Même face à EADS-BAE, Dassault restera incontournable

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DASSAULT RESTERA INCONTOURNABLE MÊME EN CAS DE FUSION ENTRE EADS ET BAE
DASSAULT RESTERA INCONTOURNABLE MÊME EN CAS DE FUSION ENTRE EADS ET BAE

par Cyril Altmeyer

PARIS (Reuters) - Même face à l'émergence d'un géant issu d'une fusion entre EADS et BAE Systems, Dassault Aviation dispose encore de solides arguments à faire valoir pour rester durablement incontournable dans le secteur français de la défense, estiment des analystes et des experts du secteur.

Si elle se concrétise, la constitution du nouveau leader européen de l'aéronautique et de la défense pourrait entraîner une vague de consolidation entre les champions français, voire européens, du secteur dans laquelle Dassault Aviation aura forcément son mot à dire, soulignent-ils.

L'idée d'une fusion entre les deux équipementiers tricolores Safran et Thales refait ainsi surface. L'Etat détient 30% de Safran et 27% de Thales, dont Dassault Aviation est le deuxième actionnaire avec 26%.

"Si l'opération EADS-BAE se fait, cela poussera les autres à se regrouper, cela ferait un tel écart de taille ! La fusion Thales-Safran, c'est une bonne idée depuis 2000", note un dirigeant du secteur.

L'ensemble EADS-BAE afficherait un chiffre d'affaires plus de 72 milliards d'euros sur la base des résultats de 2011 contre 28 milliards pour Thales, Safran et Dassault Aviation réunis.

"Une logique de consolidation d'un ensemble Dassault-Thales-Safran sous le leadership de Dassault est difficile à concevoir, eu égard à la taille de Thales et Safran et au capital à mobiliser pour assurer le contrôle", note cependant Damien Lasou, responsable mondial d'expertise aéronautique et défense au sein du cabinet Accenture.

"Ceci dit, si Dassault Aviation peut avoir sa voix dans cet ensemble-là en tant qu'actionnaire minoritaire, cela reste intéressant".

Ce tsunami dans le secteur européen de la défense intervient cependant dans une phase délicate de l'histoire de l'avionneur, confronté à la perspective d'une double succession, celle de son PDG Charles Edelstenne qui devrait laisser son fauteuil début 2013 à l'âge de 75 ans et celle à venir de Serge Dassault, patron de la holding éponyme, âgé de 87 ans.

Dassault Aviation attend une véritable reprise du marché des avions d'affaires pour ses Falcon, qui reste cependant très rentables, mais peine à vendre l'avion de combat tricolore Rafale à l'étranger - même si l'Inde l'a présélectionné en janvier pour un appel d'offres géant.

"La question est s'il y a urgence ou pas à décider pour Dassault", note un expert. "Il est probable qu'ils attendent que la poussière soit retombée pour prendre leur décision, c'est plutôt leur style".

Le groupe pourrait trouver un appel d'air en envisageant de se rapprocher du brésilien Embraer, ce qui lui permettrait d'étendre sa gamme aux avions régionaux et de renforcer sa position au Brésil, voire en Inde, dans les avions de combat, ajoute-t-il.

MÉCANOS INDUSTRIELS

Dans la défense européenne, Dassault Aviation, dont EADS détient 46%, restera de toute manière un acteur incontournable pour les futurs générations d'avions de combat, avec ou sans pilote, souligne une source proche de l'avionneur.

"Tout le monde dit qu'on serait marginalisé en cas de fusion EADS-BAE, mais le dialogue se poursuivrait entre la nouvelle entité le moment venu d'abord sur les drones de combat et ensuite sur le futur avion de combat, cela ne change rien", souligne cette source.

"Si les Etats veulent qu'il y ait un drone du combat futur, nous serons une pièce maîtresse".

Une analyste que confirment plusieurs experts, même si le Rafale serait confronté à un Eurofighter renforcé par un actionnariat solidifié - EADS et BAE Systems détiennent ensemble 79% du consortium fabriquant le Typhoon, qui affronte l'avion tricolore dans les appels d'offres internationaux.

Incontournable dans l'industrie de la défense française dans laquelle il fédère une chaîne de fournisseurs, Dassault Aviation l'est aussi dans le mécano industriel du secteur à travers Thales, qui détient 35% du constructeur naval militaire DCNS et dont l'entrée au capital de Nexter, le constructeur du char Leclerc, a été envisagée sous l'ère Sarkozy.

"Thales se retrouve un peu tout seul face à un BAE Systems renforcé", note un analyste financier à Paris.

"Safran, en revanche, est probablement l'acteur qui est le moins touché de par sa position de motoriste civil pour Airbus - filiale d'EADS - et Boeing", note le même analyste. "Cela peut lui donner des idées de retourner à l'assaut pour dépecer Thales. Mais Dassault ne laissera pas faire".

"Les trois groupes pourraient alors se mettre autour d'une table pour réfléchir à une sortie par le haut, quelque chose de sensé, pas simplement une offre hostile", ajoute-t-il.

Pour Aman Pannu, analyste chez Frost & Sullivan, l'effet domino ne se limitera pas au niveau des équipementiers de rang 1, qui traitent directement avec les grands clients finaux, mais devrait s'étendre aux équipementiers de rang 2 et 3.

DASSAULT AU CENTRE DE L'EUROPE

Cela pourrait être d'autant plus facilité par la volonté du nouveau ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, de faire évoluer le secteur français et d'encourager la constitution d'une Europe de la Défense. Cela pourrait se traduire par un groupe EADS-BAE, mais aussi par un nouvel ensemble autour des champions français, parmi lesquels Dassault Aviation.

"Si on veut faire émerger un deuxième acteur européen capable de traiter plusieurs pays européens et mondiaux il va falloir ouvrir les portes", prévient Damien Lasou (Accenture).

"Faudra-t-il tisser des liens avec Finmeccanica et ?diluer' l'influence française au sein de ce deuxième acteur en incluant DCNS et des chantiers navals allemands ? C'est un scénario".

L'italien Finmeccanica est à la fois le troisième actionnaire de l'Eurofigher, du fabricant de missile MBDA dont EADS et BAE détiennent ensemble 75% et partenaire de Thales à travers leur coentreprise spatiale Thales Alenia Space.

"Un ensemble Thales-Safran-Dassault-Finmeccanica, cela semble industriellement intelligent, mais il faudrait trouver quelqu'un pour le diriger et des arguments pour que Dassault aide à la manoeuvre", résume l'analyste financier parisien.

Face à une Europe du Nord de la défense représentée par EADS-BAE pourrait ainsi émerger une Europe du Sud, avec Dassault Aviation comme pivot entre les deux.

Cyril Altmeyer, édité par Jean-Michel Bélot

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