Mohamed Morsi parie sur la constitution pour désamorcer la crise

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MOHAMED MORSI PARIE SUR LA CONSTITUTION POUR DÉSAMORCER LA CRISE
MOHAMED MORSI PARIE SUR LA CONSTITUTION POUR DÉSAMORCER LA CRISE

par Marwa Awad

LE CAIRE (Reuters) - Accusé de dérive autoritaire par l'opposition laïque, Mohamed Morsi doit s'adresser jeudi soir à la nation égyptienne pour lancer un appel à l'unité dans une journée marquée par le vote d'une nouvelle constitution.

L'assemblée constituante dominée par les Frères musulmans et les salafistes et rejetée par les non-islamistes a achevé jeudi aux premières heures sa rédaction du texte fondamental qui sera soumis au vote, mais pour l'opposition, la volonté du chef de l'Etat d'en finir vite avec la constitution risque d'aggraver une situation déjà tendue.

Des milliers d'opposants descendent à nouveau dans les rues depuis une semaine pour protester contre un décret empêchant toute contestation en justice des décisions présidentielles dans l'attente de l'élection d'un nouveau parlement. Deux personnes sont mortes dans les manifestations et des centaines d'autres ont été blessées.

Les Frères musulmans, la confrérie islamiste dont est issu le président égyptien, espèrent mettre fin à la crise la plus grave depuis l'arrivée au pouvoir de Morsi en juin en remplaçant le décret par la nouvelle constitution et en la soumettant rapidement à un référendum, dit un responsable des Frères.

Une fois votée, la constitution devra être validée par Mohamed Morsi qui la soumettra à un référendum dans un délai de 15 jours, ce qui signifie que la consultation pourrait avoir lieu dès la mi-décembre.

Le texte fondamental doit être en place en préalable à l'élection d'un nouveau parlement, qui se tiendrait début 2013. L'assemblée constituante explique que les pouvoirs législatifs exercés par le chef de l'Etat depuis le mois d'août basculeront vers le conseil de la choura, la chambre haute du parlement, une fois la constitution ratifiée dès ce week-end.

"ENRACINER L'AUTORITARISME"

La confrérie, qui a remporté tous les scrutins depuis la chute d'Hosni Moubarak en février 2011, fait le pari qu'elle pourra mobiliser suffisamment d'électeurs pour remporter le référendum.

Mais la manoeuvre pourrait au contraire enflammer les esprits encore davantage, alors que les Frères musulmans et des groupes salafistes appellent à manifester samedi en soutien du président égyptien.

L'opposition laïque et libérale boycotte l'assemblée constituante de 100 membres à forte majorité islamiste qui a entamé ses travaux il y a six mois et qu'elle soupçonne de vouloir imposer sa vision du monde dans la loi fondamentale.

Des recours en justice ont été déposés pour contester la légitimité de la constituante et réclamer sa dissolution, ce que le décret présidentiel de jeudi dernier est censé empêcher.

Dans son discours, tout en appelant à l'unité, Mohamed Morsi expliquera pourquoi il a publié son décret controversé et insistera sur ce qu'il considère comme des complots de l'opposition non-islamiste, fait-on savoir à la présidence.

"La constitution est entrée dans la dernière phase et sera bientôt soumise à référendum. Cela résoudra de nombreux problèmes dans la rue", estime Talaat Marzouk, membre de l'assemblée constituante et du parti salafiste Nour.

Mais Wael Ghonim, une des figures de proue de la contestation anti-Moubarak, juge qu'une constitution approuvée dans un tel climat politique ne ferait qu'"enraciner l'autoritarisme".

Quant à l'ancien secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa, une autre personnalité de l'opposition qui a quitté l'assemblée ce mois-ci, "c'est une mesure qu'il ne faut pas prendre, étant donné le contexte de colère et de ressentiment contre l'actuelle assemblée constitutionnelle".

Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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