Mathieu Lartot : " Pourquoi pas rêver d'une victoire finale "

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Mathieu Lartot : " Pourquoi pas rêver d'une victoire finale "
Mathieu Lartot : " Pourquoi pas rêver d'une victoire finale "

Le Tournoi des VI Nations débute samedi avec la rencontre France-Italie. Une opposition qui sera diffusée comme l'intégralité des rencontres sur les antennes de France Télévisions. Mathieu Lartot qui commente les matchs des Bleus depuis 2009, croit aux chances des Bleus version Guy Novès.

Mathieu Lartot, vous commentez le Tournoi des VI Nations sur France 2 depuis 2003, est-ce une satisfaction pour vous ?
Oui évidemment c’est une grande satisfaction. Quand on est journaliste sportif spécialisé sur le rugby, commenter le tournoi des VI Nations c’est le must. C’est la compétition par excellence du rugby européen. Je prends énormément de plaisir à commenter cet événement tous les ans. Evidemment la pression est plus forte depuis que je fais l’équipe de France. Il y a un contexte très particulier autour du jeu des Bleus depuis quelques années. On n’est pas trop servi malheureusement par les résultats mais professionnellement c’est toujours un moment à part dans notre saison de rugby, ça c’est sûr.

Quel sera le dispositif de France 2 pour le Tournoi des VI Nations ? Apportez-vous des nouveautés cette année ?
Non, il n’y a pas vraiment de nouveauté. On a une mécanique bien huilée depuis de nombreuses années. On a toujours les consultants historiques de la chaîne que sont Fabien Galthié sur l’équipe de France, Raphaël Ibanez à la présentation des avant-matchs notamment dans l’émission XV/15 et Jerôme Cazalbou sur les deuxièmes matchs avec Laurent Bellet. Cedric Baudu remplace Lionel Chamoulaud à la présentation du magazine XV/15, l’émission qui sert de fil rouge lors des journées de tournoi. C’est la seule nouveauté par rapport au dispositif de l’an dernier. Pour le reste ce sont les mêmes équipes.

« On a des automatismes dans la vie de tous les jours qui se ressentent à l’antenne »

Quelles sont vos relations avec votre consultant Fabien Galthié ?
Nos relations sont très bonnes. Ça fait un petit moment qu’on travaille ensemble et que l’on fonctionne vraiment en binôme. Ça va être le huitième Tournoi (ndlr : des VI Nations) où on part tous les week-ends à travers l’Europe tous les deux. On se connaît quasiment par cœur aujourd’hui. En plus, j’ai collaboré à l’écriture de sa biographie il y a un an et demi donc ça nous a permis de nous rapprocher encore plus. On a des automatismes dans la vie de tous les jours qui se ressentent aussi à l’antenne. Lorsqu’on se retrouve tous les ans pour le Tournoi des VI Nations, c’est toujours comme si on s’était quitté la veille. On a un fonctionnement qui marche très bien depuis de nombreuses années donc tout se passe très bien.

Pensez-vous que le fait de ne pas avoir été nommé sélectionneur changera sa manière de commenter ?
Non ça n’a pas d’impact. De toute façon Fabien Galthié a toujours fait partie d’une short-list des techniciens français qui sont susceptibles d’entrainer un jour l’équipe de France. Il était pressenti quand Marc Liévremont a été désigné et il était également pressenti quand Philippe Saint-André a été désigné. Comme les deux fois précédentes, il n’a pas été pris. Ça ne l’empêchera pas de faire son travail consciencieusement, comme il l’a toujours fait. Il n’y a pas de conflit d’intérêt par rapport à ça. C’est quelqu’un qui place l’équipe de France au-dessus de son intérêt personnel. Fabien n’a pas d’amertume et il n’en veut pas à quelqu’un en particulier pour ne pas avoir été nommé sélectionneur de l’équipe de France. Il a proposé un projet et a été auditionné. Il n’a pas été pris et maintenant il est consultant à France Télévisions.

Avez-vous senti un changement dans les relations entre France Télévisions et le XV de France depuis l’arrivée de Guy Novès ?
Elles n’ont pas changé non. On travaille en bonne intelligence. C'est-à-dire qu’on a bien compris que Guy Novès voulait sacraliser un peu Marcoussis, le lieu d’entraînement de l’équipe de France. Il a mis une certaine distance en place parce qu’il a envie de donner les meilleures conditions pour travailler sereinement et aborder les matchs avec confiance. On respecte ça. On a un caméraman qui est embarqué avec l’équipe de France. Il est autorisé à filmer dans la mesure du possible. Il y a des choses qu’on ne filme pas sur demande de Guy Novès et de son staff parce que c’est leur premier tournoi. Il y a des choses qu’ils ont envie de garder pour eux et on le comprend. On respecte leur intimité mais on ne désespère pas qu’au fil du temps des portes s’ouvrent parce que notre but est de montrer un maximum de choses. On a envie d’offrir les coulisses parce que l’envers du décor c’est aussi ce qui plait aux gens. On peut comprendre que dans l’état actuel des choses l’équipe de France ait besoin de se retrouver un peu face à elle-même en fonctionnant un peu à huit clos. On prend ce qu’il y a à prendre aujourd’hui et puis on verra par la suite en espérant qu’avec les résultats on obtienne peut-être davantage.

« C’est incontestablement l’un des plus grands, si ce n’est le plus grand »

Pensez-vous que Guy Novès soit l’homme de la situation pour le XV de France ?
C’est toujours délicat de dire qu’Intel est l’homme de la situation. Il n’a pas commencé encore qu’on est déjà à se dire qu’il est peut-être le Messie. C’est incontestablement l’un des plus grands, si ce n’est le plus grand manager que le rugby français ait connu par son palmarès avec le Stade Toulousain. C’est quelqu’un qui est unanimement reconnu, à sa juste valeur d’ailleurs. Maintenant, est-ce qu’il est l’homme de la situation ? Il a quand même un chantier énorme devant lui. On vient de traverser les quatre pires années du rugby français. Il y a quand même beaucoup à faire. Tout Guy Novès qu’il est, il ne détient pas les clés à lui tout seul. Il y a aussi une nouvelle génération à lancer et des problématiques dans le système du rugby français, qui ne met pas l’équipe de France dans les meilleures conditions pour aborder les grandes échéances internationales. Et Guy Novès devra composer avec tout ça aussi. Après, il est très très fort dans le management, il a toujours eu une relation très étroite avec ses joueurs. Beaucoup de choses plaident en sa faveur mais on va voir ce que ça va donner parce qu’on ne peut jamais être sûr de rien en sport.

Pensez-vous que Guy Novès ait sélectionné les meilleurs rugbymen français pour le Tournoi ?
Oui incontestablement. Les joueurs qu’il a pris brillent dans leurs clubs respectifs. Ils ont un talent fou. Les joueurs que Guy Novès a convoqués pour ce tournoi sont évidemment les meilleurs en ce moment. Ils ont tous leur place en équipe de France. Ils ont une opportunité formidable parce que tout est à reconstruire et on part sur une nouvelle aventure. Il n’y a rien à perdre parce que de toute façon on a touché le fond. On a été humilié à la Coupe du Monde donc il y a tout à gagner pour ces jeunes joueurs. J’ai envie d’être résolument optimiste. Il va falloir être patient sans doute et il y a aura sûrement des échecs mais je pense que s’ils mettent l’engagement promis par Guy Novès qui est très attaché à cette valeur de combat, de détermination, de don de soi, il parle même de guerrier, il n’y a pas de raison que ça ne fonctionne pas.

« L’équipe de France avait besoin d’un nouveau souffle »

Que pensez-vous de sa politique de rajeunissement de l’effectif bleu ?
Elle est naturelle parce qu’il part sur un cycle de quatre ans. Forcément pour aller disputer la prochaine Coupe du Monde au Japon, c’est toujours mieux de prendre des joueurs qui ont entre 22 et 26 ans parce que ça veut dire qu’ils arriveront à la Coupe du Monde un peu avant la trentaine, donc des joueurs qui seront à maturité. L’équipe de France avait besoin d’un nouveau souffle et qu’on tourne une page, ce qui est en train de se faire. Quand il y a des joueurs qui ont du talent, pourquoi attendre pour les faire jouer ? Les Blacks n’attendent pas d’un joueur qu’il ait 28 ans et 50 sélections pour le mettre titulaire. Ils lancent des jeunes qui explosent aux yeux du monde. Il faut qu’on soit sur cette lignée là et Novès l’a très bien compris. Et ne faisons pas ce qu’on a fait dans le passé en sacrifiant des jeunes joueurs parce qu’ils n’étaient pas bons tout de suite. Essayons de les installer, de leur donner du temps et de travailler un peu dans la sérénité pour qu’il y ait une forme de constance. C’est important de travailler sur des cycles et de laisser la chance aux joueurs.

Quelles sont les chances françaises sur ce Tournoi des VI Nations ?
La France a un calendrier plutôt favorable parce que les années paires elle reçoit trois fois. Elle débute contre l’Italie qui est la nation à mon avis la plus faible de cette compétition. Il faudra bien négocier l’enchainement du deuxième match contre l’Irlande à domicile et du troisième au Pays de Galles. Si c’est bien abordé pourquoi pas rêver d’une victoire finale dans ce tournoi qui est très ouvert. L’Irlande, tenante du titre, a beaucoup de blessés et semble un peu en difficulté parce qu’ils n’ont pas réussi à qualifier leurs provinces en quarts de finale de la Coupe d’Europe. C’est la première fois depuis 18 ans. L’Angleterre qui fait partie des favoris est attendue même si elle reste traumatisée par l’élimination en phase de poule de sa Coupe du Monde. Le pays de Galles qui a été remarquable pendant la dernière Coupe du Monde sera un sérieux client. Et attention à l’Ecosse qui a fait une très bonne Coupe du Monde. Vern Cotter est en train de faire du très bon travail avec cette équipe qui sera difficile à jouer. Excepté l’Italie qui est décrochée complètement, c’est un tournoi qui est très intéressant pour ça.

Quel est votre pronostic pour France-Italie ?
Une victoire de l’équipe de France évidemment. Je pense assez largement. Il y a aura entre 15 et 20 points d’écart à l’arrivée parce que l’équipe d’Italie est en phase de reconstruction. Ils ont quasiment quatorze joueurs blessés depuis la Coupe du Monde. Ils lancent des jeunes avec quatre joueurs à zéro sélection dans leur XV de départ. C’est un cycle un peu bizarre qui est en train de s’enclencher pour l’Italie qui manque de résultat au niveau international et qui n’a gagné qu’un seul de ses 80 matchs à l’extérieur dans son histoire au tournoi des VI Nations. Ce sera une victoire logique pour l’équipe de France et je pense avec un matelas assez confortable.

« Je mettrais une petite pièce sur cette équipe d’Angleterre »


Qui va remporter le Tournoi des VI Nations ?
Franchement cette année c’est très difficile à dire. Je crains un petit peu les Anglais parce que je me dis qu’après leur Coupe du Monde, ils auront vraiment envie de se racheter. Ils n’ont pas modifié grand-chose même s’ils ont un nouveau sélectionneur (ndlr : Eddie Jones) et un nouveau capitaine, Dylan Hartley, mais après c’est vraiment le même groupe de joueurs. Ce sont des joueurs qui ont de l’expérience. Ils sont passés aux travers de leur Coupe du Monde parce qu’à mon avis ils ont très mal géré la pression d’une compétition qu’on joue à domicile. Je pense qu’ils ont une très très bonne équipe. Les clubs anglais dominent la Coupe d’Europe, ils ont placé 5 clubs en quarts sur 8 équipes, ce qui est considérable. Je mettrais une petite pièce sur cette équipe d’Angleterre et pas très loin derrière Irlande, France et pays de Galles à égalité.

Amadou DIAWARA

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