Michel Portier (Agritel) : « Le marché du maïs est confronté à des stocks historiquement bas »

le
1
Si les prix du blé restent contenus par une offre excédentaire, le marché du maïs est sous tension avec des stocks à leur plus bas niveau depuis la guerre explique Michel Portier, gérant de la société de conseil Agritel, à l'occasion du SIA 2012.

Quel est le métier d'Agritel ?

Michel Portier : Nous sommes une société de conseil permettant à nos clients de gérer la volatilité sur les prix des matières premières agricoles (blé, maïs, colza, orge, tournesol, soja, riz etc.). Nous évoluons sur trois activités : l'analyse des marchés visant à donner des conseils à l'ensemble de la filière, la formation de nos clients à l'utilisation des marchés à terme (outils de couverture, options, marchés financiers etc.) et enfin l'activité de consulting. Agritel compte 25 consultants qui bénéficient d'une double formation d'ingénierie en agronomie et en finance. Nous proposons nos analyses et nos conseils via des lettres d'information, internet et des formations. Mais Agritel ne fait ni de trading, ni de courtage.

Qui sont vos clients ?

M .P : Ils se trouvent sur l'ensemble de la filière agricole : agriculteurs, organismes stockeurs (coopératives, négoce), industriels de la première transformation (meuniers, amidonniers, fabricants d'aliments du bétail etc.) et industriels de la seconde transformation.

Etes-vous implanté hors de France ?

M.P : Oui, nous avons une stratégie de développement à l'international. Le bureau de Paris gère l'activité en Europe de l'Ouest. Nous avons ouvert une filiale à Kiev (Ukraine) en juin 2009 pour l'Europe de l'Est et nous nous apprêtons à ouvrir un bureau à Shanghai dans le courant de l'année.

Quelles sont les tendances pour les prix des matières premières agricoles en 2012 ?

M.P : A court terme, le marché du blé est excédentaire. Les stocks s'élèvent à 200 millions de tonnes, soit plus de 3 mois de consommation. En revanche, la situation est préoccupante sur le marché du maïs. Deuxième producteur derrière les Etats-Unis, la Chine est désormais un importateur net. Au niveau mondial, les stocks sont à leurs plus bas niveaux depuis 1944 ! Aux Etats-Unis (40% de la production mondiale), ils vont tomber en juin à 18 jours de consommation. Les conséquences d'un incident climatiques seraient donc explosives sur ce marché ! Par ailleurs, les marchés étant interdépendants et globalisés, les tensions sur le prix du maïs risquent de se répercuter sur les autres marchés.

Et à plus long terme, que faut-il attendre ?

M.P : Avec l'augmentation du pouvoir d'achat et de la population mondiale (nous serons 9 milliards en 2050), la demande de matières premières agricoles est structurellement orientée à la hausse. D'autant que le changement du comportement alimentaire dans les pays asiatiques modifie considérablement la donne. Un carnivore a besoin de 800 kilos de céréales par an, un végétarien seulement 200 kilos. Or, l'offre est de plus en plus aléatoire en raison des incidents climatiques et du réchauffement de la planète. Nous observons 4 à 5 fois plus d'incidents climatiques qu'il y a cinquante ans. La surface agricole disponible est aussi en régression. Elle a été divisée par deux sur la même période ! Mêmes les rendements par hectare n'augmentent plus depuis vingt ans. Dans ce contexte, la pression sur les prix ne va pas diminuer au cours des prochaines années.

Comment répondre à ce défi ?

M.P : Il faudra faire appel aux biotechnologies, aux OGM notamment, même si nous devons aujourd'hui faire face à l'aversion de nombreux consommateurs, en particulier en Europe.

La hausse du cours du baril a-t-elle une influence sur les prix agricoles ?

M.P : Oui, c'est le marché leader qui influence la tendance générale. Si le pétrole reste cher, le prix du blé ne baissera pas fortement même si les conditions propres du marché du blé (un excès d'offre persistant) le justifiaient.

Dans ces conditions, on peut s'interroger sur le rôle de la spéculation et des marchés financiers sur le fonctionnement des marchés des matières premières agricoles ? Sont-ils simplement « l'écume sur la vague » comme l'explique Philippe Chalmin ou bien contribuent-ils à dérégler les prix au gré des changements d'allocation d'actifs ?

M.P : Les marchés financiers sont des accélérateurs de mouvement, à la hausse comme à la baisse, mais ils ne peuvent pas modifier la tendance sur le long terme. Pour enrayer les hausses brutales de certains prix agricoles dont l'impact, notamment dans les pays pauvres, peut être catastrophique, nous croyons davantage à la mise en place de véritables politiques de stockage, ce que nous avions proposé dans le cadre du G20.

Comment les agriculteurs français gèrent-ils le risque prix aujourd'hui ?

M.P : Ce sont les agriculteurs qui ont été à l'initiative de l'utilisation des outils de couverture : marchés d'options, produits listés sur des marchés à terme. En revanche, les transformateurs et fabricants en aval ont mis bien plus de temps pour se les accaparer ! A l'exception des fabricants d'aliments du bétail qui ont toujours été confronté à la volatilité des marchés via les importations de soja, la filière agroalimentaire a vécu dans le « cocon » de la PAC (prix minimum garantis, prix maximum etc.).

Propos recueillis par Julien Gautier


Valeurs associées
  Libellé Bourse Dernier Var. Vol.
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • GPORTIF6 le vendredi 2 mar 2012 à 16:01

    Good!