Montreuil, terrain de guerre de la gauche

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MONTREUIL, TERRAIN DE GUERRE DE LA GAUCHE
MONTREUIL, TERRAIN DE GUERRE DE LA GAUCHE

par Marine Pennetier

MONTREUIL Seine-Saint-Denis (Reuters) - "Mes pronostics? Pour être certain ne pas me tromper, je vais dire que c'est la gauche qui va gagner, il reste juste à savoir laquelle". A 72 ans, César, venu assister à un meeting de l'ancien maire apparenté communiste Jean-Pierre Brard, résume la confusion qui règne à Montreuil, dans la proche banlieue de Paris, à quatre jours du premier tour des élections municipales.

Le foisonnement des listes de gauche a de quoi déboussoler plus d'un électeur dans cette ville de 100.000 habitants qui fut pendant longtemps un bastion communiste avant la victoire en 2008 de l'ancienne ministre écologiste Dominique Voynet.

Au total, huit listes de gauche, dont deux écologistes, seront présentes dans les bureaux de vote dimanche.

Jean-Pierre Brard devra notamment composer avec le candidat investi par le Front de Gauche Patrice Bessac, la tête de liste socialiste Razzy Hammadi, qui tentera de se démarquer de la candidate divers gauche Mouna Viprey, et le successeur de Dominique Voynet, l'écologiste Ibrahim Dufriche-Soilihi.

A droite, la situation est plus simple: Manon Laporte portera les couleurs de la liste UMP-MoDem-UDI.

"On n'a jamais vu ça", confie une militante communiste qui s'apprête à voter pour Jean-Pierre Brard "pour réparer l'injustice" de 2008 quand la ville "a été volée par les Verts."

A l'époque, le député-maire, au pouvoir depuis 1984, brigue un cinquième mandat. Arrivé en tête du premier tour avec 39% des voix, il est finalement détrôné par Dominique Voynet qui avait fait campagne contre le "système Brard" en accusant son rival d'avoir recours à des pratiques clientélistes et agressives.

Fin novembre, l'ancienne ministre a pris tout le monde de court en annonçant qu'elle ne se représenterait pas, invoquant un climat délétère et des opposants "hargneux".

COBAYES

Un désistement qui a aiguisé les appétits dans cette ville qualifiée par certains de 21e arrondissement de Paris et considérée comme un territoire acquis à la gauche où François Hollande a recueilli plus de 75% des voix en 2012.

"Les Montreuillois sont soulagés que la page Voynet soit tournée, ils disent qu'ils se sentent libérés", affirme Jean-Pierre Brard, 66 ans. "Il ne veulent plus être les cobayes avec des gens inexpérimentés."

Il mise sur son expérience et une "équipe renouvelée" face à des candidats "parachutés" selon lui à Montreuil.

Une pique en direction de son ancien directeur de campagne lors des élections législatives de 2008 et désormais rival, Patrice Bessac, âgé de 35 ans et investi par le Front de Gauche.

Ce dernier a créé la surprise dans un sondage TNS Sofres-Sopra Group pour Le Nouvel Observateur et RTL paru le 5 mars, en arrivant en seconde position avec 16% des intentions de vote, certes loin derrière Jean-Pierre Brard (29 %) mais devant Ibrahim Dufriche-Soilihi (15 %) et Razzy Hammadi (14 %).

"Je suis soutenu par tous les anciens élus de Brard", souligne Patrice Bessac, qui appelle les électeurs à le soutenir "pour nous mettre en tête de la gauche et ouvrir une nouvelle page plus sereine et plus solide à Montreuil".

Si l'avance de Jean-Pierre Brard à l'issue du premier tour ne semble faire aucun doute, rien ne permet de présager l'issue du second tour qui dépendra avant tout des alliances qui se noueront entre le 23 et le 30 mars.

ALLIANCES

Dans l'entourage de plusieurs candidats, on se refuse à parler d'alliances avant les résultats du premier tour tout en reconnaissant l'existence de discussions.

Le 5 mars, Razzy Hammadi, qui bénéficie du soutien du président de l'Assemblée nationale Claude Bartolone, lançait sur sa page Facebook un appel au Front de gauche et aux écologistes.

"La gauche qui ne souhaite pas le retour en arrière, qui rejette l'isolement et l'impasse est majoritaire, si elle est rassemblée, au second tour à Montreuil", écrivait-il.

Un appel au rassemblement raillé par Jean-Pierre Brard qui, s'il se dit prêt à s'allier avec la candidate divers gauche et celui du FDG, exclut toute alliance avec le PS ou les Verts.

"Comment peut-on s'allier avec des partis dont on dénonce la politique sur le plan national?", demande-t-il, dénonçant des ambitions personnelles qui dépassent le cadre des municipales.

"Il y a le candidat du PS avec Claude Bartolone, toujours dans l'ombre, qui a dit qu'il voulait continuer l'éradication du PC et il y a le PC qui lui veut récupérer une grande ville", dit-il. "Si nous gagnons, ce sera l'échec des appareils."

Face à cet éclatement de la gauche, Manon Laporte pourrait créer une surprise en faisant entrer la droite au conseil municipal dont elle était jusqu'à présent absente. Selon un sondage Ipsos-Steria pour France 3 Ile-de-France publié début mars, sa liste pourrait faire partie des six listes susceptibles de faire le score minimal pour se maintenir au second tour.

(Edité par Yves Clarisse)

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