Migrants-L'accord UE-Turquie doublement fragilisé

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    par Nick Tattersall et Seda Sezer 
    ISTANBUL/ANKARA, 6 mai (Reuters) - L'accord sur les migrants 
conclu entre l'Union européenne et la Turquie se retrouvait 
doublement fragilisé vendredi avec le départ annoncé du Premier 
ministre turc et le refus du président Recep Tayyip Erdogan de 
procéder aux modifications des lois contre le terrorisme 
souhaitées par l'Union européenne. 
    En échange de l'aide d'Ankara pour empêcher les migrants 
d'atteindre l'Europe, l'UE a demandé mercredi à ses Etats 
membres d'autoriser les ressortissants turcs à voyager en Europe 
sans visa, tout en rappelant que la Turquie devait d'abord 
modifier une partie de sa législation. 
    Il n'en est pas question, a déclaré le président Erdogan 
dans un discours prononcé vendredi à Istanbul. "Quand la Turquie 
est attaquée par des organisations terroristes et les pouvoirs 
qui les soutiennent directement ou indirectement, l'UE nous 
demande de changer la loi sur le terrorisme", a déclaré le 
président Erdogan. "Ils disent : 'Je vais abolir les visas et 
c'est la condition.' Je suis désolé, nous faisons à notre 
manière et vous à la vôtre. Mettez-vous d'accord avec qui vous 
pouvez." 
    Recep Tayyip Erdogan est conscient que la possibilité de se 
déplacer sans visas est pour beaucoup de Turcs le principal 
avantage tiré de l'accord UE-Turquie sur la limitation des flux 
migratoires. 
    Le départ du Premier ministre turc Ahmet Davutoglu, qui est 
l'interlocuteur de l'UE dans les négociations, a été annoncé 
jeudi. Il a pour conséquence de renforcer le pouvoir du 
président Erdogan, qui s'est toujours montré très critique 
envers l'UE et qui est considéré par Bruxelles comme un 
partenaire de négociation bien plus dur qu'Ahmet Davutoglu. Le 
Premier ministre avait fait en sorte que les conditions fixées 
par l'UE soient jusqu'ici dans l'ensemble remplies. 
     
    FAVORI DU PRÉSIDENT 
    Pour obtenir la suppression des visas, la Turquie doit 
encore se mettre à niveau sur cinq critères sur une liste de 72 
imposés par l'UE à tous les pays qui souhaitent que leurs 
ressortissants voyagent dans l'Union sans visa. Et l'un de ces 
critères est de donner une définition juridique plus étroite du 
terrorisme. 
    La Turquie, disent les associations de défense des droits de 
l'homme, a utilisé sa définition juridique très large de la 
lutte contre le terrorisme pour réduire ses opposants au 
silence. Des journalistes et des intellectuels critiques envers 
le régime ont été arrêtés.  
    Ankara juge que ces textes sont cruciaux pour lutter contre 
le soulèvement kurde et la menace de l'Etat islamique en Syrie 
et en Irak voisins. 
    "Il n'est pas possible de réviser la législation et les 
pratiques sur le terrorisme tandis que notre pays continue sa 
lutte intensive contre un certain nombre d'organisations 
terroristes", a pour sa part déclaré le ministre chargé des 
Affaires européennes, Volkan Bozkir, cité jeudi par le quotidien 
Sabah. 
    La Turquie, a-t-il fait valoir, a déjà procédé à certaines 
des modifications demandées par l'UE, notamment la référence au 
"concept de danger immédiat et évident menaçant l'ordre public". 
    "Toutefois, nous ne pouvons nous offrir le luxe de procéder 
à des changements (supplémentaires)", a-t-il ajouté. 
    L'Allemagne, qui a été à l'initiative de l'accord sur les 
migrants, a dit espérer que la Turquie s'y tienne. 
    Beaucoup dépendra de la personnalité qui remplacera Ahmet 
Davutoglu. La décision sera prise lors d'un congrès 
extraordinaire du Parti de la justice et du développement au 
pouvoir (AKP) prévu le 22 mai. 
    Le favori du président Erdogan semble a priori être le 
ministre des Transports, Binali Yildirim, un de ses proches, 
selon certains responsables de l'AKP. 
    Les noms du porte-parole du gouvernement, Numan Kurtulmus, 
et du ministre de la Justice, Bekir Bozdag, eux aussi proches du 
président, circulent également, sans oublier celui de son 
gendre, Berat Albayrak, qui est également ministre de l'Energie, 
apprend-on dans l'entourage de l'AKP. 
 
 (Avec Orhan Coskun et Tulay Karadeniz à Ankara et Paul Carrel à 
Berlin; Danielle Rouquié pour le service français) 
 
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