Maurice Manificat : « Ma saison la plus aboutie »

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A l’occasion des championnats de France de ski nordique à Méribel, Maurice Manificat nous a accordé un entretien exclusif. Le fondeur français a terminé à la cinquième place du classement général de la Coupe du monde de ski de fond. Une performance énorme dans une discipline dominée par les Norvégiens.

Maurice Manificat, êtes-vous satisfait de cette cinquième place au général de la Coupe du monde en plus de votre premier podium en style classique à Falun ? C’est ma saison la plus aboutie. J’ai été très régulier et au top. Je jouais presque les podiums tous les week-ends. C’est ce que je recherche. J’ai été vice-champion du monde l’année dernière en skate aux Mondiaux, on a eu la médaille olympique en relais, mais il me manquait quelque chose. Je n’arrivais jamais à faire une saison complète. Mon objectif a toujours été de jouer le classement général. Je m’étais mentalement préparé à me dire que je ne lâcherais rien. Et au fur et à mesure de la saison, j’ai vu que je m’étais bien lancé. J’égalise la cinquième place au général que j’avais fait en 2010 mais ce n’est pas comparable. Je finis deuxième du classement distance derrière Sundby, notre extraterrestre à nous. C’est vraiment ma discipline, je ne suis pas un sprinteur. Je visais le podium dans cette catégorie, c’est important pour moi. En 2010, je ne l’avais pas fait. Et pour comparer avec 2010, j’étais cinquième du classement général avec 500 points alors que cette saison je suis à la même place mais avec 1100 points. Le biathlon est en train de se faire connaître en France avec une médiatisation accrue. Mais le ski de fond reste un peu dans l’ombre. Quelle est la particularité du fond et ses différences par rapport au biathlon ? C’est vrai qu’à chaque fois qu’on vient me voir, je dis que je fais du ski de fond et on me dit « c’est quoi ? C’est avec la carabine ? » (rires). En France, on sait qu’on est un pays très hétéroclite au niveau du sport. Certaines régions sont plus rugby, d’autres plus vélo... En Rhône-Alpes, le ski de fond est assez connu mais dans la France entière c’est plus délicat. Pourtant, je suis sûr que beaucoup en ont pratiqué, pendant les classes de neige pas exemple. Mais les gens ne sont pas forcément au courant qu’il y a un vrai sport de compétition derrière, avec un business. C’est un sport olympique, un des plus vieux sports d’hiver. Nous, on fait du skate (comme pour patiner, ndlr) comme les biathlètes mais aussi du style classique (dans les traces, ndlr), sans tir. Le ski de fond est la base. Tous les jeunes démarrent par du ski de fond avant d’aller vers du biathlon ou du combiné (avec le saut, ndlr). C’est un sport réputé très dur, très physique. Mais il y a ce côté technique aussi. Espérez-vous profiter de la montée du biathlon ? Pourquoi pas. C’est tout à leur honneur. Ils ont une très bonne génération avec de grands athlètes, des stars. Avant, il y avait Raphaël Poirée, aujourd’hui c’est Martin Fourcade. On est content, toute la famille du ski nordique bénéficie de cette médiatisation. On se connait tous. On peut avoir un peu de jalousie car on se dit « qu’est-ce qu’il nous manque pour arriver à ça ? ». Quand je vais en Norvège, je me balade dans la rue et on me reconnait. Ça fait très bizarre d’ailleurs. En Norvège je suis très connu, en France c’est différent. Martin a su être bon communicant et le biathlon est télégénique. Nous, on adore regarder ! Par mes résultats, j’espère montrer qu’en ski de fond on est aussi parmi les meilleurs mondiaux. Il faut aussi essayer de rendre notre sport plus attractif. C’est un effort très court et très violent. Je pense que cet effort peut être beau à voir. Et justement, Martin Fourcade a tenté ces dernières années de se mettre au ski de fond en plus du biathlon. Est-ce qu’il pourrait réussir aussi ? Clairement oui. Il y a eu l’exemple avec Bjoerndalen qui a déjà gagné une Coupe du monde de ski de fond. Martin a les capacités. Il est dans nos temps. Il a fait une étape de la Coupe du monde à Ruka cette saison et il a terminé quinze secondes derrière moi. On rigole souvent parce qu’en biathlon, il arrive souvent tout seul et il salue la foule. En ski de fond, t’as pas le temps de faire ça (rires) ! Ça se joue à la seconde. Tu n’as pas le droit à l’erreur, la moindre petite faute te fait perdre quinze places. Mais il a le talent et le physique qui peuvent lui permettre de faire des performances, en skate. Pour l’instant, il n’a pas le temps pour s’investir à fond dans ce challenge. Mais une fois qu’il aura tous les records au biathlon, il aura le temps de s’y consacrer (rires).
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