Moscou menace la Turquie de représailles économiques

le , mis à jour à 18:24
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    ISTANBUL/MOSCOU, 26 novembre (Reuters) - Le gouvernement 
russe a menacé jeudi la Turquie de représailles économiques et 
attend toujours une explication au surlendemain de la 
destruction d'un chasseur-bombardier russe par l'aviation turque 
près de la frontière syrienne.  
    Réagissant aux propos tenus la veille par le Premier 
ministre russe Dmitri Medvedev, selon lequel Ankara achète du 
pétrole aux djihadistes syriens de l'Etat islamique, le 
président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé Bachar al Assad et 
ses alliés, Russes y compris, d'être les véritables parrains 
financiers et militaires du mouvement. 
    La destruction du Su-24 mardi par la chasse turque est sans 
précédent dans l'histoire des relations entre la Russie et les 
Etats membres de l'Otan, dont la Turquie occupe le flanc est. 
    Le navigateur a pu être récupéré sain et sauf mardi soir par 
les forces spéciales syriennes et russes, mais le pilote qui 
s'est également éjecté a été tué par les rebelles. Un autre 
militaire russe a trouvé la mort dans l'opération organisée pour 
les récupérer.  
    Dmitri Medvedev a ordonné à son gouvernement de préparer des 
mesures de rétorsion. Moscou pourrait ainsi geler plusieurs 
projets commerciaux et réduire ses importations de biens 
alimentaires turcs.   
    Selon le ministre de l'Economie, Alexeï Oulioukaïev, les 
liaisons aériennes pourraient également être affectées, tout 
comme les négociations sur la libéralisation des échanges 
bilatéraux. Le projet d'oléoduc TurkStream et la centrale 
nucléaire que les ingénieurs russes construisent en Turquie sont 
également menacés, a-t-il précisé.  ID:nL8N13K2I0  
    Le ministère russe de la Défense a par ailleurs annoncé 
jeudi la suspension de la coopération militaire avec la Turquie 
et le gel des contacts téléphoniques pour le partage 
d'informations sur les raids aériens en Syrie.      
    "Nous sommes des partenaires stratégiques (...) Comment des 
projet communs pourraient-ils être suspendus ? Comment nos liens 
pourraient-ils être rompus ?", s'est interrogé le président 
turc, qui prononçait un discours à Ankara.  
    "D'abord, les responsables politiques et nos militaires 
doivent s'asseoir autour d'une table pour parler des erreurs qui 
ont été commises, puis se concentrer sur les moyens à mettre en 
oeuvre des deux côtés pour surmonter ces erreurs. Mais, si nous 
nous laissons porter comme cela par l'émotion, ce n'est pas 
bon", a-t-il poursuivi.  
     
    HOLLANDE À MOSCOU 
    Le Kremlin a fait savoir qu'il attendait toujours une 
explication plausible pour l'incident de mardi. Moscou assure 
que l'avion n'a jamais pénétré dans l'espace aérien turc, alors 
qu'Ankara affirme que son équipage l'a fait en connaissance de 
cause et en dépit de multiples avertissements.  
    Selon Recep Tayyip Erdogan, l'aviation turque a eu "une 
réaction automatique" conforme aux procédures en vigueur en cas 
de violation de l'espace aérien.  
    L'incident n'a rien à voir avec les divergences concernant 
le conflit syrien, a-t-il souligné, ajoutant que la Turquie 
continuerait à soutenir l'opposition jugée modérée et les 
rebelles turkmènes bombardés par l'aviation russe.  
    "Vous devriez avoir honte", a repris Erdogan, évoquant les 
propos de Medvedev. Ceux qui affirment que nous achetons du 
pétrole à Daech doivent étayer leurs affirmations. Personne ne 
peut diffamer ce pays."  
    "C'est à ceux qui ont violé notre espace aérien de présenter 
des excuses", a-t-il en outre estimé, selon CNN.  
    "Il semble que les autorités turques poussent de manière 
délibérée les relations vers une impasse", a rétorqué Vladimir 
Poutine.   
    La Russie, qui intervient militairement depuis le 30 
septembre en Syrie, assure s'en prendre à l'EI, mais Ankara et 
ses alliés occidentaux l'accusent de bombarder des rebelles 
modérés pour soutenir Bachar al Assad. L'EI n'est pas présent 
dans la région de Lattaquié où le Su-24 a été abattu. L'aviation 
russe a encore pilonné le secteur mercredi.   
    Le secrétaire d'Etat américain John Kerry et la porte-parole 
de la diplomatie européenne Federica Mogherini se sont 
entretenus le même jour avec Sergueï Lavrov pour inviter Moscou 
à résoudre calmement le contentieux. 
    François Hollande a quant à lui indiqué lors d'une 
conférence de presse avec la chancelière allemande Angela Merkel 
que la France oeuvrait à l'apaisement. Le président français 
effectue ce jeudi une visite à Moscou.  ID:nL8N13L1QW  
 
 (Tulay Karadeniz; Pierre Sérisier et Jean-Stéphane Brosse pour 
le service français) 
 
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