Menaces sur les banques grecques après l'échec de l'Eurogroupe

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NOUVEL ÉCHEC DES DISCUSSIONS ENTRE ATHÈNES ET SES CRÉANCIERS
NOUVEL ÉCHEC DES DISCUSSIONS ENTRE ATHÈNES ET SES CRÉANCIERS

par Lefteris Papadimas et Jan Strupczewski

ATHENES/LUXEMBOURG (Reuters) - Les dirigeants de la zone euro tâcheront lundi de trouver le moyen d'éviter à la Grèce de faire défaut, lors d'un sommet d'urgence décidé dans la foulée d'un nouvel échec des discussions, jeudi, entre le pays et ses créanciers internationaux.

Le blocage des pourparlers, qui prive Athènes des moyens dont elle a besoin pour honorer ses remboursements de dette, a provoqué une telle accélération des retraits des banques grecques au cours des derniers jours que la Banque centrale européenne (BCE) se demande si elles pourront ouvrir lundi.

Lors d'une réunion de l'Eurogroupe organisée ce jeudi à Luxembourg, les ministres des Finances des 19 pays de la zone euro n'ont pas réussi à débloquer la situation. Les créanciers de la Grèce veulent que le pays accepte ses conditions - notamment une diminution des retraites et une hausse de la TVA - pour avoir une nouvelle aide, ce qu'Athènes refuse obstinément.

"Malheureusement (...), des progrès insuffisants ont été accomplis. Un accord n'est pas en vue", a déclaré Jeroen Dijsselbloem, président de l'Eurogroupe, lors d'une conférence de presse, tout en ajoutant qu'il revenait à la Grèce de faire une nouvelle proposition.

Le ministre des Finances grec, Yanis Varoufakis, a pourtant estimé avoir soumis une "proposition radicale" à ses collègues, portant sur la création d'un conseil budgétaire indépendant de surveillance de l'exécution budgétaire, avec, à la clef, un frein automatique au déficit.

Fustigeant le refus des 18 autres ministres des Finances de prendre en compte cette proposition, Yanis Varoufakis a déclaré que la zone euro était "dangereusement proche" d'un état d'esprit "qui accepte un accident".

Le tour acrimonieux des échanges entre la Grèce et ses interlocuteurs a amené Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), à appeler à la restauration d'un dialogue "avec des adultes autour d'une table".

Pendant que les positions des uns et des autres continuent d'être figées, plusieurs milliers de manifestants se sont réunis jeudi à Athènes pour clamer leur attachement à l'Europe et à la monnaie unique.

RÉUNION D'URGENCE DE LA BCE

Le conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) va organiser vendredi une conférence téléphonique pour discuter de l'augmentation des liquidités d'urgence pour les banques grecques, ont dit jeudi deux sources proches du dossier.

Mercredi, la BCE avait déjà relevé de 1,1 milliard d'euros le plafond des liquidités d'urgence (ELA) que les banques grecques peuvent retirer auprès de leur banque centrale, ce qui a porté ce plafond à 84,1 milliards d'euros.

Les déposants ont retiré deux milliards d'euros sur les trois premiers jours de la semaine, soit environ 1,5% du montant total des comptes des banques du pays, qui s'élevait à 133,6 milliards d'euros fin avril, ont précisé les sources.

Athènes a en outre fait état d'une chute de 24% des recettes fiscales en mai, même si le pays a dégagé un excédent primaire, soit avant service de la dette, sur la période janvier-mai.

Selon des responsables au fait des discussions, lors de la réunion de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem a demandé à Benoît Coeuré, membre du directoire de la BCE, si les banques grecques pourraient ouvrir demain (vendredi).

"Demain oui, lundi je ne sais pas", a répondu Benoît Coeuré.

Le président du Conseil européen Donald Tusk a convoqué les chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro lundi pour une réunion visant à discuter de la Grèce "au plus haut niveau politique". Celle-ci se tiendra à Bruxelles à 17h00 GMT.

Les trois jours avant ce sommet doivent être utilisés par Athènes et les institutions pour finaliser un accord qui pourra être présenté à cette réunion, a déclaré un diplomate français.

Selon Jeroen Dijsselbloem, même en cas d'accord de dernière minute la semaine prochaine, il faudra une extension du plan d'aide actuel pour permettre au pays d'honorer ses échéances de remboursement du 30 juin.

Il a également dit que l'Eurogroupe n'avait pas discuté de la proposition de la Grèce d'une restructuration de sa dette parce qu'il voulait au préalable une mise en oeuvre des réformes promises.

"PAS DE DÉLAI DE GRÂCE", PRÉVIENT LAGARDE

Christine Lagarde a bloqué toute échappatoire en déclarant que la Grèce serait en situation de défaut vis-à-vis du Fonds le 1er juillet si elle ne parvient pas à s'acquitter du remboursement de 1,6 milliard d'euros dû le 30 juin.

"Elle sera en défaut, elle sera en situation d'arriérés vis-à-vis du FMI le 1er juillet, mais j'espère que ce ne sera pas le cas, je l'espère vraiment", a-t-elle dit à la presse. "Il n'y a pas de délai de grâce ou un report de deux mois, comme je l'ai vu ici et là".

La chancelière allemande Angela Merkel a néanmoins assuré qu'un accord entre la Grèce et ses créanciers restait possible si Athènes faisait preuve de bonne volonté.

Mais le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, qui s'est rendu jeudi à Moscou, un déplacement à forte charge symbolique puisque la Russie est elle-même en froid avec l'Union européenne, se montre inflexible, en particulier sur l'épineux dossier des retraites, qu'il se refuse à diminuer comme le réclament les bailleurs de fonds internationaux.

Dans une tribune publiée par le journal allemand Tagesspiegel, il s'emploie à tenter de dissiper le "mythe" voulant que le contribuable allemand finance les traitements et retraites en Grèce.

"L'insistance aveugle sur les coupes (dans les retraites) dans un pays où le taux de chômage atteint 25% et où la moitié des jeunes sont sans emploi ne fera qu'empirer encore une situation sociale déjà dramatique", dit-il.

Un défaut de paiement de la Grèce pourrait obliger Athènes à instaurer un contrôle des changes et provoquer à terme une sortie de la zone euro, voire même de l'Union européenne, ce qui serait sans précédent.

(Avec Renee Maltezou, Lidia Kelly et Darya Korsunskaya à Saint-Pétersbourg, Paul Carrel à Berlin, Karolina Tagaris Robin Emmott et Ingrid Melander à Luxembourg, George Georgiopoulos à Athènes, Benoît Van Overstraeten et Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Danielle Rouquié)

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  • zouquett le vendredi 19 juin 2015 à 08:00

    christine lagarde fait partie de la grande famille des nuisibles

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