Mort de l'écrivain allemand Günter Grass à 87 ans

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par Erik Kirschbaum et Stephen Brown BERLIN, 13 avril (Reuters) - L'écrivain allemand Günter Grass, prix Nobel de littérature en 1999 et auteur du "Tambour", est mort à l'âge de 87 ans, a annoncé lundi son éditeur. Il s'est éteint à l'hôpital à Lübeck, dans le nord de l'Allemagne, précise l'éditeur sans expliquer la cause du décès. Günter Grass restera pour beaucoup l'une des grandes voix de la génération allemande arrivée à l'âge adulte au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, et qui a porté la culpabilité des atrocités commises par le régime nazi. Le Conseil culturel allemand a salué en lui "plus qu'un écrivain, un sismographe de la société", et le romancier anglo-indien Salman Rushdie a parlé d'"un vrai géant, un homme inspiré et un ami". En 2006, il révèle qu'il a caché jusque-là son engagement fin 1944 dans la Waffen-SS, coup de tonnerre qui ternit quelque peu l'autorité morale qu'il incarnait dans la société allemande. Compagnon de route de la gauche, il a eu des relations houleuses avec les sociaux-démocrates, les critiquant quand ils s'engageaient dans une grande coalition avec les conservateurs dans les années 1960, puis faisant campagne pour Willy Brandt, premier chancelier SPD de l'après-guerre, dans les années 1970. Le vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel, chef de file du SPD, a déclaré qu'avec la mort de Günter Grass, "nous perdons l'un des plus importants écrivains allemands de l'après-guerre, un auteur engagé et un combattant de la démocratie et de la liberté". Maintenant tout au long de sa vie une posture d'écrivain engagé, Grass estimait que l'auteur avait le devoir de se placer aux avant-gardes de la morale et du débat politique. Durant la Guerre froide, il fut un grand partisan de l"Ost-Politik" de Willy Brandt et ne ménagea pas ses efforts pour que l'Ouest tende la main aux "cousins" de l'Est. A la chute du mur de Berlin, fin 1989, il s'opposa cependant à toute réunification trop hâtive, et émit par la suite l'espoir qu'une nouvelle génération d'écrivains issus de l'ex-RDA nourriraient leurs oeuvres de l'"arrogance occidentale". Günter Grass naît en octobre 1927 à Dantzig (aujourd'hui Gdansk, en Pologne). Il n'a pas 12 ans quand éclate la Seconde Guerre mondiale, doit rejoindre les rangs d'organisations paramilitaires et notamment les Jeunesses hitlériennes, à l'âge de 14 ans. Engagé en octobre 1944 dans une division blindée de la Waffen-SS, il voit la moitié de sa compagnie, composée de jeunes de 17 ans, décimée en seulement trois minutes de bombardement ennemi. "FABLES TRAGI-COMIQUES" A la capitulation du IIIe Reich, Grass est brièvement prisonnier de guerre des Américains, avant de travailler dans une ferme, puis dans une mine de potasse, et d'étudier la sculpture à Düsseldorf et Berlin-Ouest. C'est au début des années 1950 qu'il commence à écrire des poèmes, travaille comme journaliste, joue dans un orchestre de jazz. C'est dans le Dantzig de son enfance que se passent une bonne partie de ses oeuvres de fiction, notamment "Le Tambour", roman qui fit sensation à sa parution en 1959, même si certains jugèrent le roman "obscène". L'ancien président ouest-allemand Heinrich Lübke aurait dit à cet égard qu'il ne s'assiérait pas à la table d'un homme dont il ne pouvait évoquer l'oeuvre avec sa femme dans l'intimité de la chambre à coucher... Le récit est vu à travers les yeux du petit Oskar Matzerath, enfant surdoué qui décide d'arrêter de grandir alors que le nazime s'impose dans les années 1930. Le cinéaste Volker Schlöndorff en tira en 1979 un film couronné par l'Oscar du meilleur film étranger mais aussi par une Palme d'or à Cannes. Les romans suivants "Le Chat et la souris" (1961) et "Les Années de chien" (1963) complètent la "trilogie de Dantzig", étant eux aussi situés dans le Dantzig des années de guerre où le jeune Grass, né d'un père protestant et d'une mère catholique de l'ethnie cachoube, a passé son enfance. "Anesthésie locale", paru par la suite, porte sur l'opposition à la guerre au Vietnam et sur le fossé des générations. En lui décernant la prestigieuse récompense en 1999, l'académie Nobel avait mis en avant "ses fables tragi-comiques dépeignant la face cachée de l'Histoire". En 2012, le poème "Ce qui doit être dit", dans lequel il présentait Israël comme une menace à la paix dans le monde en raison de ses armes nucléaires, lui valut d'être interdit de voyage dans ce pays, et Günter Grass compara cette mesure de rétorsion à l'attitude qu'avait envers lui la Stasi de l'ex-RDA. "Pourquoi ne dis-je que maintenant(...) que la puissance nucléaire Israël met en danger une paix mondiale déjà fragile? Parce qu'il faut le dire, car demain, il sera peut-être trop tard pour le faire", écrivait-il dans ce poème, qui lui valut des accusations d'antisémitisme de la part de certains en Allemagne. (Henri-Pierre André et Eric Faye pour le service français)

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