Migrants-Le père d'Aylan Kurdi veut enterrer son fils à Kobani

le
0

par Ece Toksabay MUGLA, Turquie, 3 septembre (Reuters) - "Ces choses qui nous sont arrivées ici, dans le pays où nous avons trouvé refuge pour échapper à la guerre dans notre pays, nous voulons que le monde entier les voie". En sortant de la morgue de Mugla, en Turquie, Abdullah Kurdi a fondu en larmes. Il est venu identifier le corps de son fils, Aylan, trois ans, retrouvé sans vie sur une plage près de la station balnéaire de Bodrum. La photographie du petit corps allongé sur le sable, vêtu d'un t-shirt rouge et d'un pantalon bleu, a suscité des messages de sympathie et des réactions d'indignation venus du monde entier. Ce simple cliché est venu résumer la tragédie des migrants qui, depuis des mois, fuient leurs pays en Afrique, au Proche-Orient ou en Asie pour rejoindre l'Europe afin d'échapper à la guerre et à la misère. "Nous voulons attirer l'attention du monde afin que cela n'arrive pas à d'autres. Que ce soit le dernier", ajoute Abdullah Kurdi dans un communiqué. L'homme a perdu ses deux fils, Aylan, trois ans, et Galip, cinq ans, ainsi que sa femme Rehan, 35 ans. Tous ont péri dans le naufrage de l'embarcation précaire qui devait les conduire de Bodrum à l'île grecque de Kos. Abdullah Kurdi a payé deux fois des passeurs pour rejoindre la Grèce, en vain. N'ayant pas d'autre solution, il a alors trouvé un bateau de fortune, déterminé à rallier l'île grecque à la rame. L'embarcation s'est mise à prendre de l'eau. Paniquées, les passagers se sont levées et le bateau a chaviré. "Je tenais la main de ma femme. Mes enfants ont glissé de mes mains. Nous avons essayé de nous accrocher au bateau. Tout le monde hurlait dans le noir. Ma femme et mes enfants ne parvenaient pas à m'entendre". Abdullah voulait emmener sa famille au Canada. Il fuyait les combats à Kobani, ville syrienne à majorité kurde, située sur la frontière avec la Turquie. Abdullah avait fait une demande d'asile auprès des autorités canadiennes au mois de juin. En raison de problèmes avec les requêtes émanant de Turquie, la sienne avait été rejetée, a raconté Teema Kurdi, la soeur d'Abdullah, qui vit à Vancouver. "J'ai essayé de me porter garant pour eux", a poursuivi Teema, citée par le journal National Post. "Des amis et des voisins m'ont aidée avec les dépôts à la banque mais nous n'avons pas réussi à les faire sortir (de Turquie). C'est pour cela qu'ils ont pris ce bateau". "Je payais même un loyer pour eux en Turquie, mais c'est horrible la manière dont ils traitent les Syriens là-bas", a-t-elle ajouté. Après cette tragédie, des responsables ont proposé à Abdullah de lui accorder la citoyenneté canadienne. Il a décliné leur offre. Il veut ramener les dépouilles des siens chez lui, à Kobani. (Pierre Sérisier pour le service français)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant