montbleu finance : « Osons l’action ! »

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Éric Venet, directeur de la gestion chez montbleu finance, nous fait part de son analyse des marchés.

« Osons l'action ! »

D'une solidarité économique passive à une solidarité politique active

La difficulté d'arriver à un accord général, au sein de la zone euro, pour résoudre la crise des emprunts souverains s'explique par la nécessité de choix politiques forts. Après avoir hésité sur la sortie de la zone euro des maillons faibles (Grèce) ou des maillons forts (Allemagne), l'Europe a opté pour la "solidarité" comme réponse à la crise, avec, notamment, le plan du 21 juillet.

Certes, il s'agit d'une solidarité calculée. En effet, permettre à la Grèce de faire faillite équivaudrait à créer un dangereux précédent qui pourrait se propager aux économies les plus fragiles de la zone euro. Une telle situation laisserait le champ libre aux marchés financiers pour s'engouffrer dans la brèche et faire voler en éclat la Construction européenne (Que deviendrait, alors, l'économie allemande dont les principaux partenaires commerciaux seraient déstabilisés ?).

Cette "solidarité" économique n'est pourtant pas suffisante pour que l'ensemble des pays membres de la zone euro accepte les sacrifices que nécessite un vaste plan de sortie de crise. L'effort est tel qu'il requiert désormais l'adhésion du citoyen européen.

D'une solidarité économique subie…

Nous touchons là au point faible de la Construction européenne. De la Communauté européenne du charbon et de l'acier à l'Union monétaire, d'une zone de libre échange à un Marché commun, d'un Marché commun à une Union économique et monétaire, chaque étape de l'intégration s'est progressivement imposée par la nécessité économique mais résulte, néanmoins, d'un acte politique fondateur de la part de quelques dirigeants convaincus du bien fondé historique de leur démarche.

À chaque nouvelle étape, les gouvernants ont bien essayé de mettre au diapason les citoyens européens mais sans réel succès. En 2005, l'échec du référendum français sur le traité établissant une Constitution pour l'Europe en est le paroxysme. Si, jusqu'à présent, la Construction européenne a pu se faire sans le soutien du citoyen, cette absence fait aujourd'hui cruellement défaut aux hommes politiques. Ceux-ci ont, maintenant, la dure charge d'avancer vers la consolidation de l'Union économique et monétaire, ultime étape avant l'Union politique.

Or, la crise des dettes souveraines européennes ne fait que révéler le caractère non abouti de l'intégration d'une union économique et monétaire. Dans toute union monétaire, chaque membre est solidaire des autres. Il ne dispose plus d'une totale autonomie dans l'élaboration de sa politique budgétaire puisqu'il se voit contraint de respecter certaines normes en termes de déficit et donc d'endettement (d'où l'élaboration des critères de Maastricht).

Il est clair, désormais, que cette solidarité réaffirmée implique nécessairement une union budgétaire renforcée. C'est ce qu'il est convenu d'appeler la "Gouvernance économique européenne". Les États et donc les gouvernements de la zone euro doivent accepter de perdre une partie de leurs prérogatives budgétaires au profit d'un organe de contrôle européen, dont le rôle serait de vérifier la cohésion et l'équilibre de l'ensemble des politiques budgétaires nationales.

Se posent alors deux questions fondamentales auxquelles aucune réponse n'a pu être apportée à ce jour : Les États membres sont-ils prêts à abandonner une certaine dose de souveraineté et comment légitimer cet abandon ?

Les gouvernements européens actuels disposent-ils de la légitimité nécessaire pour poursuivre dans la seule voie encore possible, celle de la solidarité ? On peut en douter compte tenu des échéances électorales prochaines. De plus, il est fort probable que, encore une fois, le peuple européen ne soit pas consulté. Quoi qu'il en soit, dans un contexte d'endettement grandissant, il semble préférable de dépendre d'une autorité partie intégrante des institutions européennes auxquelles nous appartenons, que d'être sous le joug de créanciers !

L'important dans l'immédiat est une réponse claire de l'Europe. Il faut pouvoir opposer à des emprunteurs en une monnaie unique, un débiteur crédible : soit l'Allemagne, et dans une moindre mesure la France (plus fragile), soit une structure politique européenne. Mais le temps presse. Dans ces conditions, l'Allemagne s'impose comme la contrepartie obligée et dicte ses règles au reste de la zone euro. Ainsi, selon ses desiderata, le FESF ne sera pas une banque (comme proposé par la France) mais un assureur garantissant un risque de défaut. Le recours à cette seconde structure permettra d'éviter toute monétisation de la dette des États européens et donc de parer toute création monétaire à l'américaine. Le secteur privé, quant à lui, apportera une plus grande contribution, la restructuration de la dette souveraine - haircut - devant être fixée à un montant plus important que celui initialement annoncé. Enfin, chacun est prié de rentrer dans le rang, d'où la demande sèche faite à l'Italie d'engager une réforme de son système de retraite et à Berlusconi de s'exécuter.

… À une solidarité politique choisie

Il serait pourtant possible d'aller bien au-delà et de reprendre, une fois pour toute, la main sur les marchés tout en poursuivant le modèle européen d'intégration. Il faut remettre du politique dans l'économique.

La proposition du sommet franco-allemand d'août dernier visant à constituer un conseil des chefs d'État et de gouvernement de la zone euro est, à cet égard, une avancée. Ce conseil se réunirait deux fois par an et aurait à sa tête un président stable élu pour deux ans et demi. Afin d'en renforcer la légitimité, il conviendrait, cependant, d'y associer des représentants des parlements nationaux et européen.

Certes, cette avancée serait cruciale mais elle serait, encore une fois, limitée à la sphère économique. Si un gouvernement économique européen semble nécessaire, il ne peut se limiter à une action passive de contrôle budgétaire a posteriori. Dans un monde en perpétuel mouvement, une politique économique active semble primordiale. Pour ce faire, des moyens financiers sont nécessaires, d'où l'obligation d'accroître les recettes propres et, pourquoi pas, la capacité d'emprunt de la zone euro, dès lors qu'il s'agit d'influer positivement sur la capacité de croissance de l'économie comme énoncé dans le Traité de Lisbonne. C'est alors, et alors seulement, que les Eurobonds prendront tout leur sens.

Un gouvernement économique européen, disposant d'une réelle marge de manœuvre financière, ne peut qu'être l'instrument préalablement défini au service d'une union politique, dernière étape de la Construction européenne.

Cette union politique, encore loin dans les esprits des Européens, est la conséquence mécanique du processus d'intégration. Plutôt qu'être subie, elle pourrait être choisie, dès à présent, en réconciliant le citoyen européen avec la politique. C'est tout le paradoxe de la situation actuelle : poursuivre la solidarité économique, c'est à terme choisir une solidarité politique active.

La réticence des gouvernements européens actuels à avancer dans la résolution de la crise semble bien être la conséquence première des choix politiques immédiats et forts qu'implique ce processus, et ce, sans attendre un aval démocratique pourtant souhaitable (sauf peut-être pour l'Allemagne, mais c'est bien là le minimum !).

Pourtant, au lieu de se laisser enfermer dans une logique purement économique, leurs décisions politiques prendraient toute leur légitimité si elles s'inscrivaient dans le cadre d'une large explication auprès des citoyens européens. On ne peut plus se passer de leur assentiment.

Or, cette grave crise mondiale, déclenchée en 2008, est un formidable accélérateur pour l'Histoire. Tous les déséquilibres (voire déviances) économiques accumulés, ces dernières années, par le système capitaliste étaient supportés avec passivité tant que le monde économique connaissait une croissance forte. Ils sont aujourd'hui devenus intolérables, dès lors qu'ils s'avèrent être la cause première de cette crise.

Chacun d'entre nous sait, intuitivement, qu'il est grand temps de changer de paradigme économique. Le citoyen européen comprend qu'il est temps de perdre un peu de souveraineté pour gagner en sérénité.

Le temps de l'action est donc venu…

Éric Venet

montbleu finance est une société de gestion de portefeuille indépendante, agréée en octobre 2007 par l'Autorité des Marchés Financiers.

montbleu finance offre une gamme complémentaire de Fonds Communs de Placement. Investis en France, en Europe et à l'international, les fonds répondent à la diversité des profils de risque existants.

La gestion des FCP est assurée par Éric Venet et son équipe d'analystes financiers, qui conjuguent une vision macro-économique globale et une étude fondamentale des entreprises. Cette double approche constitue la valeur ajoutée de montbleu finance. Elle permet une réactivité mesurée et nécessaire, dans un environnement conjoncturel évolutif et complexe.

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