Mohamed Morsi se dit prêt au dialogue en Egypte

le
0
TENSION PERSISTANTE EN ÉGYPTE, MOHAMED MORSI SE DIT PRÊT AU DIALOGUE
TENSION PERSISTANTE EN ÉGYPTE, MOHAMED MORSI SE DIT PRÊT AU DIALOGUE

par Tom Perry et Patrick Werr

LE CAIRE (Reuters) - Le président égyptien Mohamed Morsi a fait dimanche un geste en direction de ses adversaires en se disant prêt à dialoguer avec "l'ensemble des forces politiques" et en soulignant le caractère "provisoire" du décret lui attribuant d'importants pouvoirs.

L'Egypte est en pleine effervescence après la décision du chef de l'Etat, issu des Frères musulmans, de s'arroger des pouvoirs étendus, provoquant la colère de l'opposition et des magistrats.

Un demi-millier de personnes ont été blessées lors de manifestations de rues depuis vendredi, au lendemain d'un décret surprise du chef de l'Etat s'appropriant de nouvelles prérogatives et le mettant à l'abri de poursuites judiciaires.

Un membre des Frères musulmans a été tué dimanche et 60 personnes ont été blessées dans une attaque visant le principal bureau de la confrérie dimanche dans la ville de Damanhour située dans le delta du Nil en Égypte, selon le site du Parti liberté et justice (PLJ), organe politique des Frères musulmans.

Manifestations et contre-manifestations sont prévues en début de semaine, à commencer ce dimanche après-midi où les partisans des Frères musulmans sont appelés à descendre dans la rue après les prières.

Mardi, partisans et adversaires du "nouveau Pharaon d'Egypte", comme le surnomment ses détracteurs, sont invités à protester en masse, ce qui fait redouter de nouvelles violences.

Dans un communiqué publié dimanche, la présidence a insisté sur le caractère "provisoire" du décret incriminé. "Cette déclaration est jugée nécessaire pour que ceux qui se sont rendus coupables de corruption ou d'autres crimes sous l'ancien régime et la période de transition puissent rendre des comptes", a ajouté le chef de l'Etat.

Pour lui, le texte n'a pas pour objectif de "concentrer les pouvoirs", mais au contraire de les déléguer et également d'éviter une politisation de l'appareil judiciaire.

"DIALOGUE INCLUSIF"

Le décret vise aussi à "tuer dans l'oeuf toute tentative" de dissolution soit de l'organisme chargé de rédiger la Constitution, soit la Chambre haute du Parlement, deux assemblées dominées par les islamistes alliés à Mohamed Morsi.

"La présidence souligne son ferme attachement à parler à l'ensemble des forces politiques sous la forme d'un dialogue inclusif pour dégager un terrain d'entente et combler le fossé en vue d'un consensus national sur la Constitution".

Dimanche, la Bourse du Caire a plongé de près de dix pour cent au premier jour de sa réouverture après la publication du décret Morsi. Jamais les valeurs n'avaient accusé une telle baisse depuis la "révolution du Nil" qui a abouti en février 2011 à la chute d'Hosni Moubarak.

Les images de manifestants affrontant les forces de l'ordre sur une place Tahrir, épicentre de la révolution de 2011, noyée sous les gaz lacrymogènes ont effrayé les investisseurs.

"On revient à la case départ, politiquement et socialement parlant", déplore Mohamed Radouane, courtier chez Pharos Securities.

Samedi, les juges égyptiens, considérés comme proches de l'ancien régime, sont montés les premiers au créneau en lançant un appel à la grève des prétoires.

Le lendemain, le Haut Conseil de la magistrature a pour sa part estimé que le décret présidentiel ne devait s'appliquer qu'aux décisions ou textes législatifs relatifs à des "domaines de souveraineté".

Dans un communiqué lu à la télévision d'Etat, la plus haute instance judiciaire a également invité les magistrats à ne pas empêcher le bon fonctionnement des tribunaux.

LA BOURSE PLONGE

Le ministre de la Justice Ahmed Mekky, qui a publiquement exprimé ses "réserves" au sujet du décret Morsi, a organisé une rencontre au siège de la Cour suprême, rapporte la télévision nationale.

Mohamed ElBaradeï, l'ancien directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) qui s'est jeté dans l'arène politique sous l'étiquette libérale, a quant à lui traité Mohamed Morsi de "dictateur".

Pour la gauche, les libéraux, les socialistes et d'autres, le décret révèle les tendances autocratiques d'un apparatchik des Frères qui avait été jeté en prison sous l'ère Moubarak.

"Il n'y a pas de place pour le dialogue lorsqu'un dictateur impose les mesures les plus oppressives et détestables qui soient (...) j'attends, et je l'espère rapidement, une déclaration très ferme de condamnation de la part des Etats-Unis, des Européens et de tous ceux qui ont vraiment à coeur la dignité humaine", a ajouté Mohamed ElBaradeï dans un entretien accordé à Reuters et à Associated Press.

Des adversaires du décret Morsi campaient toujours dimanche, pour la troisième journée consécutive, dans le centre de la capitale. Le président, d'après les médias officiels, continue pour sa part de consulter ses conseillers.

"J'ai vraiment peur que les deux camps fourbissent leurs armes en prévision de violences", déclare Hassan Nefaa, professeur de sciences politiques à l'université du Caire. "Mohamed Morsi a fait une grosse erreur de jugement, c'est sûr. Mais le contraindre à faire marche arrière apparaîtrait comme une défaite".

Jean-Loup Fiévet pour le service français, édité par Pascal Liétout

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant