Michel Aoun élu à la présidence du Liban

le , mis à jour à 18:49
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 (Ajoute réactions, précisions) 
    par Tom Perry 
    BEYROUTH, 31 octobre (Reuters) - Michel Aoun a été élu lundi 
à la présidence de la République du Liban par les députés et a 
prêté serment dans la foulée, après 29 mois de vacance à la tête 
du pays. 
    Proche allié du Hezbollah chiite depuis dix ans, l'ancien 
général chrétien, âgé de 81 ans, a été élu en application d'un 
accord conclu avec son ancien adversaire, le sunnite Saad 
Hariri, à qui devrait revenir le poste de Premier ministre. 
    Au premier tour de scrutin, il lui avait manqué deux voix 
pour réunir la majorité qualifiée des deux tiers, soit 86 voix, 
sur 128 sièges. N'était plus requise à partir du second tour 
qu'une majorité simple de 65 voix et Michel Aoun en a recueilli 
83. Il était opposé formellement à Sleiman Frangié, mais ce 
dernier avait appelé ses soutiens à voter blanc.  
    Des feux d'artifice ont été tirés dans le ciel de Beyrouth à 
l'annonce de son élection, retransmise en direct à la 
télévision.  
    Dans son discours d'investiture, Michel Aoun s'est engagé à 
lutter "préventivement" contre le terrorisme et à empêcher que 
des "incendies" régionaux se propagent au Liban.  
    Il a ajouté que tout règlement de la crise syrienne devait 
assurer le retour en Syrie des réfugiés présents au Liban, qui 
sont au nombre de 1,5 million. 
    Michel Aoun n'a en revanche pas mentionné certaines des 
questions les plus épineuses de la vie politique libanaise: 
l'arsenal du Hezbollah et la position de Beyrouth vis-à-vis de 
la guerre en Syrie (officiellement, le gouvernement parle de 
"dissociation"). 
     
    L'IRAN SE FÉLICITE 
    L'Iran a salué lundi son élection, y voyant une victoire 
pour le Hezbollah.   
    Le département d'Etat américain a invité dans un communiqué 
les parties libanaises à respecter leurs obligations 
internationales, y compris les résolutions du Conseil de 
sécurité de l'Onu stipulant qu'il ne peut y avoir d'autre 
autorité au Liban que celle du gouvernement, une allusion au 
Hezbollah.   
    Le "pacte national", accord non-écrit conclu en 1943, 
réserve la présidence du Liban à un chrétien maronite, le poste 
de chef du gouvernement à un sunnite et la présidence de la 
Chambre des députés à un chiite. 
    En décidant de soutenir Michel Aoun, Saad Hariri a fait une 
concession politique majeure qui reflète le recul de l'influence 
de l'Arabie saoudite au Liban et le rôle toujours décisif joué 
par le Hezbollah, appuyé par l'Iran. Ryad a soutenu Hariri 
pendant les années de lutte politique qui ont opposé le camp 
sunnite au Hezbollah et ses alliés.  
    Les déboires financiers de Hariri, dont l'entreprise de 
construction basée en Arabie saoudite, Saudi Oger, est 
confrontée à des difficultés, ont également joué leur part dans 
ce déblocage de la crise. 
    Les observateurs notent cependant que son accession au 
fauteuil de Premier ministre, fonction qu'il a déjà exercée 
entre 2009 et 2011, devrait l'aider à rassembler des soutiens en 
vue des élections législatives qui doivent se tenir en 2017. 
    Michel Aoun rencontrera dans le courant de la semaine les 
députés avant de désigner un Premier ministre. Il doit nommer le 
candidat réunissant le plus grand soutien à la Chambre des 
députés, qui devrait être Hariri. 
     
    "MONDE ARABE EN RUINES" 
    Son élection marque le spectaculaire retour en grâce de 
l'ex-commandant en chef de l'armée libanaise, qui avait dû se 
réfugier à l'ambassade de France en octobre 1990 avant d'être 
exfiltré vers l'Hexagone. 
    Michel Aoun suscite à la fois admiration et hostilité au 
Liban, où il s'est fait connaître pendant la guerre civile 
(1975-90), comme nombre de responsables politiques du pays.  
    Parmi les soutiens à sa candidature figuraient d'anciens 
ennemis comme le chrétien Samir Geagea ou le druze Walid 
Joumblatt, qui a estimé que le Liban avait ainsi fait preuve de 
"vitalité, de diversité et de démocratie dans ce monde arabe en 
ruines".  
    Mais d'autres, comme l'influent président de la Chambre, le 
chiite Nabih Berri, restaient opposés à son élection. 
    Durant son exil en France, Michel Aoun a continué à militer 
contre la Syrie et n'a regagné son pays qu'en 2005, après le 
retrait des forces syriennes consécutif aux manifestations ayant 
suivi l'assassinat de Rafik Hariri, père de Saad. Il a alors 
reçu un accueil triomphal sur la place des Martyrs à Beyrouth.  
    Moins d'un an plus tard cependant, Michel Aoun a conclu une 
alliance avec le Hezbollah, se rangeant dans le camp favorable à 
Damas et provoquant la colère de Washington. Dans un câble de 
2006, l'ambassadeur américain Jeffrey Feltman a estimé que les 
ambitions présidentielles d'Aoun "l'emport(ai)ent sur toute 
autre préoccupation".  
    Michel Aoun s'est rendu en Syrie en 2009, où il a rencontré 
le président Bachar al Assad. En 2014, dans une interview, ce 
dernier a déclaré qu'il se féliciterait de l'accession de Michel 
Aoun à la présidence libanaise, voyant en lui un partisan de la 
"résistance", allusion au Hezbollah.  
    L'ex-général a justifié le rôle de la milice chiite aux 
côtés des forces gouvernementales en Syrie, estimant qu'elle 
défendait le Liban et les chrétiens libanais contre la menace 
djihadiste.   
 
 (Tom Perry; Henri-Pierre André et Jean-Stéphane Brosse pour le 
service français) 
 
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