Meurtre d'Alexandre à Rouen: un phénomène de groupe, selon la défense

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Un effet d'entraînement devenu irrépressible: la défense a tenté d'expliquer mardi le meurtre du jeune Alexandre, 17 ans, en mars 2012 dans une forêt de Seine-Maritime, lors de l'ouverture du procès de deux des quatre jeunes gens accusés d'avoir froidement exécuté leur camarade.

Sous un ciel gris, les deux accusés sont entrés, encadrés par des policiers et le visage recouvert d'un blouson, dans le Palais de justice de Rouen, où l'audience, qui se tenait à huis clos, a débuté par le tirage au sort des jurés.

Compte tenu de l'excuse de minorité, les adolescents, tous âgés de 15 à 17 ans au moment des faits, encourent 20 ans de réclusion criminelle. Ils ont reconnu les faits.

Etienne Noël, défenseur d'un des accusés, a assuré que ces derniers, dès leur acte accompli, avaient "compris l'horreur de leur geste" commis apparemment pour empêcher Alexandre de dénoncer un cambriolage perpétré quelques semaines plus tôt.

"Après 14 mois d'incarcération, ils ont replongé dans le réel. Cela les a fait mûrir. Mon client sait qu'il purge déjà sa punition", a déclaré Me Noël à la presse pendant une suspension de séance.

Selon l'avocat, chacun des accusés aurait pu "à un moment donné ou un autre arrêter" l'engrenage qui a conduit à l'exécution du jeune homme, tué de deux balles dans la nuque dans une forêt de Beauvoir-en-Lyons, à une quarantaine de kilomètres à l'est de Rouen. "C'est un phénomène de groupe où personne ne voulait que cela se fasse, mais ce qu'avait décidé le groupe était devenu inéluctable", a-t-il expliqué.

"J'ai beaucoup d'attentes sur ce que vont dire les experts sur une adolescence perturbée par les jeux vidéo, le shit... C'est une des clés pour comprendre", a en outre fait valoir l'avocat.

"Personne ne voulait tirer le deuxième coup"

Selon l'accusation, les adolescents, au casier judiciaire vierge, avaient tendu un guet-apens à Alexandre le 26 mars 2012. Ils l'auraient fait asseoir sur un rondin pour l'abattre de deux balles de pistolet dans la nuque avant d'asperger son corps d'essence et de le brûler. Le corps a été découvert en train de se consumer par des gardes forestiers.

Les morceaux d'une carte bleu et le téléphone portable d'Alexandre, retrouvés sur place, avaient permis l'identification de la victime et facilité l'interpellation des quatre garçons, domiciliés dans le village voisin de la Feuillie. En garde à vue, les accusés, connus jusqu'alors pour des incivilités, avaient indiqué aux enquêteurs la mare où ils s'étaient débarrassés du pistolet.

Très digne en s'adressant à la presse à son arrivée au Palais de justice, la mère d'Alexandre, Anne Castaldo, a dit souffrir de la "culpabilité" de ne pas avoir su protéger son fils.

"Il a beaucoup souffert", a-t-elle déclaré sur Europe 1. Alexandre "n'est pas mort tout de suite et je crois que personne ne voulait tirer le deuxième coup et que tirer, recharger, ça a dû prendre quelques minutes. C'est affreux", a-t-elle dit.

"J'espère qu'ils vont assumer, j'espère qu'ils ne vont pas jouer la carte de celui qui ne savait pas ce qu'il faisait", a déclaré à propos des accusés le frère de la victime, Julien Martinez.

L'avocate de la famille, Joëlle Giudicelli, a souligné que "les faits sont reconnus et ne posent pas de difficulté". "Mon mandat est de faire sauter l'excuse de minorité pour les deux accusés. Ils ont agi comme des adultes", a-t-elle expliqué. Si elle y parvient, ces derniers - qui comparaissent jusqu'à vendredi devant la cour d'assises des mineurs de Rouen - pourraient écoper de la perpétuité.

Les deux autres accusés, âgés de moins de 16 ans au moment des faits, seront jugés la semaine prochaine devant le tribunal pour enfants de Dieppe (Seine-Maritime), également à huis clos.

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