Michelle Bachelet retrouve la Moneda au Chili

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MICHELLE BACHELET LARGEMENT EN TÊTE DU SECOND TOUR DE LA PRÉSIDENTIELLE CHILIENNE
MICHELLE BACHELET LARGEMENT EN TÊTE DU SECOND TOUR DE LA PRÉSIDENTIELLE CHILIENNE

par Alexandra Ulmer

SANTIAGO (Reuters) - Michelle Bachelet a été réélue à la présidence du Chili après sa très large victoire, dimanche, au second tour qui devrait lui permettre de mettre en chantier les vastes réformes promises.

Avec près de 70% des bulletins dépouillés, la candidate sociale-démocrate est crédité d'environ 63% des voix, soit la meilleure performance jamais enregistrée à la présidentielle chilienne depuis le scrutin démocratique de 1989.

Evelyn Matthei, candidate de l'alliance conservatrice sortante Alianza, n'a recueilli que 37% des voix, la plus mauvaise performance de la droite depuis deux décennies.

Michelle Bachelet, qui a déjà présidé le Chili de 2006 à 2010, s'efforcera de capitaliser sur sa victoire éclatante pour réaliser les changements nécessaires pour réduire les inégalités sociales dans ce pays, premier exportateur mondial de cuivre.

Pédiatre de formation, elle s'est engagée à mettre en oeuvre 50 réformes lors de ses cent premiers jours au pouvoir à partir de son investiture en mars.

Au premier tour, le 17 novembre, face à huit autres prétendants, elle avait obtenu 46,7% des voix, soit près de deux fois plus qu'Evelyn Matthei (25,03%).

Michelle Bachelet, à qui la Constitution interdisait de briguer un deuxième mandat consécutif en 2010, est revenue à la vie politique chilienne après avoir dirigé Onu-Femmes, l'organisme des Nations unies pour l'égalité des sexes.

Au cours de sa campagne, elle a promis de réduire les inégalités et de réformer le système éducatif en y instaurant davantage de gratuité. Pour financer cette mesure, elle propose de porter l'impôt sur les bénéfices des sociétés de 20 à 25% et de supprimer des dispositifs d'optimisation fiscale.

"Il ne s'agit pas de choisir entre deux femmes, ainsi que la presse aime le dire. De profondes divergences nous séparent", a dit Michelle Bachelet lors de son dernier meeting électoral jeudi.

Le Chili, dont l'économie croît à un rythme annuel supérieur à 5%, connaît un développement spectaculaire depuis vingt ans qui a permis des avancées considérables sur la voie d'une éradication de l'extrême pauvreté, mais les inégalités persistent parmi ses 16,6 millions d'habitants. Elles furent au coeur du mouvement de contestation étudiante de 2011.

"DU CHANGEMENT, MAIS PAS TROP"

Michelle Bachelet a, par ailleurs, annoncé son intention de réformer la Constitution héritée de la dictature du général Augusto Pinochet (1973-1990) et de dépénaliser l'avortement en cas de viol ou de danger pour la santé de la mère ou de l'enfant à naître.

La mise en oeuvre de ces projets dépendra en grande partie du rapport des forces au Congrès. Sa Nueva Mayoria (nouvelle majorité) a remporté les législatives qui se sont déroulées en même temps que le premier tour, sans toutefois atteindre la majorité absolue.

Or, si la majorité simple suffit à modifier la fiscalité, une majorité qualifiée est en revanche requise pour réformer l'éducation et le code électoral.

Evelyn Matthei, ex-ministre du Travail âgée de 60 ans, s'inscrit, elle, dans la continuité de la politique économique libérale du président Sebastian Pinera (droite), qui comme Michelle Bachelet en 2010, ne peut se représenter.

Mais elle a été pénalisée par les liens ayant existé entre sa famille et la junte de Pinochet. Elle a été également handicapée par l'impopularité du pouvoir sortant ainsi que par les conditions de son investiture par Alianza, après le désistement des deux premiers candidats successivement choisis.

Dans la dernière ligne droite, elle a affirmé que Michelle Bachelet souhaitait importer au Chili le modèle socialiste du Venezuela.

"Ils veulent changer la Constitution pour ressembler au Venezuela, où chaque jour, il est plus difficile de se procurer à manger", a-t-elle dit, ajoutant en allusion aux pénuries qui marquèrent la courte expérience du pouvoir de Salvador Allende: "Cela ne vous rappelle-t-il rien ?"

Avec Antonio De La Jara; Jean-Philippe Lefief, Henri-Pierre André et Jean-Loup Fiévet pour le service français

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