Mouammar Kadhafi tué après la prise de Syrte

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par Rania El Gamal et Tim Gaynor

SYRTE, Libye (Reuters) - Mouammar Kadhafi, qui a dirigé d'une main de fer la Libye pendant près de 42 ans, est mort jeudi quelques heures après la prise de Syrte et deux mois après la chute de son régime.

Le Conseil national de transition (CNT), le pouvoir intérimaire libyen, prévoit d'annoncer la "libération" de la Libye samedi à Benghazi, la grande ville de l'Est libyen d'où le soulèvement contre l'ex-guide de la révolution a débuté en février dernier, et l'Otan a fait savoir que sa mission approchait de son terme.

L'ex-guide de la révolution se cachait depuis la prise de Tripoli par les forces du CNT, le pouvoir intérimaire libyen, le 23 août. Il a été capturé puis a trouvé la mort dans des circonstances encore obscures alors qu'il tentait de fuir sa ville natale.

Parti à l'aube, un convoi de quelque 80 véhicules à bord duquel il avait pris place a été "stoppé" à quelques kilomètres de Syrte par une unité aérienne de l'Otan, dont un avion français, a déclaré le ministre français de la Défense Gérard Longuet. Un drone Predator était impliqué, a déclaré ensuite un responsable de l'Otan.

D'après les récits de combattants du CNT, Mouammar Kadhafi a réussi à sortir vivant du raid et s'est réfugié avec ses derniers fidèles dans deux conduites d'évacuation d'eaux usées d'un mètre de diamètre où les "révolutionnaires" l'ont retrouvé.

Les images du corps sanglant et dénudé de Mouammar Kadhafi, prises à l'aide d'un téléphone portable, ont été diffusées par des télévisions du monde entier. D'autres images l'ont montré en vie au moment de sa capture, le visage en sang, entouré de combattants du CNT.

"TABASSÉ ET TUÉ"

Le chef du gouvernement du CNT, Mahmoud Djibril, a déclaré qu'il avait succombé à une blessure par balle à la tête reçue lors d'une fusillade entre ses gardes et les combattants du CNT alors qu'il venait d'être placé à bord d'une camionnette.

Mais une source haut placée du CNT a déclaré que les soldats l'avaient capturé vivant "et alors qu'il allait être transporté, ils l'ont tabassé et ensuite ils l'ont tué".

Sa dépouille a été transportée à Misrata, ville martyre des combats qui ont abouti à la chute du régime kadhafiste. Le CNT prévoit de l'inhumer discrètement et rapidement dans un lieu tenu secret.

Les dirigeants occidentaux, dont les armées ont largement contribué à la chute de Mouammar Kadhafi, ont salué la mort de Mouammar Kadhafi comme une étape historique et le début d'une nouvelle ère pour la Libye.

L'Otan a souligné qu'avec la disparition du guide libyen, sa mission, lancée en mars dernier, officiellement pour "protéger les populations civiles" en vertu de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'Onu, approchait de son terme. L'Alliance mettra fin à sa mission en coordination avec l'Onu et le CNT, a déclaré son secrétaire général Anders Fogh Rasmussen.

"Une nouvelle page s'ouvre pour le peuple libyen, celle de la réconciliation dans l'unité et la liberté", a estimé Nicolas Sarkozy, à l'initiative, avec le Britannique David Cameron, de l'intervention de l'Otan en Libye il y a sept mois.

La mort de Kadhafi prouve que les régimes brutaux "finissent inévitablement par disparaître" et "marque la fin d'un long et douloureux chapitre pour le peuple libyen", a déclaré Barack Obama.

Le secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon a parlé d'une "transition historique" pour la Libye et la chancelière Angela Merkel a déclaré que l'Allemagne était "soulagée" de voir s'achever une "guerre sanglante menée par Kadhafi contre son propre peuple".

Seule note discordante dans ce concert, le président vénézuélien Hugo Chavez a dénoncé l'assassinat d'un martyr.

"LIBRES, C'EST TOUT CE QUI COMPTE"

Né en 1942, l'ex-guide avait accédé au pouvoir en septembre 1969. Il a été emporté par le "printemps arabe" à la suite du Tunisien Zine ben Ali et de l'Egyptien Hosni Moubarak.

A Tripoli et dans les grandes villes du pays, les Libyens ont fêté la nouvelle en tirant en l'air et en agitant le nouveau drapeau national, rouge, noir et vert.

"Nous sommes libres, c'est tout ce qui compte", a déclaré Ali Djilani Chiha, un habitant de la capitale. "Nous ne pensons pas à ce qui viendra après. L'important est que ce dirigeant cruel ait disparu."

Les derniers résistants de Syrte, port de pêche dont Mouammar Kadhafi voulait faire la nouvelle "capitale de l'Afrique" et aujourd'hui en ruines, ont rendu les armes dans la matinée. Un autre fief kadhafiste, Bani Walid, au sud-est de Tripoli, a été pris il y a deux jours.

Deux fils de Kadhafi, Moutassim et Saïf al Islam, se cachaient également à Syrte. Moutassim a été tué alors qu'il tentait de résister à ses gardes, selon un responsable militaire du CNT. Son corps a été exposé dans une maison de Misrata où des habitants se relayaient pour le voir et prendre des photos avec leurs téléphones portables.

Le conseil intérimaire au pouvoir a dit ignorer le sort de Saïf al Islam, son fils politiquement le plus engagé, qui aurait été cerné par des combattants en tentant de fuir la ville.

Le pouvoir intérimaire libyen a également annoncé la mort de son ministre de la Défense, Aboubaker Younès, et l'arrestation de son ancien porte-parole, Moussa Ibrahim.

Mouammar Kadhafi était réclamé par la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, qui l'avait inculpé de crimes contre l'humanité et avait diffusé un mandat d'arrêt à son encontre. Sa mort évite un long procès qui aurait pu diviser la Libye et embarrasser des gouvernements occidentaux.

Les nouvelles autorités ont devant eux un immense chantier.

La Croix-Rouge a rappelé jeudi que des charniers étaient encore découverts régulièrement en Libye et que de nombreux corps dans les hôpitaux ou au bord des routes n'étaient pas réclamés.

Les ethnies, tribus et régions libyennes sont divisées et le pays doit fait l'apprentissage de la démocratie, se réconcilier, et relancer l'extraction pétrolière, sa principale source de revenus.

L'Otan, Barack Obama, Nicolas Sarkozy ont tous lancé des appels à l'unité.

"Il est temps de bâtir une nouvelle Libye, une Libye unie", a déclaré Mahmoud Djibril. "Un peuple, un avenir."

Avec les rédactions de Reuters, Clément Guillou et Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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