Moscou retire ses troupes de l'est de l'Ukraine-Porochenko

le
0

* 70% des soldats russes se sont retirés, dit Porochenko * Un statut spécial envisagé pour le Donbass, pas de fédéralisme * L'OSCE favorable à un délai pour les sanctions contre Moscou * Amnesty accuse les deux camps de crimes de guerre (Actualisé avec Porochenko, OSCE, Amnesty, Choïgou) par Pavel Polityuk et Gareth Jones KIEV, 10 septembre (Reuters) - Le président ukrainien Petro Porochenko a déclaré mercredi que la Russie avait rapatrié sur son territoire la majeure partie des troupes qu'elle avait déployées dans l'est de l'Ukraine, laissant espérer la possibilité d'un processus de paix. La Russie nie être intervenue en Ukraine aux côtés des séparatistes, ou même soutenir ces derniers, ce qui n'a pas empêché le président Vladimir Poutine de négocier l'accord de cessez-le-feu entré en vigueur vendredi. "D'après les dernières informations que j'ai reçues de nos services de renseignement, 70% des troupes russes ont franchi la frontière dans l'autre sens", a dit Petro Porochenko lors d'une réunion du gouvernement. Lors de cette intervention, le chef de l'Etat a précisé qu'une feuille de route dont le contenu a été accepté la semaine dernière par l'Ukraine et par les séparatistes pro-russes préserve le concept de souveraineté et d'unité dans les frontières du pays. Un texte de loi accordant un statut spécial à certaines zones occupées par les rebelles dans les régions de Donetsk et de Louhansk sera soumis au Parlement la semaine prochaine, a toutefois déclaré le chef d'Etat, en excluant toutefois le "fédéralisme" souhaité par Moscou. "Le protocole (signé à Minsk vendredi dernier) prévoit la restauration et la préservation de la souveraineté ukrainienne sur l'ensemble du territoire du Donbass comprenant les zones contrôlées par les combattants", a dit Petro Porochenko. "Il n'est pas question de fédéralisme ni de sécession", a-t-il insisté. Le chef de l'Etat a par ailleurs déclaré à ses ministres que le cessez-le-feu signé la semaine dernière par les deux parties dans l'est du pays était difficile à faire respecter en raison des "provocations" des rebelles. L'OSCE POUR UN REPORT DES SANCTIONS L'armée ukrainienne a fait état de six violations de la trêve depuis mardi, précisant que ces incidents n'ont pas fait de victimes. Cinq soldats ont été tués depuis que les armes sont censées s'être tues. Selon un conseiller du Kremlin, Vladimir Poutine et Petro Porochenko sont globalement satisfaits de la manière dont le cessez-le-feu est appliqué. Les deux chefs d'Etat se sont entretenus de la question mardi lors d'une conversation téléphonique, a indiqué Iouri Ouchakov. Un "satisfecit a été exprimé de notre part et de celle des Ukrainiens sur la manière dont le cessez-le-feu est observé, bien que ce soit un processus difficile", a-t-il dit. Kiev et ses alliés occidentaux ne veulent pas relâcher la pression sur Moscou et brandissent la menace de nouvelles sanctions qu'ils hésitent cependant à appliquer. Si Petro Porochenko a signé mercredi une loi autorisant Kiev à sanctionner des sociétés et personnalités russes accusées de soutenir les séparatistes, l'Union européenne n'a toujours pas dit si ou quand les mesures de rétorsion adoptées lundi soir entreraient en vigueur. Le président de la Confédération suisse et dirigeant en exercice de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui supervise la trêve, a jugé mercredi qu'il serait "raisonnable" d'accorder davantage de temps au processus de paix avant d'imposer d'éventuelles nouvelles sanctions. En déplacement à Prague, Didier Burkhalter a ajouté que l'OSCE entendait déployer prochainement des drones pour veiller au respect du cessez-le-feu. AMNESTY DÉNONCE DES CRIMES DE GUERRE L'organisation Amnesty International a de son côté annoncé détenir les preuves que des crimes de guerre ont été commis par les deux camps et a dénoncé le rôle joué par Moscou. "Amnesty International a qualifié le conflit en Ukraine de conflit international et la Russie de belligérante", a déclaré son secrétaire général, Salil Shetty, pendant une conférence de presse à Moscou. Ni Vladimir Poutine ni son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov n'ont répondu aux demandes d'explications de l'ONG, a-t-il ajouté. Sur la défensive depuis qu'elle a été accusée d'intervenir militairement en Ukraine, la Russie a de son côté rejeté mercredi sur Kiev la responsabilité du crash du vol MH17 des Malaysian Airlines, qui s'est écrasé en juillet dans l'est de l'Ukraine. L'Ukraine accuse les rebelles d'avoir abattu le Boeing avec un missile, ce que ces derniers ont démenti en disant ne pas avoir les moyens de mener une telle frappe. Mercredi, le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, n'a pas explicitement cherché à dédouaner les séparatistes, mais il a affirmé que le drame n'aurait pas eu lieu si Kiev n'avait pas décidé d'intervenir militairement dans le Donbass. "La catastrophe s'est produite dans l'espace aérien de l'Ukraine qui porte l'entière responsabilité de ce qui s'est passé", a-t-il affirmé. L'avion, qui a été touché par "un grand nombre d'objets dotés d'une énergie forte", selon un rapport préliminaire de l'agence de sécurité aérienne néerlandaise, a été abattu au-dessus du territoire contrôlé par les rebelles. La catastrophe a fait 298 morts, dont les deux tiers étaient néerlandais. (Avec Thomas Grove et Polina Devitt à Moscou, Nicolas Delame, Pierre Sérisier et Tangi Salaün pour le service français)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant