Moscou réclame des garanties sur la neutralité de l'Ukraine

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LA RUSSIE RÉCLAME DES GARANTIES SUR LA NEUTRALITÉ DE L'UKRAINE
LA RUSSIE RÉCLAME DES GARANTIES SUR LA NEUTRALITÉ DE L'UKRAINE

par Gabriela Baczynska

MOSCOU (Reuters) - La Russie, qui veut avant tout éviter que l'Ukraine n'entre un jour dans l'Otan, a exigé vendredi des garanties juridiques sur la neutralité de son voisin, qui s'est tourné vers l'Europe après la destitution en février du président pro-russe Viktor Ianoukovitch.

Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe, a souligné que Moscou était prêt pour la réunion quadripartite prévue jeudi prochain à Genève avec l'Ukraine, les Etats-Unis et l'Union européenne et a ajouté que la question de la "dette gazière" due par Kiev à la Russie devrait figurer à l'agenda de ces discussions.

Mais il a aussi laissé entendre que la partie russe utiliserait la réunion de Genève pour peser sur l'avenir de l'Ukraine et obtenir notamment l'assurance que les nouvelles autorités de Kiev ne pousseront pas trop loin leur rapprochement avec l'Europe et les Etats-Unis.

"De fermes garanties sur le maintien du statut de non-aligné de l'Ukraine sont nécessaires", a-t-il dit lors d'une rencontre avec des ONG russes, précisant que ces assurances devaient être "inscrites dans la loi".

"L'Ukraine, a-t-il ajouté, ne doit pas devenir un sujet de tension mais un lien dans la chaîne de l'architecture internationale."

"HORS BLOCS"

En juillet 2010, l'ex-président Viktor Ianoukovitch a promulgué une loi "sur les principes de la politique extérieure" qui sanctuarise le statut "hors blocs" de l'Ukraine et lui interdit de se joindre à toute alliance militaire.

Une des grandes craintes de la Russie est précisément de voir Kiev se rapprocher de l'Otan.

L'Alliance atlantique a appelé de son côté Moscou à retirer ses troupes massées aux frontières orientales de l'Ukraine.

L'Otan a diffusé jeudi des images satellite qui confirment selon elle que 40.000 soldats russes sont actuellement déployés près de la frontière ukrainienne. Des blindés, des pièces d'artillerie et des avions de chasse sont également prêts à entrer en action.

Le secrétaire général de l'Alliance, Anders Fogh Rasmussen, qui effectue une tournée dans les capitales d'Europe de l'Est, a redit vendredi à Sofia que la Russie devait retirer ses troupes et s'engager dans un dialogue sincère.

L'Otan, a-t-il réaffirmé, ne débat pas d'une éventuelle intervention militaire en Ukraine mais prend les mesures nécessaires pour assurer efficacement la protection de ses partenaires.

NOUVELLE CONSTITUTION ADOPTÉE EN CRIMÉE

En Crimée, revenue dans le giron russe à la faveur d'un référendum contesté soixante ans après son rattachement à l'Ukraine, les députés ont adopté vendredi à l'unanimité une nouvelle constitution qui finalise l'annexion à la Fédération de Russie et doit régler les incertitudes financières et juridiques qui pénalisent les entreprises criméennes.

Sur les 100 membres que compte le Parlement régional, 88 étaient présents. Et la session était ouverte à la presse pour la première fois depuis que des hommes armés ont pris le contrôle du bâtiment, le 27 février dernier.

La nouvelle constitution prévoit que la Crimée sera pleinement intégrée à la Fédération de Russie au 1er janvier prochain, le temps de mener à son terme un nécessaire processus de transition.

Les élus criméens ont également adopté une motion de soutien aux manifestants séparatistes pro-russes qui occupent toujours des bâtiments publics à Donetsk et Louhansk, dans l'Est ukrainien, et réclament eux aussi un référendum sur le modèle de la consultation du 16 mars qui a consacré le rattachement de la Crimée à la Russie.

Les autorités de Kiev refusent et assurent que ces occupations, de même que les appels de Moscou en faveur d'une réforme constitutionnelle ukrainienne qui donnerait plus de pouvoirs aux régions, s'inscrivent dans un plan soutenu par le Kremlin pour démanteler l'Ukraine.

Faux, a répondu Lavrov. "Nous ne pouvons pas être mus par un tel désir. Cela contredit les intérêts essentiels de la Fédération russe. Nous voulons une Ukraine entière à l'intérieur de ses frontières actuelles, mais avec un respect plein et entier pour ses régions", a-t-il dit, cité par l'agence de presse RIA.

(avec Alissa de Carbonnel à Simféropol et Tsvetelia Tsolova à Sofia; Henri-Pierre André pour le service français, édité par Eric Faye)

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  • ZvR le jeudi 24 avr 2014 à 15:53

    Jusqu'au coup d'état les russes soutenaient financièrement l'ukraine. Depuis qu'ils sont pouvoir le nouveau gouvernement passe son temps à cracher sur les russes, ça aide pas. faut assumer. Le problème c'est que l'aide mirifique promise par les occidentaux ne se matérialise pas........

  • guinard8 le vendredi 11 avr 2014 à 17:49

    La Russie réclame la neutralité pour l'Ukraine... mais exige que tout le monde sauf elle éponge les dettes de l'Ukraine et l'aide à payer sa facture de Gaz - avec 30% d'augmentation !Quel cynisme !