Mort d'Edouard Leclerc, pionnier de la grande distribution

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par Pascale Denis

PARIS (Reuters) - Figure de la grande distribution française, Edouard Leclerc, fondateur de l'enseigne du même nom, est mort lundi à l'âge de 85 ans.

Il aura profondément marqué le paysage de la distribution en fondant une "coopérative de patrons" devenue la deuxième enseigne en France derrière Carrefour.

Né en 1926 à Landerneau, dans le Finistère, Edouard Leclerc restera aussi comme le militant des prix bas et de la lutte contre les monopoles.

Sixième d'une famille catholique de quinze enfants, il entre au petit séminaire puis au noviciat mais renonce à la prêtrise et ouvre en 1949 avec son épouse Hélène une petite épicerie dans son village natal.

Il commence par y vendre des biscuits en s'approvisionnant directement auprès des producteurs, court-circuitant ainsi les fournisseurs et proposant des prix jusqu'à 30% moins chers que ses concurrents, avant d'élargir son commerce aux produits de consommation courante.

"C'était une révolution dans le domaine de la distribution. Acheter aux producteurs et revendre directement au consommateur (...) c'est une idée toute simple mais qui évidemment heurtait des intérêts économiques", a déclaré sur i-Télé Patrick Leclerc, neveu d'Edouard et maire divers droite de Landerneau.

Après avoir ouvert d'autres épiceries en Bretagne, il autorise, dans les années 1950, des commerçants indépendants à utiliser son nom à condition qu'ils suivent ses principes commerciaux et sa politique de prix.

Puis les ouvertures de "Centres distributeurs Leclerc" se multiplient au point qu'Edouard Leclerc est accusé de "tuer le petit commerce". Il est pris pour cible par Pierre Poujade, au nom de la défense des commerçants et des artisans, et se lance dans des procès contre les marques qui refusent de l'approvisionner.

OFFENSIF ET MEDIATIQUE

Offensif et médiatique, Edouard Leclerc se pose en défenseur du consommateur et du pouvoir d'achat. Il mène aussi la croisade contre les monopoles, via de retentissantes batailles en justice. Il s'attaque ainsi, avec des succès divers, aux marchés des carburants, des livres, des produits pharmaceutiques ou du voyage.

Il prendra tardivement, en 1997, le tournant des "marques de distributeur" avant de céder en 2005 la présidence du groupement à son fils Michel-Edouard, déjà coprésident depuis 1988.

Depuis lors, ce dernier poursuit avec la même verve la politique de prix agressive de l'enseigne passant, aux dires de ses concurrents, par de très fortes pressions sur les marges des fournisseurs.

Deuxième enseigne de distribution en France - et première dans la seule distribution alimentaire - le groupement y a réalisé en 2011 un chiffre d'affaires de 30 milliards d'euros. Il compte aujourd'hui 530 adhérents, emploie 96.000 salariés et

ambitionne de détrôner Carrefour de sa place de leader d'ici à 2015.

François Hollande a salué dans un communiqué "la mémoire de ce grand chef d'entreprise, dont le parcours témoigne d'une volonté et d'une constance exceptionnelles".

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a rendu hommage à une "réussite économique incontestable", le ministre de l'Economie Pierre Moscovici évoquant un "pionner de la grande distribution et entrepreneur de talent".

"Il a marqué toute la profession par son dynamisme, sa volonté de conquête de nouveaux marchés et la réussite de l'entreprise qu'il a fondée", a pour sa part estimé la Fédération du commerce et de la distribution dans un communiqué.

Edouard Leclerc est mort dans son manoir de Saint-Divy, près de Landerneau.

Avec Gwénaëlle Barzic, édité par Dominique Rodriguez

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