Merkel se prépare à un vote sanction dans son fief

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    * La CDU pourrait être devancée par l'AfD en 
Mecklembourg-Poméranie occidentale 
    * La politique d'accueil des réfugiés de Merkel au coeur des 
débats 
    * La chancelière réfléchit à briguer un quatrième mandat 
dans un an 
 
    par Andreas Rinke, Hans-Edzard Busemann et Noah Barkin  
    BERLIN, 3 septembre (Reuters) - Les élections régionales de 
dimanche dans le land de Mecklembourg-Poméranie occidentale 
pourraient traduire dans les urnes le rejet par une partie de la 
population allemande de la politique d'accueil des réfugiés 
décidée il y a un an par Angela Merkel. 
    Dans cette région de l'ex-Allemagne de l'Est où la 
chancelière fédérale a entamé sa carrière politique après la 
chute du mur de Berlin et dont elle est toujours élue au 
Bundestag, son parti, l'Union chrétienne-démocrate (CDU), 
pourrait être devancé par Alternatif für Deutschland (AfD). 
    Créé en 2013 initialement contre les plans de renflouement 
financier dans la zone euro, l'AfD s'est mué en parti 
anti-immigration, incarnant une ligne opposée à celle défendue 
depuis un an par Angela Merkel. 
    En mars dernier, il a engrangé le fruit de ses prises de 
position aux régionales dans les länder du Bade-Wurtemberg, de 
Rhénanie-Palatinat et surtout en Saxe-Anhalt où, avec plus de 
24% des voix, il est devenu la deuxième force politique 
régionale, talonnant la CDU. 
    Dans le Mecklembourg-Poméranie occidentale, à l'extrémité 
nord du pays, non loin de la frontière polonaise, il pourrait 
cette fois devancer la CDU, ce qui constituerait une première en 
Allemagne et un coup de tonnerre, dans le fief de Merkel, un an 
avant les élections législatives fédérales où elle pourrait 
briguer un quatrième mandat. 
    Un sondage Insa publié mercredi crédite l'AfD de 23% des 
voix contre 20% pour le parti de Merkel. Les sociaux-démocrates 
du SPD, qui dirigent l'exécutif dans le cadre d'une "grande 
coalition" avec la CDU, restent en tête avec 28% des intentions 
de vote. 
    Une autre élection régionale, dans la cité-Etat de Berlin, 
suivra le 18 septembre. Là encore, les sondages tablent sur une 
nette progression de l'AfD.  
    "Aucune de ces deux élections ne sera belle pour la CDU", 
reconnaît un conseiller de Merkel. "Mais nous passerons à autre 
chose. Cela ne la détournera pas des défis auxquels nous sommes 
confrontés, en Allemagne et en Europe." 
     
    PARTICULARITÉS RÉGIONALES 
    Si la percée de l'AfD se confirme, ces scrutins pourraient 
fragiliser Angela Merkel même si le sondeur Manfred Güllner, qui 
dirige l'institut Forsa, met en garde contre la tentation de 
surinterpréter ces résultats.  
    "Ces élections avec toutes leurs particularités n'auront 
qu'une faible signification à l'échelle de l'Allemagne tout 
entière", dit-il, faisant observer que la CDU est généralement 
plus performante lors des élections générales. 
    Dans la dernière enquête nationale Forsa, avec 33% contre 
22% pour le SPD, le parti de Merkel cède huit points sur un an 
mais reste largement en tête des intentions de vote en vue des 
prochaines législatives. 
    La chancelière, au pouvoir depuis 2005, n'a pas encore dit 
si elle briguerait à cette occasion un quatrième mandat. Invitée 
le week-end dernier sur la chaîne de télévision ARD, elle a dit 
qu'elle ferait connaître sa décision "en temps voulu". 
    D'après un sondage publié dimanche dernier par le Bild am 
Sonntag, un Allemand sur deux serait hostile à un quatrième 
mandat. 
    La série d'attaques meurtrières qu'a connues l'Allemagne en 
juillet, dont deux ont été revendiquées par le groupe djihadiste 
Etat islamique, a relancé le débat sur la politique d'accueil de 
la chancelière, qui a autorisé l'entrée sur le sol allemand, 
l'an dernier, d'environ un million de réfugiés, venus 
essentiellement du Moyen-Orient et d'Afrique. 
     
    IMPRÉPARATION ET ERREUR D'APPRÉCIATION 
    Longtemps considérée comme une figure rassurante, surnommée 
"Mutti" (maman) par ses compatriotes, Merkel est contestée 
jusque dans les rangs de la CDU. 
    "Merkel est une dirigeante indispensable de l'Europe du fait 
de la position de l'Allemagne mais aussi de son statut et de son 
expérience", note l'historien Timothy Garton Ash. "Mais il 
existe une loi universelle en politique qui veut que dix ans 
suffisent. Quand des dirigeants restent plus longtemps, ils se 
mettent à commettre des erreurs. Ce fut le cas pour De Gaulle, 
Kohl, Thatcher et jusqu'à Erdogan et Poutine. Cela semble à 
présent se produire pour la pragmatique et prudente Angela 
Merkel." 
    Ces dernières semaines, à l'approche du premier anniversaire 
de sa décision spectaculaire, les médias allemands ont 
minutieusement reconstitué les événements qui l'ont conduite à 
suspendre les règles européennes en matière d'immigration, 
autorisant de fait des dizaines de milliers de réfugiés à 
quitter la Hongrie, le pays de première arrivée dans l'espace 
européen, pour gagner l'Autriche puis l'Allemagne. 
    Un an plus tard, le consensus est qu'elle a eu raison 
d'ouvrir les frontières pour éviter une crise humanitaire 
majeure mais qu'elle a été lente à reconnaître les conséquences 
de sa décision et qu'elle s'est trompée sur ses partenaires 
européens, pensant à tort qu'ils accepteraient de partager le 
fardeau. 
    "Elle n'a pas compris que l'opinion en Allemagne finirait 
par tourner et ne s'y est pas préparée", note un parlementaire 
CDU qui a travaillé étroitement avec la chancelière. "Pendant 
des mois, Merkel s'est enferrée. C'était une erreur majeure", 
ajoute-t-il en rappelant que le "Wir schaffen das" ("Nous y 
arriverons"), prononcé pour la première fois le 31 août 2015, a 
longtemps été sa seule réponse aux questions posées sur la façon 
dont la société allemande pourrait intégrer les nouveaux 
arrivants. 
    D'où, peut-être, le changement de ton de la chancelière qui 
a souhaité cette semaine devant des parlementaires de la CDU que 
le rythme des expulsions des demandeurs d'asile déboutés 
s'accélère. "La chose la plus importante dans les mois à venir, 
c'est le rapatriement, le rapatriement et encore une fois, le 
rapatriement", a-t-elle martelé selon des participants.  
 
 (Henri-Pierre André pour le service français) 
 
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