Muzinich & Co : " Nous avons accru notre encours de 80 % cette année"

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(NEWSManagers.com) -
Entretien avec Eric Pictet, directeur France, Muzinich & Co

Muzinich, " le" spécialiste américain du haut rendement, dispose depuis moins de deux ans d'une antenne à Paris. Les produits de la gamme ont apparemment rencontré leur public, qui découvre progressivement les avantages du high yield à la fois comme diversification et comme adjuvant de performance.




Newsmanagers : La notoriété de Muzinich, gestionnaire américain, semble pour l'instant moindre en France qu'outre-Rhin ou ailleurs en Europe ? Comment l'expliquez-vous ?

Eric Pictet : C'est tout à fait logique si l'on compte que nous avons démarré à Paris il y a deux ans à peine. Pour répondre à votre question : oui, Muzinich est une société de gestion basée aux Etats-Unis, mais son encours, qui atteint 9,2 milliards de dollars contre un peu plus de 6.4 milliards en début d'année, est surtout localisé en Europe, ce qui tient probablement aux origines du fondateur, George Muzinich. Ainsi, les actifs gérés pour les Etats-Unis se situent-ils aux alentours de 600 millions de dollars, à égalité avec l'encours britannique, ce qui est le double du volume géré pour des investisseurs espagnols. Mais l'Allemagne " pèse" à elle seule 2,5 milliards de dollars, a égalité avec la Scandinavie, et l'Italie représente 1,5 milliard de dollars, grâce à un gros mandat institutionnel de 1,3 milliard.

NM : Comment la collecte en France a-t-elle évolué ?

E. P. : Nous en sommes à présent à environ 900 millions de dollars d'encours pour les marchés français et suisse, plus luxembourgeois et belge, la France étant à l'origine de 60-65 % de ce montant. Cette année, nous avons déjà collecté 400 millions de dollars en net à fin octobre, sur 700 millions de collecte brute. Pour être complet, j'ajouterai que nous avons 47 clients actifs sur les 70 que nous avons pu recruter, des banques privées, des family offices et des fonds de fonds ainsi que des companies d'assurance. Les " tickets" sont compris généralement entre 5 millions et 40 millions, notre plus gros client ayant apporté 55 millions d'euros.

NM : Muzinich est (re)connu pour sa spécialisation sur le créneau du haut rendement. Quels produits distribuez-vous ?

E. P. : En dehors des mandats et de l'activité de " sub-advisor" nous proposons une sicav coordonnée de droit irlandais (Muzinich Funds) qui affiche environ 2,6 milliards de dollars d'encours et qui comprend cinq -et bientôt six- compartiments.
NM : Quels sont-ils ?

E. P. : AmericaYield, lancé en 1998, affiche 1,5 milliard de dollars ; il se focalise exclusivement sur les émissions B-BB américaines et comporte des parts couvertes dans différentes devises. Le TransatlanticYield est un produit 80 % Etats-Unis, 20 % euro de 350 millions de dollars investis dans des crédits B-BB- avec une diversification actuelle de 4 % dans des signatures CCC et une duration de 4 ans, sensiblement équivalente à celle du marché. Quant au ShortDuration, que nous avons lancé le 4 octobre, c'est une version similaire à l'AmericaYield, avec 90 % d'émissions en dollars, mais une duration inférieure à 2 ans. Il représente plus de 100 millions de dollars.

NM : Mais vous avez également des fonds libellés en euros ?

E. P. : Deux et bientôt trois, en fait. L'EuropeYield, lancé en 2000, qui pèse 120 millions d'euros et dont la duration se situe à 3,5 ans. Le portefeuille compte environ 65 lignes, mais il faut savoir que l'on ne dénombre que 150 émetteurs possibles, alors que nous avons 150 émissions sur un millier potentiels aux Etats-Unis. D'autre part, nous gérons aussi le fonds EnhancedYield, qui combine investment grade (>60 %) et high yield avec une duration structurelle inférieure à 2 ans. Ce produit pèse 350 millions d'euros. Un " soft-closing" pourra être envisagé lorsque les encours atteindront les 700 millions d'euros.

NM : Et le troisième ?

E. P. : Celui que nous lançons en ce moment est le BondYield ESG, essentiellement euro, avec 80 % d'émissions investment grade et 20 % de high yield. Il devrait être amorcé à hauteur de 50 millions d'euros par des institutionnels scandinaves et affichera une duration de 5-6 ans. Le filtrage ESG (environnemental, social et de gouvernance) est assuré par le consultant Sustainanalytics.

NM : Muzinich envisage-t-il de lancer de nouveaux produits ?

E. P. : Laissons d'abord aux deux derniers-nés le temps de " faire leur trou" . Mais nous avons bien sûr quelques projets dans nos cartons, comme un fonds crédit de performance absolue, voire un produit obligataire marchés émergents.

NM : Quel est, en règle générale, le taux de rotation des portefeuilles de vos fonds ?

E. P. : Il faut savoir que, dans notre univers, nous avons 87 % de " callables" - ndlr : des obligations qui peuvent être remboursées avant l'échéance -, ce qui augmente naturellement le " turnover" . En moyenne, je dirais que le taux de rotation se situe à 50 %.

NM : Comment traitez-vous les financières ?

E. P. : Nous les évitons, sauf dans le fonds EnhancedYield, où nous en avons 10-15 %, et toujours des très " senior" . Et pourtant : n'oubliez pas que, dans la classification Merrill Lynch, les financières représentent environ 50 % de l'indice " Investment Grade" !

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