Moscou et Damas accusent le HCN de chercher à saboter Genève IV

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 (Actualisé avec négociateur de Damas § 2-3-4-19) 
    par John Irish et Yara Abi Nader 
    GENEVE, 2 mars (Reuters) - Au lendemain d'une rencontre avec 
ses représentants, la Russie a accusé jeudi le principal groupe 
de l'opposition syrienne participant à la conférence de Genève 
de chercher à saboter le processus. 
    Bachar al Djaafari, le chef de la délégation du gouvernement 
syrien, a lui aussi accusé le Haut comité pour les négociations 
(HCN), constitué avec le soutien de l'Arabie saoudite, de 
retenir les discussions de paix en otage et lui a imputé par 
avance la responsabilité d'un échec. 
    "Nous ne devons pas tolérer que la plate-forme de Ryad 
prenne les pourparlers de paix de Genève en otage", a-t-il dit à 
l'issue d'un entretien avec Staffan de Mistura, l'envoyé spécial 
de l'Onu pour la Syrie qui mène la conférence depuis une 
semaine. 
    "L'opposition de Ryad sera tenue responsable de l'échec", 
a-t-il poursuivi devant la presse. 
    Des délégués du ministère russe des Affaires étrangères et 
du Haut comité pour les négociations, qui regroupe une grande 
partie des opposants au régime de Bachar al Assad, se sont vus 
mercredi à Genève pour tenter de faire bouger les lignes. 
    L'opposition syrienne, soutenue par les Occidentaux et des 
Etats arabes, espérait notamment obtenir des Russes qu'ils 
accentuent la pression sur les représentants de Damas, que 
Moscou appuie politiquement et militairement.   
    "Malheureusement, nous observons sur la base des résultats 
des tout premiers jours que ces pourparlers soulèvent une 
nouvelle fois des questions sur l'aptitude des représentants de 
l'opposition syrienne à conclure un accord", a déclaré la 
porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères lors de 
son point de presse jeudi à Moscou. 
    "Le prétendu Haut comité pour les négociations refuse de 
coopérer sur un pied d'égalité avec les plate-formes de Moscou 
et du Caire (ndlr, deux groupes plus restreints de l'opposition 
qui ont les faveurs de la Russie) et il sabote dans les faits un 
dialogue véritable", a poursuivi Maria Zakharova. 
     
    TRANSITION POLITIQUE ET LUTTE CONTRE LE TERRORISME 
    Devant les journalistes présents à Genève, Nasser al Hariri, 
négociateur en chef du HCN, avait déclaré mercredi que sa 
rencontre avec Guennadi Gatilov, vice-ministre russe des 
Affaires étrangères, avait été positive et qu'elle avait permis 
des échanges francs sur une série de questions allant du fragile 
cessez-le-feu en vigueur depuis le 30 décembre à la transition 
politique et à la lutte contre le terrorisme. 
    Un diplomate occidental de haut rang a rapporté qu'une 
partie de l'opposition syrienne était "extrêmement déçue" par la 
teneur des discussions avec les Russes. 
    L'opposante Bassma Kodmani a jugé pour sa part que les 
perspectives de progrès étaient "très faibles". 
    "Nous sommes convaincus qu'il n'y a pas de solution 
militaire, nous allons sur une solution politique. Mais il n'y 
pas de perspective comme vous pouvez le constater à la fin de 
cette deuxième semaine ou de dix jours de discussions ici à 
Genève", a dit cette négociatrice du HCN. 
    Par "transition politique", l'opposition se réfère au départ 
d'Assad. Les opposants déclaraient mercredi, après avoir écouté 
Staffan de Mistura, qu'ils avaient la conviction que la Russie 
avait persuadé les délégués de Damas de la nécessité d'inscrire 
cette transition à l'ordre du jour des discussions.   
    La conférence de Genève IV, qui s'est ouverte le 23 février, 
se fonde sur la résolution 2254 du Conseil de sécurité des 
Nations unies.  
    Ce texte, adopté à l'unanimité en décembre 2015, encadre un 
processus de transition politique en Syrie avec mise en place 1. 
d'une "gouvernance crédible, inclusive et non sectaire", 2. 
élaboration d'une nouvelle constitution avant la tenue 3. 
d'élections "libres et régulières". 
    De Mistura souhaite que ces trois points fassent l'objet de 
trois thèmes distincts de discussions. 
    Damas a accepté d'étudier ces trois thèmes mais a demandé de 
leur adjoindre un quatrième sur le "terrorisme", a dit Djaafari. 
L'opposition est réticente. Elle redoute que la délégation de 
Damas exploite ce quatrième point pour gagner du temps et 
bloquer les négociations. 
    "Nous avons entendu que la plate-forme de Ryad refusait 
l'intégration du contre-terrorisme. Cela ne nous a pas surpris 
attendu que certains membres de la délégation de Ryad sont 
membres de groupes terroristes armés", a répliqué le négociateur 
en chef d'Assad. 
     
    PROCESSUS PARALLÈLE À ASTANA 
    Parallèlement, la Russie a fait savoir par la voix de la 
porte-parole du ministère des Affaires étrangères qu'elle était 
déterminée à poursuivre les discussions au Kazakhstan. 
    Depuis la fin de la bataille d'Alep, en décembre dernier, la 
Russie, avec la Turquie et l'Iran, a organisé à deux reprises 
des conférences à Astana, la capitale kazakhe, pour discuter de 
la consolidation du cessez-le-feu du 30 décembre. Une troisième 
rencontre est programmée le 14 mars. 
    Sommairement, le processus d'Astana est censé porter sur la 
cessation des hostilités et les questions militaires quand le 
processus de Genève porte sur la négociation d'une solution 
politique au conflit. 
    Mais Maria Zakharova a précisé que Moscou était prête à 
intégrer aux discussions d'Astana des groupes de l'opposition 
syrienne qui se comporteraient de manière constructive. 
    "La Russie y voit une occasion de gérer la piste politique 
différemment", commente un diplomate occidental. 
 
 (avec Tom Miles et Stephanie Nebehay à Genève et Denis Pinchuk 
à Moscou; Henri-Pierre André pour le service français, édité par 
Tangi Salaün) 
 
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