montbleu finance - " Les divergences de politiques économiques exacerbent les mouvements de change"

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Éric Venet, directeur de la gestion chez montbleu finance, nous fait part de sa vision de l’environnement macro-économique et des tendances à venir.

Les forts mouvements de parité de ce début d’année, entre les principales monnaies - dollar, yen, euro - ne sont que le reflet d’anticipations de politiques économiques divergentes, visant à renouer avec la croissance. Ils sont la conséquence de l’absence de coordination au niveau mondial, malgré la promesse des G20 au plus fort de la crise.

- En Asie, la reprise chinoise attire.

Après un atterrissage en douceur au troisième trimestre 2012, l’économie chinoise semble repartir progressivement (elle devrait ainsi atteindre une croissance supérieure à 8% cette année, contre 7,6% en 2012.)

La Chine s’est engagée dans un mouvement de rééquilibrage de sa croissance vers sa demande interne mais cela prend du temps… La relance de la consommation ne peut se faire que par des mesures de long terme de sécurisation de la situation sociale et financière des consommateurs chinois. Aussi, le plus sûr moyen de maintenir la croissance reste l’usage de politiques monétaires et budgétaires. L’utilisation des taux d’intérêt s’avère toujours aussi difficile compte tenu des tensions sur les prix. Le CPI (concumer price index) affiche une augmentation de 2,5% au mois de décembre (2,3% pour le consensus) contre 2% le mois précédent, notamment à cause d’une hausse de 4,2% des prix alimentaires. De leurs côtés, la bulle immobilière semble autant présente et l’endettement des collectivités municipales et régionales demeure toujours aussi tendu.

Le seul recours possible reste l’utilisation de dépenses budgétaires supplémentaires (+19% sur un an) pour la réalisation de projets d’infrastructures permettant d’améliorer la qualité et l’efficacité énergétique du processus de production et, ce, alors même que les prix à la production sont toujours en baisse (-1,9% sur un an).

Nul doute que le nouveau président, homme pragmatique, saura piloter cette reprise.

Le Japon, qui devrait voir sa croissance passer de 2,4% en 2012 à 0,9% en 2013, aimerait profiter de la relance de l’économie de son voisin, malgré les tensions territoriales avec ce dernier (avec pour conséquence directe un recul des échanges entre les deux économies de 3,9% par rapport à 2011).

Après avoir décidé, au trimestre dernier, d’assouplir sa politique monétaire par un programme d’achats d’obligations du Trésor (pour 100 Mds€) - en ayant recours à la création monétaire -, le gouvernement japonais prévoit, à présent, de consacrer 90 Mds€ à des mesures de soutien, dont 33 Mds€ pour la réalisation de travaux publics et la stimulation de l’investissement privé. Il renoue ainsi à nouveau - comme il l’a si souvent fait depuis deux décennies - avec une série de plans de relance qui n’ont jamais réussi à sortir le pays de la déflation. Ce plan, imposé par le gouvernement et financé par des émissions de bons du Trésor, viendra crever le plafond de la dette de 420 Mds€, dette qui dépassera alors les 200% du PIB. Ce choix de politiques économiques a précipité la dépréciation du yen entamée depuis la fin de l’été. Le Japon relance ainsi la "guerre des changes".

- Quand l’ampleur de la croissance américaine dépend de choix politiques incertains…

En ce début d’année, il n’aura jamais été aussi difficile de prévoir la croissance américaine, tant les incertitudes demeurent face aux possibles conséquences de la reconstruction après l’ouragan Sandy et de l’attentisme face au psychodrame du fiscal cliff.

La dynamique semble toutefois bien orientée. L’activité tertiaire s’accélère et les anticipations progressent tant en termes d’activité que d’emploi. Les chiffres de ce dernier sont soutenus : les créations de postes restent supérieures à 150 000, la surprise venant de l’industrie avec la création de plus 25 000 emplois contre 4 000 attendus. La réindustrialisation de l’économie et la reprise de l’immobilier se poursuit donc outre-Atlantique.

Pourtant, le taux de chômage semble se stabiliser à 7,8%, loin de la cible des 5,6%, objectif fixé par la Fed pour stopper son Quantitative Easing qu’elle vient d’ailleurs de renforcer. En effet, l’opération Twist, qui consistait à acheter des titres long terme grâce à des remboursements en titres court terme, a été remplacée par des achats supplémentaires de titres longs (à raison de 45 Mds$ par mois) en ayant recours, cette fois, à la création monétaire. Ces montants viennent s’ajouter à ceux des achats de titres immobiliers MBS (40 Mds$ par mois). S’il est prévu que ce dispositif reste en vigueur tant que le taux de chômage escompté n’est pas atteint, il semble que certaines voix s’élèvent au sein de la Fed et commencent à envisager la possibilité d’arrêter l’assouplissement monétaire avant la fin de cette année (cf. minutes du Comité monétaire des 11 et 12 décembre). Ces hésitations entretiendront la volatilité tant sur les changes que sur les taux longs américains.

Toutefois, la question la plus déterminante restera celle de la politique budgétaire menée par les États-Unis. Tant attendu au mois de décembre, un accord politique a finalement pu être trouvé permettant d’éviter les coupes automatiques du budget. Les investissements en suspens pour cause de fiscal cliff devraient peu à peu repartir, soutenus par une conjoncture mondiale positive, à la condition toutefois que, d’ici le 28 février, aucun nouveau psychodrame ne vienne à éclore. En effet, le sujet de la réduction des dépenses est reporté de deux mois et reste corrélé à l’augmentation du plafond de la dette (16 400 Mds$), enjeu qui contraindra de nouveau républicains et démocrates à négocier d’ici la fin du mois prochain.

Avec un déficit qui devrait atteindre les 8% à 9% du PIB en 2012, l’économie américaine ne devrait pas subir de chocs budgétaires récessionnistes, même si les républicains devraient difficilement se contenter de 1% à 2% de réduction supplémentaire du déficit.

- … Et que la situation en Europe semble se stabiliser.

La récession dans la zone euro s’est probablement accentuée au dernier trimestre (de l’ordre de -0,4%) et 2012 est attendu en contraction de 0,4% à 0,5%.

L’activité manufacturière a poursuivi sa décroissance au mois de décembre : les commandes restent mal orientées (cf. recul des PMI manufacturiers) et se resserrent plus vivement encore qu’au cours du mois précédent. Les ventes au détail sont toujours en recul de 2,6% en novembre après un mois d’octobre déjà morose (-3,2%). Le PIB devrait stagner au premier trimestre et ne progresser que d’un faible 0,2% au second. Pourtant, malgré la hausse du taux de chômage qui s’établit à 11,8% en novembre 2012 contre 11,7% en octobre, les indicateurs de confiance continuent leur redressement. Même si, pour l’instant, cette amélioration de la confiance tient essentiellement à un soulagement du côté des marchés financiers.

Dans le même temps, l’attitude ferme de la BCE par rapport aux anticipations de baisse des taux (malgré l’absence de tensions inflationnistes à court et moyen termes) renforce l’euro face au dollar.

La reprise pourrait venir de l’Allemagne dont les indicateurs sont, pourtant, mal orientés à cause d’une consommation intérieure morne et d’un recul des exportations dû au ralentissement temporaire de l’économie mondiale. Pour cela, il sera toutefois nécessaire que notre voisin d’outre-Rhin concrétise son effort budgétaire de soutien à la consommation.

Du côté des pays périphériques, les politiques de "dévaluation interne" commencent à porter leurs fruits. Leurs entreprises profitent de l’accalmie financière pour lever des capitaux, se restructurer et refinancer leurs dettes.

L’économie européenne reste, malgré tout, fragile et à la merci du moindre choc négatif, qu’il s’agisse d’un blocage financier de l’Espagne, d’une détérioration rapide de la conjoncture française et des incertitudes quant à sa politique budgétaire, voire même d’un psychodrame du côté du contrôle de la dette américaine.

À moins qu’une envolée de l’euro, victime d’une guerre de change, ne vienne sabrer les réminiscences de croissance en Europe...

montbleu finance est une société de gestion de portefeuille indépendante, agréée en octobre 2007 par l’Autorité des Marchés Financiers.

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