montbleu finance - Un pacte de stabilité pour un pacte de croissance

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Éric Venet, directeur de la gestion chez montbleu finance, nous fait part de son analyse des marchés.

montbleu finance - Un pacte de stabilité pour un pacte de croissance

L'Union européenne devrait connaître la récession en 2012 (estimée par Bruxelles à -0,3%). La France (+0,4%) et l'Allemagne (+0,6%) devraient rester en croissance, somme toute légère, aux côtés du Danemark (+1,1%), de la Suède (+0,7%), du Royaume-Uni (+0,6%) et de l'Irlande (+0,5%). Dans le même temps, 8 pays de la zone euro devraient faire face à une récession. Ainsi, auprès de la Grèce (-4,4%), nous retrouverons le Portugal (-3,3%), l'Italie (-1,3%), l'Espagne (-1,0%), les Pays-Bas (-0,9%), la Belgique (-0,1%) et la Hongrie (-0,1%).

Pourtant, la priorité affirmée par tous est bien celle de l'austérité budgétaire dont l'objectif affiché est de contrôler les déficits. Cette situation est la conséquence immédiate de la crise de défiance du 2nd semestre 2011, quant à la soutenabilité des dettes européennes et, par ricochet, à l'égard de l'ensemble du système bancaire. Après de nombreux atermoiements, l'Europe, contrainte de rassurer les marchés financiers, a décidé de renforcer sa crédibilité par une plus grande coordination budgétaire et davantage d'intégration. Pour ce faire, le pacte de stabilité vient d'être signé. Malheureusement, le pacte de croissance se fait toujours attendre.

Un pacte de stabilité fragile...

L'ensemble des membres de l'Union européenne, à l'exception du Royaume-Uni et de la République tchèque, ont signé le nouveau traité instaurant davantage de discipline budgétaire. Ce pacte prévoit la mise en place de règles d'or "budgétaires", à savoir l'interdiction de voter des lois de finances, qui ne seraient pas en équilibre (avec, pour seule marge de manœuvre, un déficit structurel autorisé de 0,5% du PIB), ainsi que des sanctions automatiques à l'égard des pays qui dépasseraient la limite de déficit budgétaire, fixée à 3% du PIB national.

Angela Merkel en avait fait une condition sine qua none à tout maintien de la solidarité financière au sein de la zone euro. Ainsi, l'Allemagne, premier pays contributeur mais également émetteur le plus sûr, continuera d'apporter son concours à cet effort de soutien. En contrepartie de ce traité, elle devrait accepter de renforcer les ressources allouées au Mécanisme européen de stabilité, qui passeraient de 500 à 750 milliards d'euros. Le MES qui devrait entrer en vigueur au 1er juillet prochain, aura pour fonction d'assurer le financement des États qui seraient dans l'incapacité de faire appel aux marchés. Il interviendra également sur le marché secondaire de leur dette. Ce renforcement est attendu par le FMI avant de décider l'octroi d'une aide plus importante à l'Europe.

Il reste, à chacun des États, à ratifier ce traité. Si l'inscription de la "règle d'or" dans les différentes constitutions est souhaitée, elle n'est plus obligatoire. Comme ce nouveau pacte européen prévoit la possibilité de poursuivre, devant la Cour de justice de l'UE, tout pays qui ne respecterait pas ces nouvelles règles, sa ratification sera loin d'être aisée.

L'Irlande vient d'annoncer avoir choisi la voie du référendum, avec le risque d'échec que cela implique et la nécessité d'une réelle force politique pour supporter les contraintes d'équilibre budgétaire en cas de succès.

Si cette ratification devait connaître quelques difficultés, nous aurions alors, d'un côté, une zone euro renforcée, signataire du pacte budgétaire, à l'intérieur de la zone euro (notons qu'il faudra avoir ratifié ce pacte avant de pouvoir prétendre au soutien du MES), et, de l'autre, les pays ne l'ayant pas entériné.

D'autre part, les élections françaises pourraient remettre en cause cet édifice, le candidat socialiste ayant laissé entendre son opposition à la règle d'or et sa volonté de renégocier le traité.

Si la mise en œuvre de ce pacte de stabilité réclame un consensus politique intérieur, il nécessite encore plus une volonté politique extérieure ferme pour l'appliquer. En effet, par ce pacte, les États signataires s'engagent à réduire leur déficit public pour le ramener à 3% de leur PIB d'ici 2013. Or, la récession qui menace bon nombre de pays européens complique la manœuvre. Ainsi, l'entrée en récession des Pays-Bas va entraîner la dégradation de son déficit budgétaire, qui pourrait dépasser les 4,5% en 2012, rendant difficile à atteindre l'objectif des 3% en 2013. Les Pays-Bas étant un des pays les plus actifs dans les discussions pour le renforcement des règles de surveillance budgétaire au sein de la zone euro, sa volonté d'ajustement sera hautement symbolique. S'il ne fait guère de doute qu'il ajustera sa loi de finances rectificative, tout comme vient de le faire (avec difficultés) la Belgique, quelle sera son attitude vis-à-vis de l'Espagne pour laquelle la situation s'aggrave fortement ?

En effet, la péninsule Ibérique vient d'annoncer une explosion de son déficit qui passe à 8,5% du PIB en 2011, alors qu'elle s'était engagée à le ramener à 4,4% en 2012 et 3% en 2013. Si le ministre des Finances déclare « respecter tous ses engagements en matière d'ajustement budgétaire », il souligne aussi que « les circonstances ont changé ». Or, avec un taux de chômage de 23,3% (comparé aux 5,5% affichés par les Pays-Bas), l'ajustement est particulièrement douloureux.

Doit-on exiger pour tous le même objectif de 3% pour 2013, sachant que les économies sont bien loin d'être dans des situations conjoncturelles identiques ?

... Qui ne fonctionnera qu'avec un pacte de croissance

Il paraît évident qu'il ne faut pas réitérer la même erreur que celle commise au moment de la création de l'union monétaire, lorsqu'il s'agissait de faire converger les différentes économies européennes. Alors qu'elles avaient des taux de croissance et d'inflation différents, il avait été décidé d'aligner les taux d'intérêt monétaires sur la fourchette haute, provoquant ainsi un alignement par le bas des taux de croissance et donc d'inflation.

Ici, il s'agit de ramener les taux de déficit à un niveau proche de la norme acceptable pour tous, mais à des rythmes soutenables pour chacune des économies. Dès lors, convient-il de dissocier l'ajustement structurel des dépenses publiques, sans pour autant étouffer définitivement la croissance, et revenir au schéma infernal "récession-austérité-récession" ?

Ce chemin particulier doit être négocié avec les instances communautaires, d'où la coordination budgétaire. Il doit être suffisamment crédible et consensuel pour être respecté par l'ensemble des pays signataires et apparaître d'autant plus juste que sa non-implication peut entraîner des sanctions. Cependant, cet ajustement n'a de sens que si le prix à payer pour y parvenir n'est pas trop élevé, dès lors qu'il s'agit de la condition nécessaire à l'exercice de toute solidarité européenne. Encore faut-il que cette solidarité puisse également apporter de la croissance afin de rendre soutenable cette convergence budgétaire.

Or, si chacun en convient, les conditions à observer pour faciliter cette croissance sont loin de faire l'unanimité. Cette problématique de croissance nous ramène au fondement même de l'union économique et monétaire de l'Europe, mais également aux divergences de vues de chacun des États membres.

David Cameron et Mario Monti ont fédéré autour d'eux dix autres chefs d'États européens pour réclamer des mesures visant à poursuivre l'intégration du marché unique et à faciliter la mobilité des facteurs (notamment par des réformes du marché du travail) selon une approche libérale. Le Luxembourg a refusé de s'y associer tant que des mesures sociales n'y seront pas intégrées.

De leur côté, la France et l'Allemagne préfèrent mettre l'accent sur une meilleure coordination fiscale, sans pour autant proposer le renforcement des politiques économiques communes. Or, si elle ne se décrète pas, la croissance peut, malgré tout, se voir améliorée par un environnement économique plus favorable, permettant une meilleure productivité.

Si une certaine coopération existe dans des domaines tels que l'éducation (cf. programmes d'échanges Erasmus), la politique commune en matière de transports demeure faible ; quant à la politique commune de l'énergie, elle est inexistante. Pourtant, l'amélioration du potentiel d'une économie est bien souvent permise par les actions engagées dans ces trois secteurs.

Quant à la politique industrielle qui permet aux pouvoirs publics d'accompagner - ou de rendre moins douloureux - les ajustements structurels, elle garde son caractère national (lorsqu'elle existe).

Il s'agit donc plus d'un manque de consensus politique qu'un défaut de possibilités financières. En effet, dès lors que l'endettement des différents États de l'UE se stabilise grâce au pacte de stabilité, plus rien n'empêche l'émission d'une dette européenne, que permettraient les euro-bonds. Cette manne financière serait à la disposition d'une union politique. Reste à savoir pour quel projet économique.

L'intégration européenne, pensée comme une nécessité économique, ne peut plus être le seul moteur de l'Europe. Le politique doit, désormais, s'approprier ce processus et lui donner un réel projet.

Éric Venet

montbleu finance est une société de gestion de portefeuille indépendante, agréée en octobre 2007 par l'Autorité des Marchés Financiers.

montbleu finance offre une gamme complémentaire de Fonds Communs de Placement. Investis en France, en Europe et à l'international, les fonds répondent à la diversité des profils de risque existants.

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