Maximalistes, minimalistes et "raisonnables" à la COP21

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    * Les pays les plus vulnérables sont les plus exigeants 
    * Le caractère contraignant du futur accord en discussion 
    * L'Inde insiste sur un traitement différencié 
 
    par Emmanuel Jarry 
    LE BOURGET, Seine-Saint-Denis, 1er décembre (Reuters) - Les 
discours d'encouragement des chefs d'Etat et de gouvernement à 
la conférence sur le climat ont cédé la place mardi au travail 
de fourmi des négociateurs, avec pour mission de réconcilier 
maximalistes, minimalistes et tenants d'une ligne "raisonnable". 
    Ils doivent rendre samedi au plus tard un projet d'accord le 
plus abouti possible, avant les derniers arbitrages politiques. 
    Il y a deux écueils à éviter, a confié à la presse François 
Hollande au Bourget, près de Paris, où les délégations de 195 
pays sont réunis depuis dimanche : "Soit on charge la barque et 
elle coule, soit on l'allège et elle ne va nulle part."  
    Les pays les plus exposés aux conséquences du réchauffement 
climatique, surtout les côtiers, sont les plus exigeants. 
    Une coalition de pays en développement dénommée les "20 
vulnérables" (V20) a demandé lundi à la COP21 d'adopter des 
objectifs plus ambitieux : ils estiment que la limite à ne pas 
dépasser pour le réchauffement de la planète est de 1,5° en 2100 
et non 2°, sans quoi leur existence sera en péril.  
    Ils souhaitent également que soit acté l'objectif d'une 
économie mondiale totalement "décarbonée" à l'horizon 2050. 
    Ces objectifs paraissent aujourd'hui hors d'atteinte, alors 
que la somme des engagements nationaux déposés par 184 pays 
avant la COP21 peuvent au mieux placer la planète sur la 
trajectoire d'un réchauffement de 2,7° à 3°C. 
    "Le chiffre de 2°C est apparu comme un objectif politique 
raisonnable" sur lequel un accord international est possible, 
souligne le climatologue Serge Planton, qui dirige la recherche 
sur le climat à Météo France. 
    Un représentant de l'Angola est néanmoins revenu à la charge 
mardi en session plénière :"Nous voulons rappeler à toutes les 
parties que plus de 100 d'entre nous pensent que l'objectif de 
2° est inadéquat et qu'il devrait être porté à 1,5°C." 
     
    CONTRAIGNANT OU PAS ? 
    Pour bien faire, estime l'écologiste Matthieu Orphelin, 
porte-parole de la fondation de Nicolas Hulot, l'envoyé spécial 
de François Hollande pour les questions climatiques, il faudrait 
que les deux chiffres soient conservés dans l'accord final. 
    De quoi faire tiquer les "minimalistes", pays pétroliers en 
tête, dont les plans de réduction des gaz à effet de serre (GES) 
affichent des ambitions elles aussi minimales. 
    Pour Pierre Radanne, spécialiste de ces questions et 
conseiller officieux de l'exécutif français, la Russie et à 
certains égards des pays comme les Etats-Unis et la 
Nouvelle-Zélande peuvent aussi être rangés dans cette catégorie, 
même s'ils affichent leur soutien à un succès de la COP. 
    Ce groupe est cependant très divisé et ses intérêts souvent 
contradictoires. C'est surtout l'impossibilité pour Barack Obama 
de faire adopter un traité juridiquement contraignant par le 
Congrès américain qui risque en l'occurrence de peser. 
    Selon de hauts responsables politiques et de l'ONU, la 
solution est à rechercher dans un traitement différencié des 
différents volets du futur accord. 
    Une piste confirmée à la veille de la COP21 par la 
secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations Unies 
sur le changement climatique (CCUNCC), Christiana Figueres. 
    "L'accord de Paris contiendra un certain nombre d'éléments 
contraignants de manière différente et avec des intensités 
différentes", a-t-elle déclaré.   
     
    LE CAS DE L'INDE 
    Selon Matthieu Orphelin, pourraient être contraignantes la 
révision périodique et à la hausse des programmes de réduction 
des émissions de GES ou l'obligation de transparence. 
    "On sait a contrario qu'il n'y aura pas de sanction si un 
pays n'arrive pas à atteindre ses objectifs" et ceux-ci seront 
laissés à la discrétion des pays, ajoute-t-il. 
    La date du déclenchement de la révision est un autre point 
en discussion. Paris pousse avec d'autres pour 2017-2018, L'Inde 
s'en tient à 2020, entrée en vigueur du futur accord. 
    La position de l'Inde est à bien des égards originale et 
pèsera lourd dans les négociations. 
    Elle affiche certes des projets ambitieux en matière 
d'énergie renouvelable et s'est ralliée à l'objectif de 2°C. 
    Mais "la justice veut que, avec le peu de carbone que nous 
pouvons encore brûler, les pays en développement aient le droit 
de croître", a déclaré son Premier ministre, Narendra Modi, dans 
une tribune publiée dimanche par le Financial Times. 
    Une position susceptible de séduire des pays émergents ou en 
développement et réitérée lundi à la tribune de la COP21, où il 
a fait valoir que sur 1,25 milliard d'Indiens, 300 millions 
n'avaient pas encore accès à des sources modernes d'énergie, .   
  
    "Ça va être difficile. Il va falloir faire preuve d'esprit 
de compromis", confiait mardi à Reuters un négociateur fidjien. 
    "On ne peut pas se permettre que l'Inde ne signe pas", 
renchérit Matthieu Orphelin. "Tout l'enjeu de la COP21 est de 
garder tout le monde sans trop en rabattre sur les ambitions." 
    Une des clefs sera le financement et les transferts de 
technologies octroyés aux pays en développement pour les aider à 
accélérer leur transition énergétique. 
 
 (Avec Barbara Lewis et Alister Doyle, édité par Yves Clarisse) 
 
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