Monique Bourven (CESE) : « Il faut instituer une réelle gouvernance des marchés financiers »

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La volonté de régulation du système financier doit être réaffirmée au prochain G20 de Londres en avril selon Monique Bourven, rapporteur d'un projet d'avis sur la crise bancaire et la régulation financière au Conseil économique, social et environnemental (CESE).

Comment analysez-vous la crise actuelle et qui en sont les principaux responsables selon vous ?

Monique Bourven : Cette crise est de nature systémique mais elle est aussi celle d'un système de valeurs. Elle résulte d'une série de dysfonctionnements économiques, techniques, notamment en matière de contrôle, de mesure des risques d'illiquidité sur certains produits dérivés et de contrepartie. Nous estimons qu'elle va entraîner une crise économique grave qui peut déboucher sur une crise sociale, voire politique comme c'est le cas dans un pays comme l'Islande. Depuis janvier, nous avons beaucoup de mauvaises surprises dans les prévisions de résultats des banques au quatrième trimestre 2008. Il est clair qu'elles ne peuvent pas ne pas tirer les leçons de cette crise.

Les pouvoirs publics ont-ils pris selon vous la mesure des réformes à engager au niveau mondial ? Qu'attendez-vous de la prochaine réunion du G20 le 2 avril à Londres ?

M.B : Nous avons été favorablement impressionnés par la tenue du G20 en novembre dernier où le problème de la régulation a été mis sur la table avec un plan d'action et un calendrier précis. Il faut que le prochain G20 début avril confirme cette orientation vers une plus grande régulation supranationale. De nombreuses réticences doivent être encore surmontées, notamment la délicate question des paradis fiscaux.

Quelles mesures doivent être absolument mises en oeuvre selon le CESE ?

M.B : Nous préconisons aussi bien une harmonisation de la notion de fonds propres au niveau européen qu'une révision des normes comptables. Le CESE propose que cette réflexion soit conduite par une autorité européenne indépendante dans laquelle serait représenté les acteurs de marché et les régulateurs. Les marchés dérivés devraient aussi être sécurisés par la standardisation des contrats et la création d'une « chambre de compensation » si possible au niveau européen. Si ces pistes qui recoupent largement les propositions du G20 de novembre 2008 étaient menées à bien, nous pourrions envisager une sortie de crise par le haut.

Que proposez-vous pour remettre de l'ordre en matière de rémunération des opérateurs de marché ?

M.B : Une remise en cause s'impose mais cela fait grincer des dents dans les pays anglo-saxons. Les banques ont consacré une part beaucoup trop importante de leurs résultats au paiement de bonus excessifs, garantis dans certains cas, ce qui a conduit à des prises de risques inconsidérées dans les activités de marché. Il faut un rééquilibrage sérieux au niveau des rémunérations entre le front office (les traders) et le back ou le middle office. Les banques doivent aussi réduire drastiquement leurs activités pour compte propre qui ne créent pas de valeur.

Et au niveau international ? Que faut-il faire pour mieux réguler la finance mondiale ?

M.B : Il est évident que la coordination à l'échelle internationale a manqué lors de la crise de 2008. Il faudra donc renforcer les institutions au plan national, européen et mondial. Une institution mondiale capable de réguler les marchés devrait être créée. Cette crise a conduit les Etats à revenir aux commandes pour éviter que le système financier ne s'effondre. Les marchés sont allés aux limites d'un processus de dérégulation même si l'Etat n'a pas vocation à rester éternellement dans le capital des banques. Début 2007, la crise des subprimes était prévisible mais tant que certains continuaient à tirer profit de ces produits, personne n'osait tirer la sonnette d'alarme. Les différents acteurs des marchés ont prouvé à cette occasion qu'ils n'étaient pas capables de s'autoréguler.

Propos recueillis par Julien Gautier

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