Moscou discute avec l'Opep pendant que Ryad entretient le flou

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MOSCOU DISCUTE AVEC L'OPEP LA STRATÉGIE DES PRIX
MOSCOU DISCUTE AVEC L'OPEP LA STRATÉGIE DES PRIX

par Rania El Gamal et Amena Bakr

VIENNE (Reuters) - Igor Setchine, personnalité la plus influente du secteur pétrolier en Russie, doit rencontrer mardi à Vienne des représentants de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), dont le principal acteur, l'Arabie saoudite, entretient le flou sur ses intentions face à la chute des cours.

Igor Setchine est le patron de la compagnie publique Rosneft et un proche du président Vladimir Poutine. Sa venue à Vienne intervient alors que la Russie laisse entendre qu'elle pourrait réduire sa production ou ses exportations si l'Opep agit de même lors de sa réunion jeudi dans la capitale autrichienne.

Le cours du baril de Brent a chuté de 30% depuis juin, sous 80 dollars, en raison d'une offre accrue par le rapide développement de l'exploitation du schiste aux Etats-Unis et d'une demande mondiale pâtissant du ralentissement économique en Chine et de la faible croissance en Europe.

Les cours actuels du pétrole sont nettement inférieurs aux niveaux nécessaires à la plupart des pays de l'Opep et à la Russie pour équilibrer leurs budgets.

La réunion de jeudi suscite des attentes contrastées. Certains prédisent que l'Opep décidera une baisse drastique de ses quotas de production pour soutenir les cours mais d'autres envisagent une réduction limitée, voire nulle.

Pour certains analystes, l'Opep doit réduire sa production de 1,5 million de barils par jour (bpj) pour soutenir les cours et éviter une aggravation de la chute des cours au premier semestre 2015.

LE VENEZUELA POUR UNE BAISSE DE LA PRODUCTION

Principale puissance du cartel, l'Arabie saoudite refuse de dévoiler ses projets.

Selon des sources diplomatiques et proches des marchés, des responsables saoudiens préviennent depuis des mois que le royaume wahhabite, avec ses vastes réserves de change, peut supporter jusqu'à un an un baril de pétrole à 70-80 dollars.

Silencieux pendant des semaines, le ministre saoudien du Pétrole, Ali al Naïmi, s'est enfin exprimé ce mois-ci pour répéter que Ryad était favorable à une stabilité des marchés. Vétéran de la scène internationale, il a toutefois soigneusement évité de laisser transparaître la moindre indication quant à une éventuelle initiative saoudienne.

Présent à Vienne lundi et mardi, Ali al Naïmi a balayé toutes les questions des journalistes relatives aux niveaux de production et aux cours.

Le journal russe Kommersant a rapporté lundi que la Russie pourrait proposer de réduire sa propre production d'environ 300.000 bpj à partir de 2015 en espérant que l'Opep baisserait la sienne de 1,4 million de bpj supplémentaires.

Au sein de l'Opep, certains "faucons" comme le Venezuela militent déjà auprès de l'Arabie saoudite en faveur d'une baisse de la production.

Certains acteurs du marché pétrolier doutent toutefois de la capacité de la Russie à peser sur les décisions de l'Opep.

Les relations entre Moscou et le cartel des exportateurs restent marquées par un différend survenu au début des années 2000. La Russie s'était alors engagée à réduire sa production de manière concertée avec l'Opep. Or elle avait au contraire augmenté ses exportations.

Selon l'agence de presse iranienne Shana, Vladimir Poutine s'est entretenu par téléphone lundi soir avec le président iranien Hassan Rouhani et les deux hommes se sont mis d'accord sur le principe d'une "nécessaire coopération en faveur des marchés pétroliers."

L'agence n'a pas dit d'où elle tenait cette information. Relatant la conversation, le Kremlin avait indiqué que les deux hommes avaient discuté des négociations sur le programme nucléaire iranien et de questions bilatérales, sans mentionner le sujet du pétrole.

(avec Dmitry Zhdannikov, Bertrand Boucey pour le service français, édité par Véronique Tison)

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