Montpellier et le handball français dans la tourmente

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par Dimitri Moulins

MONTPELLIER, Hérault (Reuters) - Montpellier Handball, club phare du handball français avec une brochette d'internationaux, est empêtré dans une affaire de match truqué présumé qui a provoqué l'incrédulité de ses dirigeants et la réaction du gouvernement.

A la suite d'une alerte donnée par la Française des jeux en raison de paris anormalement élevés, une information judiciaire a été ouverte autour de la défaite surprise de Montpellier face à Cesson-Sévigné, club d'Ille-et-Vilaine, en match de division 1 en fin de saison dernière.

La ministre des Sports, Valérie Fourneyron, a salué mercredi dans un communiqué la vigilance de la Française des jeux.

"Aujourd'hui, il appartient à la justice de faire tout la lumière sur cette affaire", dit-elle, ajoutant souhaiter que le travail d'enquête se poursuive dans la sérénité. "Lutter contre toutes les tentatives de manipulation des compétitions à des fins frauduleuses est une priorité."

La Ligue nationale et la Fédération française de handball rappellent dans un communiqué commun leur vigilance en matière de paris sportifs mais disent ne pas disposer dans ce dossier d'autres informations que celles diffusées par la presse.

"A ce stade et dans ces conditions, en l'absence d'éléments précis sur la nature des faits reprochés et les personnes incriminées, il est prématuré d'évoquer d'éventuelles suites disciplinaires", disent la Ligue et la Fédération, qui réaffirment leur attachement à la présomption d'innocence.

Elles ajoutent qu'elles prendront leurs responsabilités le moment venu pour "traiter avec la plus grande fermeté les infractions qui auraient été caractérisées".

CHAMPIONS OLYMPIQUES

L'affaire a plongé dans l'incompréhension l'entourage du Montpellier Handball (MAHB), sacré champion de France chaque année depuis 2008, vainqueur de la Ligue des champions en 2003 et qui compte plusieurs membres de l'équipe de France championne olympique à Londres, dont le meneur de jeu Nikola Karabatic.

Le président du MAHB a annoncé mercredi que le club allait se porter partie civile face au "grave préjudice" qu'il subit.

"Le MAHB mettra en oeuvre tous les moyens légaux nécessaires pour défendre son honneur et sa réputation", dit Rémy Lévy dans un communiqué.

L'affaire a été révélée par la station de France 3 en Languedoc-Roussillon qui affirme que huit joueurs seraient impliqués et que des proches des joueurs auraient empoché les gains de la Française des jeux après avoir joué Montpellier perdant pour le match du 12 mai dernier, remporté 31-28 contre toute attente par Cesson-Sévigné.

La radio RTL fait état d'au moins 70.000 euros de prises de jeux autour du match.

Le président du Montpellier Handball a invité à la prudence autour des informations parues dans la presse.

"En premier lieu, aucune des informations données n'est, comme à l'accoutumée, vérifiable et portée à la connaissance du club dans la mesure où il s'agit d'une simple enquête préliminaire, au demeurant couverte par le secret", écrit-il dans son communiqué.

Il souligne qu'il appartiendra à l'information judiciaire, dont il dit ne pas savoir si elle a été ouverte, "de procéder de façon contradictoire et dans le respect des droits de la défense et de la présomption d'innocence".

Le club, ajoute-t-il, tirera ses "conclusions en fonction du résultat de cette procédure à venir".

INCRÉDULITÉ

Rémy Lévy avait auparavant reconnu auprès du quotidien Midi Libre avoir été entendu dans le cadre de l'enquête ainsi que l'entraîneur, Patrice Canayer.

Il a mis en garde contre tout rapprochement avec des affaires de corruption avérées, comme le fameux match de football Valenciennes-Marseille en 1993.

"J'ai entendu un amalgame avec l'affaire VA-OM. Cela laisse entendre que le club est à l'origine de tout ça. C'est insupportable, voire irresponsable", a-t-il dit.

Dans le monde du handball, le sentiment général était l'incrédulité.

"Je suis dubitatif, on n'aurait jamais pu imaginer cela. Pour l'instant, il faut laisser l'enquête se dérouler, la présomption d'innocence s'applique à tous, il faut la respecter", a dit Joël Abati, ancien joueur de Montpellier et de l'équipe de France, chargé des sports au Conseil régional.

"Si c'est avéré, c'est le handball français qui est touché, mais il faut attendre avant de se prononcer."

Le président de Cesson-Sévigné, club de la banlieue de Rennes, Philippe Barberet, est lui aussi sous le choc.

"Personne n'a rien vu durant le match, personne ne pouvait se douter de quoi que ce soit. Je suis vraiment abasourdi par cette histoire. Je ne comprends pas", a-t-il dit sur RTL.

Avec Julien Prétot et Jean-Paul Couret à Paris, édité par Patrick Vignal

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