Michel Martelly quitte la présidence d'Haïti sans successeur

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    par Joseph Guyler Delva 
    PORT-AU-PRINCE, 8 février (Reuters) - Le président haïtien 
Michel Martelly a, comme il l'avait annoncé cette semaine, 
quitté ses fonctions dimanche laissant un pays profondément 
divisé aux mains d'un gouvernement de transition qui va devoir 
faire face aux violences et gérer un nouveau processus 
électoral. 
    La première journée des fêtes du carnaval a été annulée par 
crainte de débordements alors qu'une ambiance morose régnait 
dans la capitale Port-au-Prince. 
    Les forces anti-émeutes se sont heurtées à des manifestants 
au moment où Martelly quittait son poste de chef de l'Etat sans 
que son successeur ait été désigné après le report de l'élection 
présidentielle au terme d'un premier tour entaché par des 
fraudes présumées. 
    Suivant un accord de dernière minute salué par les 
Etats-Unis et les pays de l'Organisation des Etats américains 
(OEA), le parlement haïtien doit désigner un président par 
intérim dans les prochains jours. Des élections sont fixées au 
24 avril et le vainqueur prendra ses fonctions en mai. 
    Cette procédure n'est toutefois pas dépourvue d'embûches 
puisque huit candidats présents au premier tour sont opposés à 
la désignation d'un chef de l'Etat intérimaire par les députés 
et réclament que le poste revienne à un juge de la Cour suprême. 
    Les candidats contestataires, parmi lesquels figure Jude 
Célestin qui s'était qualifié pour le second tour, expliquent 
que les parlementaires ont été élus lors du même scrutin que 
celui du premier tour de la présidentielle et qu'ils ne sont pas 
légitimes à contrôler le gouvernement de transition. 
    "Ce prétendu accord vise à légitimer les élections de 2015 
comme si elles avaient été régulières, sans tenir compte des 
manifestations populaires qui se sont traduites par de 
nombreuses victimes", a dit Samuel Madistin, porte-parole des 
opposants. 
    Selon lui, l'accord ne fait qu'exprimer le point de vue de 
la communauté internationale et de l'élite dirigeante haïtienne. 
    Manifestants et forces de l'ordre se sont à nouveau 
affrontés dimanche dans les rues de Port-au-Prince alors que la 
capitale accueillait les célébrations annuelles du Mardi Gras. 
Le comité d'organisation a annoncé l'annulation de la première 
journée de festivités en raison des désordres. 
    Martelly a officiellement quitté ses fonctions lors d'une 
cérémonie devant l'Assemblée nationale protégée par des casques 
bleus et des unités des forces anti-émeutes. 
    Le président de l'assemblée Jocelerme Privert a appelé à une 
"trêve" pour permettre d'organiser les élections. Le 
gouvernement intérimaire devra trancher la délicate question des 
participants à ce scrutin dont beaucoup estiment qu'il a 
favorisé le candidat du parti au pouvoir Jovenel Moïse lors du 
premier tour. 
     
 
 (Pierre Sérisier pour le service français) 
 
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