Morsi annule son décret sans satisfaire l'opposition égyptienne

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MOHAMED MORSI ANNULE LE DÉCRET CONTESTÉ EN ÉGYPTE
MOHAMED MORSI ANNULE LE DÉCRET CONTESTÉ EN ÉGYPTE

par Edmund Blair

LE CAIRE (Reuters) - L'opposition au président égyptien Mohamed Morsi ne se satisfaisait pas dimanche du recul du chef de l'Etat sur le décret élargissant temporairement ses pouvoirs et elle l'a même accusé d'approfondir la crise avec le maintien d'un référendum samedi prochain sur une nouvelle Constitution.

Mohamed Morsi et les Frères musulmans, dont est issu le chef de l'Etat, ont répété samedi que le maintien du référendum le 15 décembre était essentiel pour sceller la transition vers la démocratie, entamée par la chute de l'ancien président Hosni Moubarak, en février 2011.

Ahmed Saïd, président du Parti des Egyptiens libres, s'est fait dimanche le porte-parole du Front de salut national (FSN), qui réunit une grande partie de l'opposition, en estimant que le refus des islamistes de repousser la consultation envenimait la crise dans laquelle le pays est plongé depuis le 22 novembre.

Sept personnes ont été tuées dans des affrontements entre partisans et opposants de Mohamed Morsi, au cours de manifestations qui ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes, en particulier autour du palais présidentiel d'Héliopolis, au Caire.

"Je ne peux pas imaginer qu'après tout cela, on veuille encore faire approuver une constitution qui ne représente pas tous les Egyptiens", a déclaré Ahmed Saïd à Reuters.

Ahmed Saïd a précisé le FSN se réunirait dans la journée pour donner sa réponse officielle aux propositions formulées dans la nuit par Mohamed Morsi, à l'issue d'un "dialogue national" boycotté par la majeure partie de l'opposition.

COMMUNIQUÉ DE L'ARMÉE

A l'issue de ce "dialogue" regroupant une quarantaine de personnalités, le président a notamment demandé à l'opposition de proposer des amendements au projet constitutionnel rédigé par une assemblée dominée par les islamistes et dont la plupart des personnalités laïques se sont retirées.

Le porte-parole de la commission de dialogue a également annoncé que Mohamed Morsi avait adopté un nouveau décret qui "annule la déclaration constitutionnelle" publiée le 22 novembre, par laquelle le président avait unilatéralement élargi ses pouvoirs dans l'attente de l'élection d'un nouveau parlement après adoption de la Constitution.

Est ainsi supprimé un article qui conférait au chef de l'Etat des pouvoirs étendus pour s'opposer aux menaces pesant contre la révolution et la nation, formule qualifiée de porte ouverte à l'arbitraire par ses adversaires.

Est également abandonné l'article qui mettait à l'abri de contestations judiciaires les décisions prises par le président jusqu'à l'élection d'un nouveau parlement, qui ne pourra survenir qu'après l'adoption de la Constitution.

Le "dialogue national" engagé par le président s'est déroulé quelques heures après la diffusion d'un communiqué de la puissante armée égyptienne, restée en retrait depuis le début des troubles.

La radio et la télévision publiques ont interrompu leurs programmes pour diffuser le communiqué de l'armée qui a lancé un appel au dialogue et affirmé que la violence ne pouvait être tolérée.

Le texte, appelant au "dialogue" et au "consensus", ne semble pas sous-entendre que l'armée ait l'intention de reprendre le contrôle du pays, après avoir fourni tous ses présidents à l'Egypte entre la chute de la monarchie en 1952 et le renversement d'Hosni Moubarak en février 2011, puis géré les affaires publiques jusqu'à l'élection de Mohamed Morsi au printemps 2012.

Pierre Serisier, Guy Kerivel et Julien Dury pour le service français

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