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Éric Venet, directeur de la gestion chez montbleu finance, nous fait part de sa vision de l’environnement macro-économique et des tendances à venir.

 

Depuis des mois, les banquiers centraux n’ont de cesse d’expliquer aux marchés financiers que leurs interventions massives ne sont là que pour soulager l’Économique et que, en aucun cas, elles ne sauraient se substituer aux réformes politiques. Toute politique économique est d’autant plus efficace que le Politique est fort car, à bien y regarder, il existe une corrélation forte entre croissance et volonté politique. Entre la détermination du Japon et du Royaume-Uni à sortir de la crise et l’indécision d’une Europe toujours dans son archaïsme politique, les États-Unis mettent en plein jour les difficultés des démocraties à faire face à des enjeux qui les dépassent.

- Lorsqu’une politique économique ambitieuse enclenche la croissance : Royaume-Uni et Japon.

En regardant de plus près les différences de dynamique de croissance des grandes démocraties occidentales, deux pays se détachent par le lancement de politiques vigoureuses bien que diamétralement opposées : le Royaume-Uni et le Japon.

D’un côté, "de la sueur et des larmes" avec le gouvernement mené par David Cameron, qui s’est lancé depuis 2010 dans des coupes sombres dans le budget afin de redynamiser la croissance "façon Thatcher". Cent mille postes de fonctionnaires ont déjà été supprimés, ce qui n’a pas empêché le Premier ministre d’annoncer qu’il allait continuer à restreindre les avantages sociaux et contraindre les 200 000 chômeurs de longue durée à effectuer des travaux d’intérêt général. Cette politique porte ses fruits puisque l’immobilier et l’industrie, notamment automobile, tirent la croissance du pays, qui affiche une hausse de 0,7% sur le 3e trimestre 2013 et devrait dépasser les 2,3% l’année prochaine.

De l’autre côté du globe, le Japon a décidé d’employer les grands moyens pour sortir d’une décennie de déflation avec un programme économique à l’opposé de celui mis en place outre-Manche. Le Premier ministre nippon a lui aussi demandé à sa banque centrale de recourir massivement à une politique monétaire très accommodante, afin de stimuler l’inflation et la dépréciation du yen. Celle-ci s’accompagne d’un plan de soutien de l’activité de 500 Mds¥, essentiellement destiné, du côté de l’offre, à des allégements fiscaux pour les entreprises, afin qu’elles débloquent leurs investissements et augmentent les salaires, et, du côté de la demande, à la réalisation de grands travaux (i.e. les "3 flèches de l’Abenomics"). Résultat : l’économie nippone est sur un rythme de croissance de 3,8% en glissement annuel sur le 2nd trimestre. Le Japon semble sorti de sa déflation. Convaincu de la pérennité de sa reprise économique, il vient de confirmer le relèvement du taux de TVA afin d’enclencher la remise en ordre de son déficit public (10% du PIB), même si sa consommation intérieure reste faible. Cette première mesure prise depuis 15 ans vise à contenir la dette la plus élevée des pays développés (200% du PIB), à rapporter à celle de 71% affichée par le Royaume-Uni qui conserve toutefois un déficit de plus de 6% du PIB.

- L’Europe se débat pour trouver une politique digne de ce nom.

L’Europe se débat dans une union économique et monétaire imparfaite (monnaie unique sans unité politique). Incapables de dépasser leurs enjeux nationaux et placés sous le protectorat d’une monnaie commune, les pays européens ont perdu leur capacité d’agir. Sans vision de moyen terme, ils sont d’autant plus soumis à ce diktat que leurs systèmes politiques semblent bloqués.

Le psychodrame italien en est un exemple ubuesque. Depuis le départ de Mario Monti, qui avait reçu le pouvoir de la classe politique pour engager les mutations qu’elle était incapable de mettre en place, plus rien ne se passe en matière de réformes. La Commission européenne a quelque peu relâché la pression sur l’Italie en permettant à son déficit public de ne revenir à 3% qu’en 2014, bien que le pays soit toujours en récession (-1,3% prévu pour 2013). Malgré un taux d’épargne record, la demande intérieure est toujours aussi faible alors que l’incertitude continue de peser sur l’investissement. L’Italie est le seul pays européen dont le pouvoir d’achat par habitant a reculé depuis 15 ans, malgré une dette en hausse (dépassant désormais les 130% du PIB) et un excédent primaire depuis 20 ans (hormis 2009).

Cette instabilité politique contraste avec la réélection triomphale d’Angela Merkel à un cheveu de la majorité absolue. L’Europe qui a attendu les élections allemandes pour débloquer les dossiers stratégiques va devoir s’armer de patience avant que Berlin n’assume son rôle de leader. Cependant, trois dossiers majeurs, mis en attente, devront très vite être traités. Sur l’Union bancaire, si la BCE embauche déjà pour assurer son rôle de surveillant européen des banques, il faut désormais créer une autorité unique de résolution des faillites bancaires et un mécanisme de couverture des dépôts et, surtout, mettre en place des stress tests gérés par la banque centrale. Sur l’Union budgétaire, il faudra respecter les règles de surveillance définies ces dernières années, tant pour les déficits que pour les excédents. Enfin, il conviendra d’organiser la sortie de la crise de la dette des "maillons faibles" comme la Grèce ou le Portugal. Tout cela devra se faire en convaincant une opinion allemande qui n’est pas forcément favorable à plus de solidarité et encore moins à plus d’intégration. Toutefois, Angela Merkel devrait disposer d’une solidarité parlementaire, ce qui n’est pas le cas de son homologue américain.

- Les États-Unis rentrent dans une crise politique, quitte à prendre en otage leur économie.

Avec une économie en reprise et une banque centrale aussi puissante, on pouvait s’attendre à ce que les États-Unis assument un leadership politique sur le reste du monde. Il n’en est rien. En effet, la Fed doit suspendre sa normalisation monétaire tant que le Politique menacera l’Économique, la situation politique menaçant bel et bien la solidité de la reprise.

Les parlementaires ont échoué à voter un budget avant la date de début de l’année budgétaire, enclenchant un nouveau shutdown. Contrairement au précédent, il ne s’agit pas cette fois d’un désaccord sur les recettes/dépenses. Les républicains ne veulent pas de l’Obamacare (réforme de santé). Cette loi, bien que votée, est remise en cause par les républicains qui demandent son report d’un an pour valider un budget, ce que refusent les démocrates. La tentation des républicains de jouer leur va-tout est grande. Ils se positionneraient ainsi pour les élections de mi-mandat de l’année prochaine, en concurrence avec le Tea Party sur la préoccupation de l’envolée de la dette et surtout le renforcement des acquis sociaux. Quant au président Obama, près d’un an après sa réélection, il voit sa cote de popularité chuter et semble incapable d’imposer des réformes d’envergure. Sa famille politique est désormais divisée et lui reproche, entre autre, sa gestion de l’intervention militaire en Syrie. Or, si un consensus sur le budget peut être trouvé par des accords provisoires, le véritable bras de fer repose sur l’extension du plafond de la dette, actuellement fixé à 16 700 Mds$ et devant être atteint mi-octobre.

En 2011, lors de la précédente crise, les États-Unis avaient perdu leur triple A et la confiance du consommateur avait fortement chuté, tout comme les marchés financiers ; d’où la mise en garde d’Obama à ces mêmes marchés financiers. On comprend, dès lors, le malaise des opérateurs financiers devant les records atteints par les marchés actions et l’atmosphère un peu surréaliste d’un Halloween menant à Thanksgiving, période déterminante en matière de consommation aux États-Unis.

La fin de l’année est d’ores et déjà marquée par des publications de résultats du 3e trimestre globalement décevantes, notamment pour les entreprises dont une part du chiffre d’affaires provient des pays émergents qui sont passés de locomotive de la croissance mondiale à simple wagon.

En Europe, les actions, ainsi sanctionnées par le marché et parfois "massacrées" bien en-deçà de leur valeur intrinsèque, représentent une opportunité d’achat. Par conséquent, nous privilégierons celles des sociétés européennes et resterons à l’écart des émergents, ainsi que des valeurs américaines (tant que le problème de la dette ne sera pas réellement réglé).

Le marché actions s’annonce turbulent durant les prochains mois. Il nous faudra donc être capable de rapidement réduire ou augmenter l’exposition nette aux actions afin de conserver ou créer de la performance.

Côté obligations, nous resterons à l’écart des taux fixes afin de ne pas être pénalisés par le stress que devraient connaître les marchés lors de l’annonce, par la Fed, de l’arrêt progressif de son programme de rachat d’actifs.

La clé de la conservation du capital sera l’insensibilité à la variation des taux ; la performance, quant à elle, proviendra de la réactivité et de la flexibilité sur les actions européennes.

montbleu finance est une société de gestion de portefeuille indépendante, agréée en octobre 2007 par l’Autorité des Marchés Financiers.

montbleu finance offre une gamme complémentaire de Fonds Communs de Placement. Investis en France, en Europe et à l’international, les fonds répondent à la diversité des profils de risque existants.

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