Monaco: scandale de résidence fictive au profit d'un magnat belge

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Pour la première fois, la Principauté de Monaco, réputée pour le sérieux de sa police, est éclaboussée par un scandale de résidence fictive monnayée sous le manteau par des retraités de la sûreté publique ( AFP/Archives / VALERY HACHE )
Pour la première fois, la Principauté de Monaco, réputée pour le sérieux de sa police, est éclaboussée par un scandale de résidence fictive monnayée sous le manteau par des retraités de la sûreté publique ( AFP/Archives / VALERY HACHE )

Pour la première fois, la Principauté de Monaco, réputée pour le sérieux de sa police, est éclaboussée par un scandale de résidence fictive monnayée sous le manteau par des retraités de la sûreté publique à un magnat du textile belge, inculpé mardi dans son pays.

L'affaire, découverte au hasard d'écoutes téléphoniques pour un dossier distinct, est une première dans la ville-Etat qui concentre le plus de riches habitants au mètre carré mais travaille à gommer une image de paradis fiscal qu'elle n'est plus, grâce à de nombreux changements ces dernières années.

"Comme tous les autres Etats du monde, Monaco n'est pas à l'abri de la corruption de certains", a regretté le parquet monégasque, exprimant "consternation et tristesse car l'image de la sûreté publique pâtira de cette situation, même s'il ne s'agit que de faits limités à quelques titres de résidence bénéficiant à une famille de l'Union européenne et accordés voilà plusieurs années par des fonctionnaires aujourd'hui en retraite, jusqu'ici, considérés comme au-dessus de tout soupçon".

Si l'affaire a surpris à Monaco et aura forcément des répercussions, avec une réorganisation annoncée des services concernés, en Belgique, le nom du principal suspect avait, lui, déjà été cité, dans l'affaire Swissleaks notamment.

Il s'agit de l'homme d'affaires Pierre Salik qui a fait fortune dans les années 1960 et 1970 dans l'industrie textile en Belgique après avoir repris l'entreprise familiale, spécialisée dans les jeans. Remis en liberté mardi sous strict contrôle judiciaire, M. Salik, 86 ans, a été inculpé de "corruption active d'agents publics étrangers", a indiqué le parquet fédéral belge.

En 2015, le roi du jean avait été cité dans l'affaire Swissleaks, notamment par le journal belge Le Soir, comme étant l'un des quelque 3.000 Belges dont le nom apparaissait sur des listes de clients de la filiale suisse de la banque HSBC.

"Tous les faits (de corruption à Monaco) sont contestés", a déclaré à l'AFP son avocat Jean-Philippe Mayence, dont le client avait été interpellé lundi.

- Un statut de résident avantageux -

Cinq autres personnes interpellées lundi en Belgique à l'issue de neuf perquisitions, sur la base d'une dénonciation officielle des autorités judiciaires monégasques, ont été "remises en liberté après audition circonstanciée" sans être inculpées.

Le parquet a par ailleurs indiqué que "de très importantes sommes d'argent liquide ont été trouvées et placées sous scellés" qui doivent encore être comptées.

A Monaco, l'enquête se poursuit aussi à grande échelle avec des perquisitions et des gardes à vue mais dont le parquet n'a pas divulgué le nombre.

Un policier à la retraite est suspecté d'avoir arrondi ses revenus depuis des années, avec l'aide, "probable" selon le parquet, de deux autres fonctionnaires de la sûreté publique.

Pour maquiller l'absence des suspects belges de la Principauté, les logements qu'ils louaient étaient sous-loués, ce qui est strictement interdit à Monaco, mais a pu se faire grâce à l'aide d'une agence immobilière, selon le parquet monégasque.

Le statut de résident à Monaco (30.000 personnes environ en bénéficient pour 9.000 Monégasques) s'obtient sous conditions strictes. Il permet de ne pas payer d'impôt (les entreprises en payent en revanche), sauf pour les Français soumis à des accords bilatéraux et pour les Américains assujettis à la fiscalité du pays de résidence.

Le statut est aussi un avantage auprès des autorités bancaires de nombreux endroits du globe car il est bien vu d'être résident monégasque, souligne un connaisseur. Il faut aussi impérativement être résident pour avoir un compte en banque à Monaco, utile pour faire éventuellement transiter des revenus en provenance de l'étranger hors UE.

A Monaco, l'information judiciaire contre X a été ouverte pour "trafic d'influence", "corruption", "faux et usage de faux", abus de confiance mais aussi "blanchiment". Le juge d'instruction avait été saisi en toute discrétion il y a déjà trois semaines.

La pression fiscale en Belgique est l'une des plus élevées d'Europe.

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