Mondial: les Bleus ont des promesses à tenir

le
0
LES BLEUS À RIO
LES BLEUS À RIO

par Gregory Blachier

PARIS (Reuters) - L'équipe de France de football a su se relever de son naufrage ukrainien pour aller chercher, avec du coeur, sa place à la Coupe du monde et doit désormais montrer que son grand coup d'un soir peut-être le début d'une histoire qui dure.

Se qualifier en passant par les barrages n'a rien d'un exploit en soi, pas plus que le faire face à l'Ukraine. Mais le scénario de cette confrontation a rendu la chose exceptionnelle et les Bleus ont peut-être pris mardi un nouvel élan.

Ils ont aussi réveillé des passions. Il y a bien longtemps que le public du Stade de France n'avait pas été aussi en phase avec son équipe, lui si habitué à se comporter au mieux en spectateur. "Depuis les années Zidane", a estimé Karim Benzema après le match.

Accablés de critiques après l'aller, couverts de louanges à l'issue du retour, les Bleus ont ravivé une flamme qu'il leur appartient désormais d'entretenir. Cela passera, davantage que par le résultat, par la répétition de ce qu'ils ont produit mardi.

Car la différence entre l'équipe dépassée de Kiev et celle conquérante de Saint-Denis incite à la prudence. Elle invite à ne pas voir ces Bleus trop beaux en même temps qu'elle laisse à penser qu'avec un minimum d'efforts, ils ont tout pour plaire.

Depuis sept ans, depuis la finale de la Coupe du monde 2006, ils n'avaient rien fait ou presque pour se faire aimer : Euro 2008 manqué, Coupe du monde 2010 honteuse, Euro 2012 insipide et turbulent en coulisses.

Ils avaient suscité tellement peu d'émotions que celles nées après la victoire de mardi ne demandent qu'à durer.

Au Brésil, délestés de la pression du résultat, puisqu'il serait déraisonnable d'attendre un succès final d'une équipe qui a gagné un seul de ses dix derniers matches dans un grand tournoi, ils seront dans des conditions idéales.

Pour y parvenir, il leur faudra rééditer la prestation de mardi. Il faudra que le sélectionneur, Didier Deschamps, fasse à nouveau les bons choix, comme il a su le faire entre les deux matches.

SUFFISANTS OU GUERRIERS

Mais il faudra surtout que les joueurs eux-mêmes, puisque le résultat leur appartient comme l'a rappelé Deschamps, soient à la hauteur des promesses formulées sur la pelouse du Stade de France et, ensuite, devant la presse.

"J'espère simplement que c'est le début de quelque chose", a dit Mamadou Sakho, double buteur et modèle d'implication.

"C'est l'expérience, une bonne leçon aussi", a souligné Paul Pogba, 20 ans et déjà essentiel, en évoquant l'inconstance des Bleus et ce couperet de l'élimination, passé si près.

Ici réside l'ultime bémol.

L'équipe de France doit encore montrer qu'elle a appris de ses errances récentes et qu'elle sera à chaque sortie aussi volontaire qu'elle l'a été mardi, plutôt qu'aussi insignifiante qu'à Kiev.

Avoir réussi son match le plus abouti depuis de longues années ne la protège pas encore d'un écart et Deschamps, qui devrait rester en place jusqu'à l'Euro ne le sait que trop.

"Malheureusement, on a du mal à maintenir dans le temps cet état d'esprit et cette volonté. Mais quand on l'a, on est compétitifs", a-t-il rappelé mardi soir au Stade de France.

La vérité de ces Bleus se situe sans doute à mi-chemin entre Kiev et Saint-Denis. Ils ne seront pas toujours aussi mauvais qu'à l'aller, ils ne seront pas systématiquement aussi brillants qu'au retour.

Ils auront pour mission de ne jamais rien prendre pour acquis.

Certains le savent déjà - Mathieu Valbuena, dont le statut est resté précaire alors qu'il n'a jamais déçu, Franck Ribéry, passé par tout en bleu -, d'autres doivent l'apprendre tel Pogba, que Deschamps a rappelé à la simplicité.

Immense talent, déjà catalyseur sur le terrain où il attire le ballon autant qu'il étire les défenses, encourage les siens autant qu'il peut décourager l'adversaire, il est "un guerrier" qui peut tomber "dans la suffisance", selon le sélectionneur.

L'histoire récente des Bleus pourrait se résumer ainsi. Mardi, ils avaient envie de montrer leur bon côté, celui du combat collectif et de l'enthousiasme. Il leur appartient de s'y tenir et alors, une belle histoire pourrait s'ouvrir.

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant