Ministère de l'Economie et des Finances à Paris, le 14 octobre 2011

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Avec l'entrée en récession annoncée par l'Insee, les économistes en sont désormais convaincus: la France ne sera pas au rendez-vous de sa prévision officielle de croissance pour 2012 --un pour cent-- et ses déficits publics vont mathématiquement déraper. Déjà résigné à faire de la pédagogie pour tenter de dédramatiser la perte hautement probable du "triple A", le gouvernement semble condamné à briser un second tabou: soit dévier de sa trajectoire prévue de réduction des déficits publics, soit se résoudre à un troisième plan d'austérité.Pour l'heure, Paris jure encore ses grands dieux de ramener les déficits de 5,7% du PIB cette année, à 4,5% l'an prochain et 3% en 2013 sans nouveau plan de rigueur.De l'aveu même de Sandrine Duchêne, chef du département de la conjoncture de l'Institut national de la statistique, "il est clair" cependant qu'il sera "difficile" de parvenir à 1% de croissance l'an prochain.L'Insee a annoncé jeudi soir qu'il tablait sur deux trimestres successifs de contraction de l'activité -- l'exacte définition d'une récession -- au quatrième trimestre de cette année (-0,2%) et au premier trimestre 2012 (-0,1%) avant une timide reprise de 0,1% au printemps.A Bercy, on maintenait contre vents et marées vendredi "une prévision de croissance volontariste de 1%". Et même en cas "d'accident de croissance", faisait-on valoir, le gouvernement pourrait toujours puiser dans la "réserve de précaution" de six milliards d'euros ménagée dans le budget 2012.Comme ses confrères, Alexandre Mirlicourtois, directeur des études du cabinet Xerfi, en est cependant persuadé : l'économie française "ne pourra pas décrocher 1% de croissance l'an prochain" et cette réserve sera insuffisante. Xerfi table plutôt sur 0,3%.Selon M. Mirlicourtois, il faut s'attendre à un "effet de ciseau". D'un côté, les dépenses sociales vont augmenter avec un chômage que l'OCDE voit à 10,4% en France fin 2012. De l'autre, les recettes fiscales ne seront pas au rendez-vous, à commencer par la TVA et l'impôt sur les sociétés.Dans ces circonstances, Xerfi prévoit un déficit public de 5% du PIB en 2012, 0,5 point de plus que l'engagement pris par Paris auprès de ses partenaires européens et, implicitement aussi, des agences de notation."Il faudrait une reprise avec des taux de croissance dignes de pays émergents au second semestre 2012 pour être au rendez-vous du 1%", renchérit Nicolas Bouzou (Asterès). Lui-même n'espère plus, au mieux, qu'une croissance nulle.Faute de "recaler le budget dès le début de l'année" ce qui, insiste-t-il, "ne pourra pas attendre l'élection présidentielle", le gouvernement s'exposerait à une "cascade de dégradations" des notes de l'économie française.Pour M. Bouzou, il reste cependant un maigre espoir d'éviter encore une récession en 2012, à savoir une "très bonne surprise" en provenance de l'étranger et notamment des Etats-Unis, "avec une reprise plus forte qu'anticipé et une baisse de l'euro qui permettraient de booster les exportations françaises".Marc Touati (Assya Compagnie Financière) est encore plus pessimiste. Il prévoit un déficit public "autour de 6% du PIB" l'an prochain. "La récession est inévitable et la seule chose que l'on puisse faire est d'en limiter la durée par des mesures de relance de la croissance", observe-t-il.Reste à convaincre les dirigeants européens et notamment les Allemands du remède de cheval qu'il suggère: baisse du taux directeur de la Banque centrale européenne (BCE) à 0,5%, parité euro/dollar à 1,15 euro pour un dollar, financement de la dette publique des pays de la zone euro en difficulté par la BCE et politique de soutien à l'innovation et l'investissement financée par des obligations européennes.

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