Mue laborieuse des banques dans le financement de projets

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par Christian Plumb

PARIS (Reuters) - Les banques françaises, réticentes à financer directement les entreprises dans un contexte de crise et de nouvelle réglementation, deviennent plus sélectives dans leur politique de crédit et s'efforcent de trouver de nouveaux mécanismes de financement susceptibles d'alléger leur bilan.

L'expérience récemment vécue par le groupe pétrolier norvégien Det Norske en témoigne.

En 2010, Det Norske s'était tourné vers BNP Paribas pour l'aider à monter en tant que chef de file une ligne de crédit de 4,5 milliards de couronnes (792 millions de dollars). Mais il a trouvé porte close le mois dernier lorsqu'il a cherché à emprunter 500 millions de dollars, et il n'a eu d'autre choix que de se tourner vers des banques scandinaves comme DNB, Nordea et SEB.

"Cela montre à quel point les choses évoluent", souligne Yannick Naud, gérant de portefeuille chez Glendevon King Asset Management, à Londres.

"Dans ce type de financement, il est difficile de gagner des parts de marché, et en perdre prend aussi du temps probablement", ajoute-t-il. "Mais en vitesse de croisière, si vos coûts de financement sont trop élevés, vous n'êtes pas en mesure de garder la cadence."

Jusqu'à l'été dernier, tant que la liquidité en dollar était abondante et bon marché, les opérations de financement dans le secteur de l'énergie étaient un terrain de chasse prometteur pour des établissements comme BNP Paribas.

Mais la crise de la dette souveraine en zone euro et la raréfaction des ressources en dollar ont radicalement changé la donne dans la banque de financement et d'investissement (BFI).

TROUVER DES INVESTISSEURS

Engagées comme de nombreuses autres banques européennes dans des programmes de réduction de bilan, BNP Paribas, le Crédit agricole et Société générale s'efforcent de conserver leurs parts de marché sur des activités de niche comme le financement du commerce maritime ou le financement de projets.

Les banques françaises travaillent dans le même temps à transformer leurs activités de BFI pour alléger leur bilan et redistribuer les prêts qu'elles structurent à des investisseurs. Ce que les banquiers appellent dans leur jargon le concept de 'originate-to-distribute' ('concevoir et distribuer').

Les nouvelles règles prudentielles de Bâle III incitent d'ailleurs les banques à réduire le poids et la valeur des crédits dans leur bilan. D'où l'idée de les structurer et d'aider les entreprises à trouver des investisseurs pour y souscrire, à l'image de l'emprunt obligataire de 1,3 milliard de dollars émis en février par le groupe gazier Dolphin Energy, de l'émirat d'Abou Dhabi.

Mais la tâche s'annonce difficile pour les banques françaises tant les investisseurs ont été échaudés par la crise des 'subprimes' de 2007 et par les excès de la titrisation des années passées, qui consistait à transférer les risques des produits financiers sur les marchés.

Les dirigeants des banques le reconnaissent eux-mêmes.

"Il y a un intérêt potentiel de la part des fonds de pension, des assureurs ou des gestionnaires de portefeuilles pour ce type d'actifs mais il y a du travail à faire pour éduquer et concevoir ce type d'actifs afin que ces derniers puissent être vendus", déclarait fin mars Frédéric Oudéa, le PDG de la SocGen, lors d'une conférence pour investisseurs.

D'autres types de financement sont aussi susceptibles d'être à terme structurés pour être vendus à des investisseurs, notamment dans le financement à l'export et le financement d'infrastructures.

De nombreux investisseurs restent néanmoins sceptiques quant à la capacité de la Société générale et du Crédit agricole à transformer à brève échéance leurs activités de financement.

"BNP a probablement plus de chances que toute autre banque française pour le faire dans la mesure où ils ont des positions fortes sur certains segments de marché mais cela va prendre beaucoup de temps", explique Yannick Naud.

Matthieu Protard pour le service français, édité par Dominique Rodriguez

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