Puis j'ai arrêté pendant trois mois et les lecteurs étaient pas contents. Ils disaient que je les faisais rire, pleurer et on m'a beaucoup encouragée à publier un livre", dit-elle.

Ses chroniques "purement fictives" font fantasmer plus de 15.000 lecteurs, en majorité des filles de 13 à 25 ans. Il leur faudra toutefois lire le livre pour connaître l'épilogue.

Youssef est "le contraire du beau gosse ténébreux, même s'il a du charme", il est "marqué par la vie" et "a du mal à montrer ses sentiments", souligne la jeune femme voilée qui se défend d'avoir voulu "témoigner de la vie des cités" mais "veut casser les a priori sur les jeunes de banlieue".

- "Enfance heureuse"-

D'ailleurs, elle ne se sent "pas proche des autres chroniqueuses des cités". "Le Harlequin façon banlieue me fait sortir de mes gonds", assène à propos de ces chroniques à l'eau de rose cette amoureuse de "littérature".

"Ecouter du rap m'a beaucoup inspirée quand j'écrivais", observe Nargesse, qui mêle dans son livre "l'argot des cités avec des phrases joliment construites". D'où nombre de notes de bas de page pour que le lecteur comprenne.

"Ce langage je l'ai utilisé, mais c'est pas moi, je voulais que ça fasse plus vrai, il fallait un langage cru, c'est ce qui plaît aux plus jeunes", se justifie cette jeune femme pudique, qui se définit comme "très religieuse".

En décembre 2012, elle contacte quatre éditeurs. Trois mois plus tard, "Is Edition" lui propose de la publier. "J'étais folle de joie", se rappelle Nargesse.

"Ecrire un livre était un de mes rêves", poursuit celle qui à 15 ans avait dressé une liste des "dix choses à faire avant ses 25 ans". Elle en accompli six à ce jour, dont un pèlerinage à La Mecque en 2012.

Ce roman "triste et sombre" contraste avec la personnalité de Nargesse qui a eu "une enfance heureuse" et se décrit comme une fille "hyper optimiste, aimant la vie et les gens". Elle "veut se spécialiser dans la gestion humanitaire et partir en Amérique Latine, tout en continuant à écrire". Mais elle a encore deux ans d'études à faire.

Tiré à plus d'un millier d'exemplaires, "ce livre a permis de toucher une génération dont les seules lectures sont Facebook ou Twitter", se félicite Harald Bénoliel, président de Is Edition. "Là avec un bouquin qui leur ressemble, ils ont repris goût à la lecture".

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