Mohamed Morsi évoque la formation d'un gouvernement d'union

le
0
MOHAMED MORSI PRÔNE UN GOUVERNEMENT DE CONSENSUS EN ÉGYPTE
MOHAMED MORSI PRÔNE UN GOUVERNEMENT DE CONSENSUS EN ÉGYPTE

par Tom Perry et Maggie Fick

LE CAIRE (Reuters) - La formation d'un gouvernement de consensus pourrait faire partie d'un plan général de sortie de crise en Egypte, a déclaré mercredi le président Mohamed Morsi dans un communiqué diffusé juste avant l'expiration de l'ultimatum que l'armée lui a lancé.

Cet ultimatum a expiré à 17h00. L'armée n'a annoncé aucune initiative dans l'immédiat.

Le chef de l'Etat issu des Frères musulmans tient l'opposition responsable du blocage mais ne semble offrir aucune nouvelle proposition concrète. Mohamed Morsi et les généraux s'étaient auparavant dits prêts à mourir pour leurs causes respectives.

Le journal officiel Al Ahram a ravivé les craintes d'un coup d'Etat militaire en écrivant mercredi que l'armée avait l'intention de renverser le président s'il ne parvenait pas à un accord de partage du pouvoir avec l'opposition ou s'il n'avait pas démissionné de lui-même à l'expiration de l'ultimatum.

Une source militaire a démenti ces informations, annonçant que l'état-major inviterait au préalable des personnalités politiques et des représentants de la société civile pour discuter de sa "feuille de route".

Selon des sources militaires, elle consisterait à suspendre la Constitution et à dissoudre la chambre haute du parlement dominée par les islamistes. Un conseil formé en accord avec les partis politiques serait ensuite chargé d'assurer l'intérim jusqu'à l'adoption d'une nouvelle constitution et la tenue d'un scrutin présidentiel.

Le général Abdel Fatah al Sisi, chef d'état-major de l'armée, a bien rencontré mercredi Mohamed ElBaradeï, choisi comme représentant par les libéraux du Front de salut national (FSN), ainsi que des dignitaires musulmans et chrétiens et es responsables de partis islamistes plus modestes que la confrérie et du mouvements de jeunes Tamarud, a annoncé l'armée.

Le Parti pour la liberté et la justice, aile politique des Frères musulmans, a quant à lui décliné l'invitation. "Nous n'acceptons les invitations de personne (à des réunions). Nous avons un président et c'est tout", a déclaré à Reuters l'un de ses dirigeants nommé Walid al Haddad.

"RÉBELLION MILITAIRE"

Des véhicules blindés ont sillonné dans la journée les abords du siège de la télévision nationale, sur la rive du Nil, dont le personnel non essentiel a été évacué, dit-on de sources proches des services de sécurité.

La place Tahrir s'est à nouveau remplie dans l'après-midi. Les adversaires de Mohamed Morsi y avaient fêté dans la nuit l'intervention de l'armée dans la crise politique.

La même nuit, une fusillade a fait 16 morts et 200 blessés lors d'un rassemblement de soutien au président sur le campus de l'université du Caire.

Les Frères musulmans ont accusé des policiers en uniformes d'être les auteurs des tirs. Le ministère de l'Intérieur a annoncé l'ouverture d'une enquête et le gouverneur de la province de Gizeh, à laquelle appartient le site, a remis sa démission.

Au pouvoir depuis le 30 juin 2012, Mohamed Morsi a défié les généraux mardi soir dans un discours à la nation, rejetant l'ultimatum et dénonçant une tentative de "coup d'Etat".

"Le prix de la préservation de la légitimité, c'est ma vie", a déclaré le chef de l'Etat, dont plusieurs millions d'Egyptiens ont réclamé la démission dimanche.

Faisant écho à ses propos, l'un des principaux dirigeants des Frères musulmans a promis mercredi que le peuple égyptien ne resterait pas sans réaction face à la "rébellion militaire".

"La liberté est plus importante que la vie", a déclaré Essam el Erian, vice-président du Parti de la liberté et de la justice (PLJ), la branche politique de la confrérie.

Usant du même registre, le porte-parole des Frères musulmans a assuré que les membres de la confrérie étaient prêts au martyre pour défendre Mohamed Morsi.

"DÉFENDRE L'ÉGYPTE DES FOUS"

"Il y a une seule chose que nous pouvons faire: nous nous mettrons entre les chars et le président", a dit Gehad el Haddad sur le campement installé par les Frères à proximité du palais présidentiel, dans une banlieue du Caire abritant de nombreuses installations militaires.

Face à ce regain des tensions, les islamistes radicaux de la Gamaa al Islamiya ont conseillé à Mohamed Morsi d'organiser un référendum sur la tenue d'une élection présidentielle anticipée pour éviter un bain de sang et un coup d'Etat militaire. Ils ont appelé leurs partisans à se tenir à l'écart des violences.

Le parti libéral Al Dostour (La Constitution) d'ElBaradeï a appelé les forces armées à sauver les Egyptiens, estimant dans un communiqué que le président Mohamed Morsi avait "perdu la raison" et poussait le pays à la guerre civile.

Mahmoud Badr, fondateur du mouvement Tamarud, a lui aussi réclamé une intervention de l'armée pour défendre "les aspirations du peuple".

Mohamed Morsi, dont les services refusent de dire où il se trouve, a affirmé mardi soir que nul ne pouvait remettre en cause l'ordre constitutionnel et qu'il n'avait d'autre choix que de poursuivre la tâche qui lui a été confiée démocratiquement.

Dénonçant une tentative de caciques de l'ancien régime d'Hosni Moubarak et de riches familles corrompues de rétablir des privilèges perdus avec la révolution de janvier-février 2011, il n'a pas évoqué l'idée d'une présidentielle anticipée, appelant au contraire à la tenue d'élections législatives.

Trois heures plus tard, dans un communiqué intitulé "les dernières heures", le Conseil suprême des forces armées (CSFA) s'est dit prêt à verser son sang pour "défendre l'Egypte et son peuple des terroristes, des radicaux ou des fous".

Avec les journalistes de Reuters en Egypte; Hélène Duvigneau et Jean-Philippe Lefief pour le service français, édité par Bertrand Boucey

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant