Mort d'Emilio Botin, le puissant président de Santander

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DÉCÈS DU PRÉSIDENT DE LA BANQUE SANTANDER EMILIO BOTIN
DÉCÈS DU PRÉSIDENT DE LA BANQUE SANTANDER EMILIO BOTIN

par Sonya Dowsett et Sarah White

MADRID (Reuters) - Emilio Botin, qui a fait de la petite banque Santander la première d'Espagne et l'une des plus importantes de la zone euro, est mort d'une crise cardiaque à l'âge de 79 ans.

La banque a fait savoir mercredi que son conseil d'administration se réunirait dans la journée pour désigner un successeur à celui qui était l'un des hommes les plus puissants d'Espagne.

Sa fille aînée, Ana Botin, 53 ans, qui dirige les opérations de Santander au Royaume-Uni, fait figure de grandissime favorite.

Certains, cependant, émettent des doutes sur ce choix à l'heure où les dynasties bancaires sont sous surveillance après les déboires de la banque portugaise Banco Espirito Santo, dont les holdings de la famille fondatrice font l'objet d'enquêtes pour irrégularités financières.

"La succession ne devrait pas se résumer à dire 'ma fille me remplace'", estime ainsi un gérant d'actifs actionnaire de Santander qui préfère reste anonyme.

L'action Santander reculait de 1,65% à 7,62 euros à la Bourse de Madrid vers 09h00 GMT.

L'HOMMAGE DE RAJOY

Surnommé El Presidente par ses employés, Emilio Botin, dernier en date d'une famille qui gère Santander depuis trois générations, n'a pas ménagé ses efforts pour répandre de par le monde le logo rouge de sa banque, orné d'une flamme stylisée, portant ses fonds à 1.400 milliards d'euros et le nombre de ses employés à 200.000.

"C'est l'homme qui a fait de Banco Santander la première banque du pays", a déclaré le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, à la presse en marge d'une séance parlementaire. "Je l'avais rencontré la semaine dernière et il avait l'air en bonne forme. C'est une surprise et un choc".

Emilio Botin avait démarré en 1989 une campagne pour attirer les déposants en forçant la concurrence à une guerre des tarifs. Cinq ans plus tard, Santander devenait la première banque d'Espagne en avalant sa rivale en difficulté Banesto.

Sous sa présidence, la banque a gagné des parts de marché en Amérique latine mais c'est en Europe qu'elle a réalisé son acquisition la plus spectaculaire avec le rachat, en 2004, de la banque britannique Abbey National pour plus de neuf milliards de livres (11 milliards d'euros).

Tout ne lui a pas réussi. Il n'a pas pu, en particulier, offrir à ses actionnaires autant de dividendes que JPMorgan ou HSBC, deux banques auxquelles il aimait se mesurer.

C'est d'ailleurs dans la banque d'investissement de JP Morgan qu'Ana Botin a fait, durant huit ans, ses débuts dans la finance avant de rejoindre il y a 25 ans la banque de son père et d'y gravir peu à peu les échelons.

Mais sa position actuelle suscite d'ores et déjà des polémiques. Cette année, deux firmes de conseil aux actionnaires, ISS et Glass Lewis & Co, ont recommandé aux actionnaires de voter contre sa réélection au conseil d'administration en estimant souhaitable que la famille Botin y soit moins représentée.

Cela n'a pas empêché Ana Botin d'obtenir 81,3% des voix, un score pratiquement identique à celui obtenu trois ans plus tôt.

"Botin était le roi d'Espagne officieux. Sa mort laisse un vide au sommet", juge, sous le couvert de l'anonymat, un gérant de fonds basé à Londres. "Sa fille Ana fait office de successeur évident, cela a toujours été le plan, mais il n'a pas eu l'occasion de la préparer vraiment et de l'installer comme présidente avant sa mort. On n'est donc pas à l'abri de rivalités internes."

(Patrick Vignal pour le service français, édité par Véronique Tison)

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