Monti s'exprime sur le scandale des dérivés de Monte Paschi

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MARIO MONTI S'EXPRIME SUR LE SCANDALE DES DÉRIVÉS DE LA BANQUE ITALIENNE MONTE DEI PASCHI
MARIO MONTI S'EXPRIME SUR LE SCANDALE DES DÉRIVÉS DE LA BANQUE ITALIENNE MONTE DEI PASCHI

par Stephen Jewkes et Silvia Aloisi

MILAN/ROME (Reuters) - Le président du Conseil italien Mario Monti est intervenu jeudi dans le scandale entourant Banca Monte dei Paschi di Siena, la troisième banque italienne, rejetant des accusations disant que les autorités avaient échoué à repérer d'important pertes de trading menaçant le bilan de l'établissement.

Fabrizio Viola, administrateur délégué de la banque, considérée comme la plus vieille de monde, a déclaré plus tôt dans la journée que Monte Paschi était exposée à hauteur de 720 millions d'euros aux pertes sur dérivés récemment découvertes.

Survenant à un mois de la tenue d'élections législatives - prévues les 24 et 25 février, l'annonce de ces pertes a immédiatement pris un tour politique, d'autant plus Monte Paschi est historiquement liée au centre-gauche, actuellement en tête dans les sondages d'opinion.

Des élus de droite et d'extrême gauche ont ainsi accusé le Parti démocrate de mauvais gestion de la banque et reproché à Mario Monti d'avoir recours à l'argent des contribuables pour la sauver.

Monte Paschi a sollicité l'an dernier une aide publique totale de 3,9 milliards d'euros.

Le Trésor italien a toutefois souligné que l'établissement n'avait toujours pas rempli les conditions requises pour l'octroi de cette aide. Les actionnaires de Monte Paschi devront se prononcer sur la question vendredi avant que la Banque d'Italie donne son avis sur l'opération.

Réagissant aux critiques, Mario Monti s'est dit prêt à convoquer le Parlement en session extraordinaire pour évoquer le dossier, tout en défendant le travail des autorités de supervision.

"Je ne pense pas que la supervision soit en cause et il est important de dissocier la question Monte dei Paschi de la confusion qui l'entoure pour des raisons qui sont évidentes", a-t-il dit en marge du Forum économique de Davos.

Le président de la République Giorgio Napolitano est aussi sorti de sa réserve pour témoigner sa confiance à l'égard de la Banque d'Italie dans la gestion du dossier.

UN ANCIEN MINISTRE MET EN CAUSE MARIO DRAGHI

Mario Monti n'est pas le seul à devoir répondre à des critiques au sujet de Monte Paschi, le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi risque également de devoir répondre à des questions en tant que gouverneur de la Banque d'Italie au moment de l'élaboration des produits dérivés.

Mercredi, Monte Paschi a annoncé qu'elle procédait à des investigations sur trois produits dérivés élaborés entre 2006 et 2009.

Ces produits sont : "Alexandria", structuré avec la banque japonaise Nomura, "Santorini", monté avec Deutsche Bank, et "Nota Italia", un dérivé noué avec une banque dont l'identité n'a pas été communiquée.

Giulio Tremonti, ancien ministre de l'Economie, a estimé dans un tweet qu'il était "stupéfiant" que, en tant que superviseur du système bancaire italien, Mario Draghi n'avait pas réussi à découvrir, voire à empêcher la mise en place de ces contrats.

Une porte-parole de la BCE a refusé de faire le moindre commentaire, disant que le dossier était "du ressort des autorités nationales".

L'actuel ministre de l'Economie Vittorio Grilli n'a pas directement mentionné le nom de Mario Draghi, tout en soulignant que la supervision des banques était de la responsabilité de la Banque d'Italie et non du gouvernement.

"Ce n'était pas à nous de procéder aux contrôles. S'agissant des vérifications nécessaires, je dirais simplement que cela incombe à la Banque d'Italie", a-t-il dit à des journalistes.

CHUTE DE 20% DE L'ACTION EN TROIS JOURS

S'agissant de la somme de 720 millions d'euros, une source proche du dossier a déclaré à Reuters que ce montant constituait une première estimation, expliquant que l'impact financier définitif sur les résultats pourrait être différent dans la mesure où il faudra prendre en compte des éléments fiscaux.

A la Bourse de Milan, le titre Monte Paschi a chuté de 8,19% à 0,2333 euro jeudi, ce qui porte à plus de 20% les pertes accumulées depuis le début de la semaine et ramène la valeur boursière du groupe à 2,725 milliards d'euros.

Les investisseurs s'inquiètent de l'ampleur des pertes potentielles et appellent la banque à faire toute la lumière sur d'éventuelles autres mauvaises nouvelles.

"Comme le communiqué de la banque parle d'une analyse limitée à trois produits, on s'inquiète de savoir s'il pourrait y en avoir d'autres, et cela effraie le marché", explique un analyste qui a requis l'anonymat.

Fabrizio Viola explique au Messaggero que le conseil d'administration n'avait jamais été informé de l'existence de ces produits.

Fondée à la Renaissance, Monte dei Paschi a dit avoir identifié des solutions qui lui permettront d'éponger les pertes liées aux produits dérivés incriminés. Elle pourrait utiliser une partie des 500 millions d'euros d'aide publique supplémentaire sollicitée en novembre.

A Davos, le président de l'Autorité bancaire européenne (ABE) Andrea Enria a expliqué avoir demandé à Monte Paschi des explications complémentaires sur les pertes estimées et a dit travailler en liaison avec la direction de la banque.

Wilfrid Exbrayat et Nicolas Delame pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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