Méfiance à l'ouverture des consultations sur les retraites

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PREMIÈRE JOURNÉE DE CONCERTATION SUR LA RÉFORME DES RETRAITES
PREMIÈRE JOURNÉE DE CONCERTATION SUR LA RÉFORME DES RETRAITES

par Elizabeth Pineau et Emmanuel Jarry

PARIS (Reuters) - Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a entamé jeudi un cycle de consultations sur la future réforme des retraites avec des partenaires sociaux aux revendications a priori inconciliables et méfiants quant aux intentions du gouvernement.

Organisations syndicales et patronales ont annoncé leurs "lignes rouges" avant même le début de cette concertation, qui fait suite à la conférence sociale de juin et au rapport Moreau sur l'avenir d'un système de retraites en déficit chronique.

Le Premier ministre et la ministre des Affaires sociales devaient consacrer la journée à recevoir les dirigeants des principales organisations représentatives, avant d'entendre vendredi les syndicats Unsa, FSU et Sud, particulièrement implantés dans la fonction publique.

Selon la présidente de la CFE-CGC, Carole Couvert, Jean-Marc Ayrault et Marisol Touraine se sont placés à ce stade dans une "posture d'écoute, en partant du rapport de Yannick Moreau mais en précisant bien que c'était une boîte à outils, qu'ils allaient piocher dedans mais aussi rajouter des choses."

François Hollande a déjà annoncé qu'un allongement de la durée de cotisation pour les salariés du secteur privé et de la fonction publique était privilégié dans cette réforme qui fera l'objet d'un avant-projet de loi en septembre.

Mais une telle mesure n'aura véritablement d'effet sur l'équilibre du système de retraites qu'à moyen et long terme, au-delà de 2020. D'ici 2020, l'objectif du gouvernement est de trouver le moyen de combler un besoin de financement de sept milliards d'euros, selon les évaluations du rapport Moreau.

LIGNES ROUGES

Le nouveau président du Medef, Pierre Gattaz, est radicalement opposé à une augmentation des cotisations, comme le représentant des patrons des petites et moyennes entreprises.

"La ligne rouge, c'est d'abord les cotisations parce que nos entreprises n'en peuvent plus", résume Jean-François Roubaud, le président de la CG-PME.

Il propose notamment de rapprocher les régimes du secteur privé et de la fonction publique, de compléter la réforme des régimes spéciaux de 2008, d'aligner la contribution sociale généralisée (CSG) des retraités sur celles des actifs et de rogner leur abattement.

Pierre Gattaz demande pour sa part un allongement de la durée du travail et déplore, dans une interview aux Echos, que le chef de l'Etat "ait écarté d'emblée tout relèvement de l'âge légal de la retraite" -âge légal que le président du Medef propose de reporter à 63, 65, voire 67 ans.

Un véritable chiffon rouge pour les syndicats -la CGT et FO parlent de "casus belli"- qui rejettent cependant aussi un relèvement des cotisations ou une réduction des pensions.

"Aucune baisse des pensions, sous quelque forme que ce soit pour la CFDT!", a ainsi déclaré à Europe 1 Laurent Berger, qui "aimerait que le gouvernement dise ce que sont ses idées" car, "pour l'instant, on ne le sait pas."

Les syndicats abordent divisés cette phase de consultation, jugée beaucoup trop courte par certains d'entre eux. CGT, Sud et FSU ont annoncé sans attendre, pour septembre une mobilisation commune, à laquelle pourrait se joindre Force ouvrière (FO), un appel à l'action contesté par les syndicats "réformistes".

"La CFDT, lorsqu'elle va à une concertation elle y va pour obtenir des résultats, elle n'annonce pas l'échec de ses ambitions avant même d'avoir commencé à discuter", a dit Laurent Berger, qui plaide pour une remise à plat du système et tirera fin août les premières leçons de la concertation.

Avec Jean-Baptiste Vey, édité par Yves Clarisse

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