montbleu finance - "Découplage : Priorité à la croissance interne"

le
0

Éric Venet, directeur de la gestion chez montbleu finance, nous fait part de sa vision de l'environnement macro-économique et des tendances à venir.


---

Le G20 sous présidence française avait suscité des espoirs quant à la possibilité d'apporter une réponse coordonnée et mutuelle aux problématiques de l'économie internationale. En vain. Engluée dans une grave crise de défiance, l'Europe est incapable de réagir avec détermination, se laissant entraîner dans une récession. Face à ce ralentissement de la première zone économique mondiale (20% du PIB mondial), les autres régions du monde n'ont guère le choix que d'activer leur propre politique économique afin d'en soutenir la croissance interne : une façon comme une autre de recouvrer l'équilibre mondial et, à terme, d'améliorer la position européenne.

- Les pays émergents privilégient leur demande intérieure au détriment de la lutte contre l'inflation.  
Au premier trimestre 2011, les pays émergents ont dû faire face à une surchauffe inflationniste. Afin de pallier à cette situation, ils ont fortement remonté leurs taux.
La Chine, de son côté, a été affectée par la contraction de l'activité en Europe et le ralentissement de la chaîne de production du secteur technologique. Elle devrait connaître un "soft landing", en 2012, avec une croissance ramenée à 8,5%. Lors du précédent épisode inflationniste, entre 2008 et 2009, la Chine avait massivement détendu ses taux, privilégiant une relance par l'offre. En 2011, elle a préféré opter pour une relance de sa demande intérieure. En ayant recours à une baisse graduée des taux, les autorités de Pékin espèrent apporter un bol d'air au système financier, fragilisé par des investissements publics pas toujours très viables, et par des entreprises affaiblies par une offre en surcapacité. Cette détente est facilitée par une inflation qui ralentit (conséquence directe de la diminution des prix des denrées alimentaires et autres matière premières) et une spéculation immobilière qui semble être maîtrisée (les prix immobiliers commencent à diminuer dans 49 des 70 plus grandes villes du pays). Une hausse des salaires (programmée dans le 2nd plan quinquennal) de 15% permet, quant à elle, de soutenir le pouvoir d'achat et la consommation, même si elle enclenche un processus de délocalisation de certaines industries à forte main-d'œuvre, vers d'autres pays asiatiques tels que le Vietnam.
Quant au premier partenaire commercial de la Chine, le Brésil, après un 3e trimestre de croissance négative, il devrait voir son économie repartir. Ainsi, en 2012, la croissance de son PIB, supportée par une politique contracyclique plus agressive, devrait passer de 2,4% à 3,4%. Face au ralentissement de l'économie nationale, le gouvernement a opté pour une petite relance budgétaire privilégiant sa demande intérieure en ayant, notamment, recours à la baisse des taxes (sur les produits alimentaires et électroménagers) et l'augmentation des dépenses de santé. De plus, malgré une inflation encore soutenue (prévisionnel à 5,5%), la banque centrale continue son cycle de baisse des taux, entamé en août, pour encourager la consommation intérieure par la croissance du crédit, favorisant ainsi la baisse du chômage.

- L'économie américaine résiste ; la Fed veille.
Si l'idée d'un double-dip avait accentué les craintes des marchés pendant l'été, il s'avère que l'économie américaine résiste mieux que prévu. Les perspectives de production s'améliorent. Portée par des gains de productivité et un environnement monétaire très accommodant, la situation financière des entreprises est saine. L'investissement reste soutenu et l'immobilier pourrait même redevenir un facteur de soutien dans les prochains mois car la demande reste présente. La consommation des ménages conserve un rythme appuyé (+ 6,7% en taux annuel), grâce à une diminution du taux d'épargne et à une confiance qui ne cesse de s'améliorer notamment grâce à la remontée des chiffres de l'emploi. En effet, l'économie américaine est passée de 100 000 à 200 000 créations d'emplois, faisant baisser le taux de chômage de 9% à 8,5% (même si les éléments statistiques peuvent être discutables). La consolidation budgétaire étant plus lente qu'en Europe - pour des raisons électorales et d'absence de pression des marchés -, les destructions d'emplois publics resteront faibles.
Aussi, si l'économie américaine n'a pas encore trouvé son rythme de croisière, elle devrait tout de même accélérer pour retrouver une croissance aux alentours de 2% à 2,5% en 2012. Si ces améliorations ne devaient pas suffire ou que la récession en Europe s'avérait plus conséquente, la Fed pourrait envisager un nouveau plan d'achat d'obligations (3e Quantitative Easing), profitant d'une légère baisse de l'inflation. Pour l'instant, elle se contente de maintenir des taux monétaires proches de zéro, à un horizon supérieur à 2013. De même, elle agit sur la courbe des taux afin de maintenir, aussi longtemps que possible, des taux d'intérêt réels négatifs, ces derniers étant à la fois un soutien à l'investissement et un facteur d'allégement de la dette.

- Les pays européens risquent la récession.
L'Europe reste coincée dans une spirale auto-réalisatrice de défiance à l'égard de son système bancaire, entretenue par des risques d'insolvabilité sur les emprunts souverains de certains de ses États membres. Afin de briser le "cercle vicieux" dans lequel elle est entrée, elle tente de renforcer son union budgétaire. Le dernier sommet européen semble marquer une étape supplémentaire vers l'affirmation de cette coordination budgétaire. Cependant, ses contours restent encore trop flous pour ramener la sérénité sur les marchés.
Trop de questions restent en suspens. Quelles sanctions en cas de dépassement du pacte de stabilité ? Comment sera mis en place l'objectif d'un déficit structurel de l'État inférieur à 0,5% de son PIB et constitutionnalisé par une règle d'or harmonisée ? Comment la surveillance mutuelle des politiques budgétaires va-t-elle s'articuler entre la Commission, le Conseil européen et les différents parlements ?
En attendant, cette crise se transmet à la sphère économique. Au-delà de la querelle du "Credit Crunch" (phénomène de rationnement du crédit) - la question étant de savoir si ce sont les banques qui prêtent moins aux agents économiques ou si ce sont les entreprises et consommateurs qui diffèrent leurs opérations -, les indicateurs économiques s'enfoncent dangereusement.
Pourtant, comme le souligne le chef économiste du FMI, Olivier Blanchard, il est important que les États européens résistent à la pression des marchés en n'appliquant pas de cure d'austérité trop drastique.
Si, jusqu'à présent, seuls les pays d'Europe du Sud étaient touchés, la France vient d'entrer officiellement en récession, compliquant un peu plus son programme d'ajustement budgétaire. Dans un tel environnement, l'Allemagne pourrait également être touchée, malgré une demande intérieure forte et des excédents commerciaux toujours solides. D'où une prévision de croissance quasi-nulle pour 2012 pour l'ensemble de la zone euro.
Tout recours à un soutien budgétaire étant exclu (sauf pour l'Allemagne) pour cause d'ajustement, seule la politique monétaire peut être utilisée. Si elle pourra à nouveau abaisser ses taux courts, la BCE s'est, jusqu'ici, efforcée d'intervenir sur la liquidité du système bancaire, cœur du problème européen. Les prêts à 3 ans en quantités illimitées permettent aux banques de faire face, sur le 1er trimestre 2012, à leurs besoins en disponibilités ainsi qu'aux échéances de nombreux remboursements. En attendant, les seuls leviers, sur lesquels l'Europe peut compter, restent la normalisation de son système bancaire, permise par un retour de confiance sur les dettes souveraines des différents États européens, et une amélioration de la conjoncture internationale.


Contrairement au choc "Lehman" de 2008, qui avait touché simultanément toutes les économies, cette fois-ci l'Asie et, dans une moindre mesure, les États-Unis par leur dynamique peuvent jouer le rôle de locomotive internationale. La désynchronisation des différentes régions du globe - chacune privilégiant sa propre consommation intérieure - peut enclencher le mécanisme de multiplicateur extérieur.
Outre l'apparition d'un meilleur équilibre mondial, l'Europe pourra, aujourd'hui, trouver le supplément de croissance qui lui fait défaut.



montbleu finance est une société de gestion de portefeuille indépendante, agréée en octobre 2007 par l'Autorité des Marchés Financiers.
montbleu finance offre une gamme complémentaire de Fonds Communs de Placement. Investis en France, en Europe et à l'international, les fonds répondent à la diversité des profils de risque existants.
La gestion des FCP est assurée par Éric Venet et son équipe d'analystes financiers, qui conjuguent une vision macro-économique globale et une étude fondamentale des entreprises. Cette double approche constitue la valeur ajoutée de montbleu finance. Elle permet une réactivité mesurée et nécessaire, dans un environnement conjoncturel évolutif et complexe.

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant