Mélenchon et Le Pen se disputent l'électorat populaire

le
0

par Gérard Bon

PARIS (Reuters) - Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon se livrent un âpre duel pour conquérir l'électorat populaire en vue du premier tour de l'élection présidentielle, où ils entendent incarner la France qui a dit "non" à la Constitution européenne en 2005.

Le candidat du Front de gauche multiplie les attaques contre la présidente du Front national, qu'il a traitée en janvier de "semi-démente", et lancé une série d'initiatives anti-FN.

Face à cette offensive, "front contre front", l'état-major du FN tente globalement de se placer au-dessus de la mêlée.

"Mélenchon mènera tout seul sa campagne de caniveau", dit Florian Philippot, le directeur stratégique de la campagne.

Mais Louis Aliot, le numéro 2 du parti, a qualifié jeudi Jean-Luc Mélenchon de "pantin communiste". Un "anticommunisme bestial" a aussitôt répliqué sur son blog Alexis Corbière, proche du leader du Front de gauche.

Créditée de 16% à 19,5% des voix dans les sondages, la présidente du Front national distance toujours son adversaire, qui obtient environ 8% des intentions de vote.

Mais l'ancien socialiste, désormais allié au Parti communiste, a comblé une partie de l'énorme fossé qui, il y a un an, le séparait de Marine Le Pen.

"Il est passé de 6,5% en moyenne en janvier à 8%, ce qui est une bonne progression qui le rapproche de son objectif de 10%, la fameuse barre à deux chiffres", explique Frédéric Micheau, de l'Ifop.

Selon l'institut de sondage, Jean-Luc Mélenchon est passé de 32% de bonnes opinions en 2010 à 39% en 2011, soit un gain de sept points, et a divisé par deux son déficit de notoriété.

TASSEMENT DE MARINE LE PEN

Marine Le Pen, qui était déjà très connue lorsqu'elle a succédé à son père à la tête de sa formation il y a un an, a également progressé - de cinq points -, passant de 27% de bonnes opinions en 2010 à 32% en 2011.

Elle subit toutefois toujours le contrecoup d'une opinion négative qui lui est systématiquement opposée par 66% des Français, contre 69% en 2010.

De plus, même si son socle électoral reste bien supérieur à celui de Jean-Marie Le Pen, la présidente du FN connaît depuis fin janvier un tassement dans les sondages.

Jean-Luc Mélenchon, qui rêve de dépasser les 10% pour peser sur une éventuelle majorité de gauche si François Hollande l'emporte, subit pour sa part le handicap du vote utile en faveur du prétendant socialiste.

"Il pâtit d'un phénomène de vote utile en faveur de François Hollande, la peur du 21 avril 2002 (qui avait vu la qualification de Jean-Marie Le Pen pour le second tour) reste très présente", explique Frédéric Micheau.

En outre, le député européen n'a pas de réserves à l'extrême gauche, dont les candidats sont déjà sous le seuil de 1%, ou même chez les écologistes, dont la candidate Eva Joly navigue entre 2% et 3% des intentions de vote.

En conséquence, Jean-Luc Mélenchon fait feu de tout bois pour tenter à la fois de dédramatiser la question du vote utile et trouver de nouvelles marges de progression.

"Son deuxième levier, c'est d'aller récupérer les catégories populaires attirées par Marine le Pen", dit Frédéric Micheau.

"CHASSER LE PEN DES USINES"

Pour le moment, la présidente du FN domine largement son adversaire chez les ouvriers (37% contre 12% selon l'Ifop).

Mais Jean-Luc Mélenchon et ses troupes du Front de gauche, qui ont reçu récemment le renfort de la CGT, entendent contrer systématiquement le FN dans le monde ouvrier.

"Notre objectif est de battre Nicolas Sarkozy et de chasser Le Pen des usines", a récemment lancé le député européen, ovationné à chacun de ses meetings.

Parallèlement, un tract tiré à 8,5 millions d'exemplaires appelle à dénoncer "l'imposture Le Pen", tandis que deux proches du candidat ont publié des livres sur la question : "Le Parti de l'étrangère", d'Alexis Corbière et "Les Cinq Mensonges" du Front national, de Laurent Maffeïs.

Pour Alexis Corbière, le Front national est incontestablement issu d'un courant "contre-révolutionnaire" et, pour viser l'Elysée, "doit nier cette filiation".

"Donc, il a besoin d'en créer une nouvelle, piochant des références dans l'histoire de la gauche. C'est grossier, mais cette négation de l'histoire pour cacher ses véritables idées fonctionne en partie parce qu'une certaine gauche, le Parti socialiste, a abandonné cette histoire et ses grandes figures", avance-t-il.

Edité par Yves Clarisse

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant