Moscou se prépare à contrer un ralentissement économique

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VERS UN RALENTISSEMENT ÉCONOMIQUE EN RUSSIE
VERS UN RALENTISSEMENT ÉCONOMIQUE EN RUSSIE

par Darya Korsunskaya et Oksana Kobzeva

MOSCOU (Reuters) - Le ministre russe de l'Economie a reconnu jeudi que la crise ukrainienne se traduisait par une accélération des sorties de capitaux et a revu fortement à la baisse la prévision de croissance du pays.

Alexeï Oulioukaïev, qui avait déjà abandonné la prévision officielle d'une croissance de 2,5% du PIB cette année, a estimé qu'elle pourrait se situer autour de 0,6-0,7% si les sorties de capitaux atteignaient 100 milliards de dollars (72,5 milliards d'euros) cette année.

Une telle hypothèse est plausible, voire optimiste puisque, selon les chiffres du ministère de l'Economie, les sorties de capitaux se chiffrent déjà à 70 milliards de dollars pour le seul premier trimestre.

"Avec des sorties de capitaux de 150 milliards de dollars, la croissance devient négative", a déclaré le ministre à l'occasion d'une conférence sur l'investissement à laquelle participaient également son homologue des Finances, Anton Silouanov, et la présidente de la Banque centrale russe, Elvira Nabioullina.

Ce chiffre de 150 milliards, qui pourrait conduire la Russie en récession pour la première fois depuis la crise financière de 2008-2009, a été avancé mercredi par la Banque mondiale, dans l'hypothèse où la crise autour de l'annexion de la Crimée s'aggraverait encore.

Toujours selon la Banque mondiale, le PIB de la Russie pourrait reculer 1,8% en cas de nouvelles sanctions des puissances occidentales consécutives à l'annexion de la Crimée.

La Russie souffrirait particulièrement si les prix du pétrole, principale ressource du pays à l'export, venaient à baisser, font valoir les économistes.

LE GOUVERNEMENT PROMET D'AIDER LES ENTREPRISES

Les décideurs économiques réunis jeudi ont tous affirmé que l'économie russe pouvait se protéger et que la crise autour de l'annexion de la Crimée pourrait l'aider à devenir auto-suffisante.

Cette affirmation fait écho aux appels répétés de Vladimir Poutine à l'adresse des oligarques russes leur demandant de rapatrier leurs capitaux en Russie.

Le ministre des Finances a assuré les entreprises qu'elles pourraient compter sur des aides massives de l'Etat, comme lors de la crise financière de 2008-2009, pendant laquelle le gouvernement avait dépensé une somme estimée à 8% du PIB pour soutenir les grandes banques et les principales entreprises du pays.

La Russie pourrait notamment puiser pour ce faire dans le fonds souverain alimenté par les taxes sur le secteur pétrolier, dont les actifs sont évalués à 87,3 milliards de dollars, a déclaré Anton Silouanov.

La présidente de la Banque centrale a plaidé pour sa part pour des mesures de soutien au crédit bancaire, évoquant une opération de refinancement des banques à trois ans garanti par des programmes d'investissement soutenus par l'Etat.

"Nous nous attendons à ce qu'une des conséquences des événements récents soit une augmentation de la demande de crédits à l'intérieur du pays si l'accès aux prêts à l'étranger est réduit pour les entreprises et les banques" a-t-elle dit.

(Patrick Vignal pour le service français, édité par Marc Angrand)

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