Moscou et Washington concluent un accord de trêve en Syrie

le , mis à jour à 06:56
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    * Une trêve doit entrer en vigueur lundi au coucher du 
soleil 
    * L'accord entend faciliter des opérations humanitaires 
    * Coopération entre Moscou et Washington si la trêve est 
respectée 
    * Démilitarisation d'Alep 
 
 (Actualisé avec précisions, Pentagone et émissaire de l'Onu) 
    par David Brunnstrom et Tom Miles 
    GENEVE, 10 septembre (Reuters) - Les Etats-Unis et la Russie 
ont salué un accord majeur samedi à Genève pour remettre en 
marche le processus de paix en Syrie, comprenant notamment 
l'instauration d'une trêve nationale à compter de lundi, au 
coucher du soleil. 
     Les deux pays entendent également mettre en place des 
corridors sûrs pour les opérations humanitaires et organiser des 
actions coordonnées contre des groupes islamistes. 
    "Aujourd'hui, Sergueï Lavrov et moi, au nom de notre 
président et notre pays, appelons tous les acteurs syriens à 
soutenir le plan auxquels sont parvenus les Etats-Unis et la 
Russie, pour (...) mettre un terme le plus vite possible à ce 
conflit catastrophique par un processus politique", a dit le 
secrétaire d'Etat américain, John Kerry.  
    Le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, a 
déclaré qu'en dépit d'une méfiance persistante, les deux camps 
ont mis au point cinq documents permettant un combat coordonné 
contre le terrorisme et une reprise de la trêve de février sous 
une forme améliorée. D'un commun accord, ces documents resteront 
confidentiels. 
    "Cela crée les conditions nécessaires pour la reprise du 
processus politique qui est à l'arrêt depuis longtemps", a dit 
Sergueï Lavrov lors d'une conférence de presse. 
    Cet accord est le fruit de plus de dix heures de discussions 
à Genève entre les deux pays. Ces deux dernières semaines, les 
pourparlers ont achoppé à plusieurs reprises, Washington 
accusant le régime de Bachar al Assad, soutenu par Moscou, 
d'attaquer des civils. 
    Vendredi, l'annonce de l'accord a été repoussée dans la 
soirée, John Kerry et ses négociateurs ont consulté Washington 
avant de donner leur feu vert. 
     
    SÉPARER DJIHADISTES ET OPPOSITION MODÉRÉE 
    "Le gouvernement Obama, les Etats-Unis, font un pas en avant 
car nous pensons que la Russie et mon collègue (Sergueï Lavrov) 
ont la capacité de faire pression sur le régime d'Assad pour 
mettre fin au conflit et venir à la table des négociation pour 
faire la paix", a-t-il dit. 
    John Kerry a précisé que le "fondement" de l'accord résidait 
dans la promesse du régime de s'abstenir de frappes aériennes 
sur les zones rebelles, même sous le prétexte de viser les 
djihadistes de l'ancien Front al Nosra. 
    "Cela devrait mettre fin aux bombes barils, fin aux 
bombardements sans discernement et cela peut potentiellement 
changer la nature du conflit", a-t-il déclaré. 
    Pendant la trêve, les combattants de l'opposition modérée 
sont invités à se séparer des groupes djihadistes, faute de quoi 
ils pourront être la cible de frappes ultérieures, a dit Kerry. 
Dans de nombreuses endroits du pays, et notamment à Alep, ces 
derniers sont devenus indissociables. 
    Si la trêve instaurée à compter de lundi soir tient pendant 
sept jours, la Russie et les Etats-Unis prépareront une 
coopération, avec des frappes contre le Front al Nosra et le 
groupe Etat islamique (EI), a-t-il ajouté.  
    Un "centre commun d'opérations" sera mis en place, consacré 
notamment au partage d'informations permettant de délimiter les 
territoires de l'ex-Front al Nosra et ceux de l'opposition. 
    Le Front al Nosra s'est rebaptisé Fatah al Cham en juillet  
et a annoncé rompre ses liens avec Al Qaïda.   
    "Nous devons combattre ces terroristes. Pas de manière 
aveugle mais d'une manière stratégique, précise et judicieuse 
pour qu'ils ne soient plus en mesure d'utiliser les 
bombardements aveugles du régime pour fédérer le peuple autour 
de leurs crimes odieux", a poursuivi le secrétaire d'Etat 
américain.  
     
    DÉMILITARISATION D'ALEP 
    Le plan "nécessite de cesser toutes les attaques, notamment 
les bombardements aériens, et toutes les tentatives de gagner du 
terrain aux dépens d'autres parties de l'accord de cessation. Il 
requiert un accès humanitaire sans obstacle, durable à toutes 
les zones assiégées et difficiles d'accès, dont Alep".  
    L'accord prévoit que les deux camps se retirent de la route 
dite de Castello, corridor stratégique de ravitaillement pour 
les rebelles au nord-ouest d'Alep, et du quartier de Ramoussah, 
dans le sud de la ville, repris ces derniers jours par l'armée 
syrienne.   
    L'Onu a annoncé vendredi que les convois humanitaires 
étaient dans l'impossibilité de circuler depuis le début du mois 
à Alep.   
    A Washington, le Pentagone, qui s'est montré récemment 
réticent à coopérer avec la Russie en Syrie, a salué l'accord de 
manière prudente. 
    "Ces engagements doivent être complètement respectés avant 
qu'une coopération militaire ne soit possible", a dit le 
porte-parole du Pentagone, Peter Cook. "Nous allons suivre de 
près la mise en oeuvre de cet accord dans les jours qui 
viennent", a-t-il ajouté. 
    L'émissaire des Nations unies pour la Syrie, Staffan de 
Mistura, a salué l'accord, jugeant qu'il fournissait des "règles 
claires" pour un cessez-le-feu et permettrait aux belligérants 
de reprendre des pourparlers politiques en vue d'une transition. 
    En cinq ans, le conflit syrien a causé plus de 400.000 morts 
et déplacé des dizaines de milliers de personnes. 
 
     
 
 (Avec Phil Stewart à Washington; Julie Carriat pour le service 
français) 
 
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