Migrants-Ankara veut la fin de la mission de l'Otan en mer Egée

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    par Robin Emmott et Sabine Siebold 
    BRUXELLES, 27 octobre (Reuters) - La Turquie a fait savoir 
qu'elle souhaitait la fin de la mission de refoulement des 
migrants menée par l'Otan depuis février en mer Egée compte tenu 
de la forte baisse du nombre de réfugiés qui essaient 
d'atteindre la Grèce. 
    L'Otan prépare une nouvelle mission pour aider l'UE à 
endiguer le flot de migrants qui partent des côtes libyennes 
pour arriver en Italie et qui ont pris le relais des migrants 
qui passaient par le canal Turquie-Grèce-Balkans l'an dernier. 
La Turquie a d'ailleurs prévu de participer à cette nouvelle 
mission de prévention en envoyant des patrouilles maritimes et 
aériennes. 
    Le ministre turc de la Défense, Fikri Isik, a expliqué 
mercredi la position d'Ankara à ses homologues de l'Otan réunis 
pour deux jours à Bruxelles, rapportent deux personnes au fait 
de la discussion. Il n'est plus nécessaire, a dit Fikri Isik, 
que les navires de guerre patrouillent le long de ses côtes.  
    Le ministre a enfoncé le clou jeudi devant les journalistes. 
"C'était une mission temporaire et le but de cette mission 
temporaire a été atteint. Il n'est pas nécessaire de la 
prolonger", a-t-il dit. "Que la force de l'Otan soit là ou pas, 
nous continuerons notre combat contre le flux migratoire." 
    En fait, décryptent des diplomates, la Turquie n'est pas 
satisfaite de voir des bateaux de l'Otan patrouiller dans des 
eaux qu'elle se dispute avec la Grèce et craint qu'Athènes n'en 
profite pour prendre la main dans ce différend maritime. 
     
    CAPABLES DE REPÉRER LES PASSEURS 
    Quoi qu'il en soit, l'accord de base conclu en mars dernier 
entre l'Union européenne et la Turquie reste en place. Par cet 
accord donnant-donnant, la Turquie s'engage à empêcher les 
migrants d'entreprendre la traversée de la mer Egée à partir de 
ses côtes jusqu'en Grèce et de l'autre, Bruxelles facilite 
l'octroi de visas pour les Turcs voulant se rendre dans l'UE. 
    Selon un rapport de la Commission européenne publié en 
septembre, 85 personnes par jour seulement arrivent sur les 
côtes grecques, contre plus de 10.000 par jour en octobre 2015. 
    Mais l'Allemagne et le Royaume-Uni, soutenus en cela par les 
Etats-Unis, considèrent la présence des bateaux de l'Otan en mer 
Egée comme un moyen de garantir le bon fonctionnement de 
l'accord de mars.  
    Le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg défend lui 
aussi la mission de l'Alliance atlantique : les navires de 
l'Otan sont capables de repérer des passeurs beaucoup plus vite 
que les garde-côtes grecs et turcs, a-t-il dit. 
    La poursuite de la mission de l'Otan pourrait cependant se 
heurter à un obstacle organisationnel : selon les règles de 
l'Otan concernant les forces maritimes, la Turquie doit en effet 
prendre, à partir du mois de janvier, la direction du "standing 
Maritime Group Two", la force navale multinationale de l'Otan en 
Méditerranée, celle qui est utilisée pour les patrouilles dans 
la mer Egée. Or, selon les termes de la mission relative aux 
migrants, ni la Grèce, ni la Turquie n'ont le droit de la 
diriger. 
    La Turquie pourrait donc bloquer une extension de la mission 
en mer Egée à partir de janvier sur cette base. 
    La ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, 
dont le pays dirige actuellement la mission en mer Egée, a 
souligné que l'opération était assurée jusqu'au 31 décembre. 
Priée de dire ce qui pourrait se passer en 2017, elle a répondu 
: "On verra." 
 
 (Avec Tuvan Gumrukcu à Ankara; Danielle Rouquié pour le service 
français, édité par Tangi Salaün) 
 
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