Mossoul, deuxième ville d'Irak, tombe aux mains de l'EIIL

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DES MILLIERS DE FAMILLES FUIENT MOSSOUL, DANS LE NORD DE l'IRAK
DES MILLIERS DE FAMILLES FUIENT MOSSOUL, DANS LE NORD DE l'IRAK

par Ziad al Sinjary

MOSSOUL Irak (Reuters) - Mossoul, deuxième ville d'Irak et capitale de la province septentrionale de Ninive, est entièrement aux mains des rebelles sunnites de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), groupe dissident d'Al Qaïda, après quatre jours de combats.

Face à ce revers militaire, le Premier ministre chiite, Nouri al Maliki, a lancé mardi un appel à l'aide internationale contre le "terrorisme" et demandé au parlement de décréter l'état d'urgence dans le pays dont plusieurs villes du nord sont le théâtre d'affrontements entre insurgés et forces de sécurité.

Une session extraordinaire du parlement est prévue jeudi pour un vote sur cette motion qui requiert une majorité des deux tiers.

Des habitants de Mossoul ont indiqué que le drapeau noir de l'EIIL flottait sur les bâtiments publics de la ville.

La chute de Mossoul constitue une sévère défaite pour le pouvoir central à Bagdad car il confirme les progrès des sunnites sur le terrain depuis une année.

D'autres éléments de l'EIIL ont franchi la frontière pour venir se mêler au conflit syrien et enregistrent depuis six semaines des gains importants dans l'est de la Syrie.

A Mossoul, des responsables militaires et policiers ont indiqué à Reuters que les rebelles de l'EIIL, disposant d'armes antiaériennes et de lance-roquettes, avaient pris possession de la plupart des points de contrôle que tenaient les forces de sécurité dans la ville et à sa périphérie.

"Nous avons perdu Mossoul, ce matin. L'armée et les forces de police ont abandonné leurs positions et les terroristes de l'EIIL disposent d'un contrôle complet", a dit un colonel de l'armée. "C'est un effondrement total de nos forces de sécurité."

SOLDATS DÉMORALISÉS

L'ordre d'évacuation a été donné après la prise de la base militaire de Ghizlani au sud de la ville et la libération de quelque 200 détenus d'une prison de haute sécurité.

Un journaliste de Reuters a vu des policiers se débarrasser de leurs uniformes et jeter leurs armes avant de s'enfuir. Des cadavres des membres des forces de l'ordre étaient visibles dans les rues de la ville.

Deux sources policières et une source gouvernementale ont précisé que les assaillants avaient également libéré un millier de détenus, principalement des membres de l'EIIL et d'Al Qaïda, de la prison de Badouch.

Des milliers de familles ont commencé à fuir leur domicile pour gagner la région autonome du Kurdistan, frontalière de la province de Ninive.

Des officiers de l'armée ont expliqué que leurs soldats étaient totalement démoralisés et n'avaient plus la force de combattre les insurgés.

"Nous ne pouvons pas les vaincre. C'est impossible. Ils sont parfaitement entraînés à la guérilla urbaine et nous ne le sommes pas. Ils nous faudrait toute une armée pour les chasser de Mossoul", a ajouté cet officier.

UNIFICATION DES FRONTS IRAKIEN ET SYRIEN

Ibrahim al Soumeidei, ancien conseiller de Maliki avec lequel il s'est brouillé, a jugé que le chef du gouvernement devrait démissionner au profit d'un cabinet d'union nationale.

"La chute de Mossoul aux mains de l'EIIL signifie que l'EIIL a unifié ses fronts irakien et syrien et qu'ils ont atteint leur objectif", a-t-il jugé.

Lundi, le gouverneur de Mossoul, Athil Noudjaifi, avait appelé ses concitoyens à la résistance. Quelques heures plus tard, il échappait de justesse aux assaillants qui assiégeaient son quartier général.

Noudjaifi, frère du président du parlement, a appelé le président du Kurdistan irakien à déployer ses combattants, les pechmergas, pour lutter contre les "terroristes".

Le Premier ministre du Kurdistan, Nechirvan Barzani, a indiqué que sa région avait tenté de se coordonner avec les autorités fédérales irakiennes mais que la position de Bagdad rendait cela impossible.

Environ 800 personnes ont été tuées en mai en Irak, dont 20 mardi lors d'un enterrement dans un cimetière du nord-est de Bagdad, le bilan mensuel le plus meurtrier depuis le début de l'année.

(Avec Raheem Salman et Ahmed Rasheed à Bagdad, Nick Tattersall à Istanbul, Pierre Sérisier pour le service français)

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  • dupon666 le mardi 10 juin 2014 à 19:46

    encore une grande reussite des strateges US...

  • a.guer le mardi 10 juin 2014 à 19:15

    même avis que CAC1000 : du temps de Sadam, il y avait beaucoup moins de problèmes ...

  • M1531771 le mardi 10 juin 2014 à 18:19

    Alors, combien d'entre eux vont nous demander l'asile politique ?!?

  • cac1000 le mardi 10 juin 2014 à 17:44

    Et au fait, j'espère que vous pompez bien leur pétrole !

  • cac1000 le mardi 10 juin 2014 à 17:43

    Merci les USA, pour tous ces massacres. Votre intervention en Irak leur a apporté la démocratie.