Moscou entérine les référendums séparatistes en Ukraine

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LE KREMLIN ENTÉRINE LES RÉFÉRENDUMS SÉPARATISTES EN UKRAINE
LE KREMLIN ENTÉRINE LES RÉFÉRENDUMS SÉPARATISTES EN UKRAINE

par Matt Robinson et Alessandra Prentice

DONETSK/SLAVIANSK Ukraine (Reuters) - Le Kremlin a entériné lundi les référendums séparatistes organisés par les militants pro-russes de Louhansk et Donetsk qui réclament désormais leur rattachement à la Fédération russe.

L'Ukraine qualifie ces scrutins, qui ont eu lieu dimanche, de "farce" tandis que les Européens leur nient toute légalité et envisagent de durcir leurs sanctions contre la Russie.

Moscou dit au contraire respecter la volonté du peuple exprimée lors de ces consultations - un "oui" triomphal à l'indépendance à en croire leurs organisateurs - en espérant que leur résultat sera mis en oeuvre de "manière civilisée, sans nouvelle violence et par le dialogue".

Les conséquences concrètes de ces votes dans les deux régions de Donetsk et Louhansk sont encore difficiles à mesurer.

Selon l'agence de presse russe RIA, la région de Louhansk, où les électeurs auraient voté "oui" à 96,2%, va demander aux Nations unies de reconnaître son indépendance. Dans la région de Donetsk, le "oui" l'a emporté à 89% selon les organisateurs.

Les dirigeants séparatistes soutiennent publiquement une annexion de l'est de l'Ukraine par la Russie, qui a absorbé la Crimée en mars après un référendum similaire, et n'excluent pas un deuxième référendum sur l'intégration à la Russie.

Denis Pouchiline, le chef de la "république populaire" autoproclamée de Donetsk, a ainsi demandé à Moscou d'étudier la possibilité de rattacher sa région à la Fédération de Russie.

"Le peuple de Donetsk a toujours fait partie du monde russe. Pour nous, l'histoire de la Russie est notre histoire", a-t-il dit lundi lors d'une conférence de presse.

"Cette terre n'a jamais été ukrainienne. On parle russe", a renchéri Viatcheslav Ponomariov, le maire rebelle du bastion séparatiste de Slaviansk, dans l'oblast de Donetsk.

GUERRE DES MOTS

Les militants pro-russes, qui dénoncent l'installation d'un pouvoir "fasciste" à Kiev depuis la chute du président Viktor Ianoukovitch le 22 février, ont pris le contrôle de bâtiments officiels dans de nombreuses villes de l'est de l'Ukraine au cours des dernières semaines.

Kiev et les Occidentaux accusent la Russie d'avoir envoyé des soldats d'élite aux côtés des rebelles.

Sur le terrain, la tension reste vive près d'une tour de la télévision des environs de Slaviansk, dont les forces rebelles auraient à nouveau tenté de s'emparer durant la nuit, selon le ministre ukrainien de l'Intérieur, Arsen Avakov.

"La guerre des mots qu'ils mènent contre nous dans le Donbass (la région formée par les provinces de Donetsk et Louhansk-NDLR) est plus dangereuse qu'une balle. Nous devons riposter, l'ennemi redoute cela davantage que les forces spéciales", a dit le ministre sur sa page Facebook.

Un compromis semble en revanche prendre forme dans la grande ville portuaire de Marioupol, sur la mer d'Azov, théâtre d'affrontements meurtriers en fin de semaine dernière.

Selon Oleksander Tourtchinov, le président ukrainien par intérim, la police locale a commencé d'y patrouiller avec une milice de volontaires mise en place par la compagnie Metinvest, dirigée par l'homme le plus riche d'Ukraine, Rinat Akhmetov.

Une photographie sur le site de Metinvest montre des ouvriers sidérurgistes du groupe, casqués et en tenue de travail, mais sans armes, marchant dans les rues avec des policiers loyalistes.

En échange, Rinat Akhmetov a demandé à Kiev de ne pas envoyer l'armée dans la ville mais Oleksander Tourtchinov n'a pas mentionné ce point.

NOUVELLES SANCTIONS EUROPEENNES

Le président ukrainien par intérim a qualifié de "farces" sans conséquences juridiques les référendums de dimanche, inspirés selon lui par le Kremlin et "destructeurs pour les économies des régions de Donetsk et Louhansk".

Les Européens tablent sur l'élection présidentielle du 25 mai pour sortir de la crise mais la région de Louhansk a cependant déjà annoncé qu'elle ne participerait pas au scrutin.

Deux sociétés criméennes et treize personnalités ont été ajoutées lundi à la "liste noire" des individus et entités visés par les sanctions de l'Union européenne dans le cadre de la crise ukrainienne, a-t-on appris de source diplomatique.

Les noms de ces entités et individus devaient être rendus publics dans le courant de la journée.

L'UE avait jusqu'a présent imposé un gel des avoirs et une interdiction de voyager à 48 personnalités ukrainiennes et russes. Désormais, des sanctions européennes visent également des entreprises même si Bruxelles reste dans ce domaine beaucoup plus prudente que Washington.

Ainsi, la France honorera le contrat de vente de deux navires porte-hélicoptères Mistral à la Russie, ce dernier n'étant pas couvert par un éventuel train de nouvelles sanctions dans le cadre de la crise ukrainienne, a-t-on dit lundi de source gouvernementale.

Les Etats-Unis ont sanctionné fin avril 17 sociétés russes et gelé les avoirs de sept proches de Vladimir Poutine, dont le président du géant pétrolier Rosneft, Igor Setchine.

(Avec Pavel Polityuk à Kiev, Lidia Kelly à Moscou, Adrian Croft et Justina Pawlak à Bruxelles, Tangi Salaün, Henri-Pierre André et Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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  • v.sasoon le mardi 13 mai 2014 à 16:04

    http://www.zerohedge.com/news/2014-05-13/farce-complete-joe-bidens-son-joins-board-largest-ukraine-gas-producer