Martin Fourcade, roi du biathlon, espère aussi briller en ski de fond

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Martin Fourcade, pensez-vous déjà aux Jeux Olympiques ?
J?y pense depuis Vancouver donc plus ça approche, plus j?ai cela dans un coin de ma tête. Mais je ne veux pas prendre la saison qui arrive comme une parenthèse avant les Jeux Olympiques. C?est une saison à part entière avec ses événements majeurs comme la Coupe du monde. J?ai aussi des défis importants à relever comme le ski de fond et des défis plus personnels comme celui d?être le cinquième athlète à avoir gagné le plus de Coupes du Monde. J?ai énormément d?ambitions pour cette saison car j?ai aussi envie de gagner sur des sites où je n?ai pas forcément réussi la saison passée pour essayer de me prouver que je peux gagner partout. Je n?ai pas envie d?arriver à Sotchi l?an prochain en étant mois fort que ce que je suis actuellement. Le gros piège est de se dire que c?est une année moins passionnante en levant le pied pour uniquement se concentrer sur l?an prochain. Je veux encore progresser. Je sais que j?ai deux ans pour resserrer les vis et arriver à Sotchi en favori.

Pourquoi vouloir se lancer dans le ski de fond ?
J?ai voulu rajouter ce petit piment pour me dire que je ne suis pas dans l?attente de l?an prochain. Je veux créer quelque chose cette année qui va me permettre d?être impliqué sans une attente particulière ni une baisse de régime. Ce n?est pas une lassitude de gagner ou le manque de niveau en biathlon, comme j?ai pu l?entendre, qui ont fait que je me suis tourné vers le ski de fond. C?est un défi mais c?est plus dans la remise en question que j?ai trouvé ce challenge. Je suis incontestable dans l?équipe de France de biathlon depuis mon arrivée en Coupe du monde, il y a cinq ans. Je n?ai jamais été inquiété et là je vais arriver dans le circuit de fond comme un junior, finalement. Je ne sais pas où j?en suis, je vais devoir gagner ma place. Tous ces paramètres font que c?est un gros défi et une remise en question qui me permettra de progresser par la suite.

Quels seront vos objectifs dans cette discipline ?
Je n?en n?ai pas forcément. Peut-être que ça viendra mais je veux surtout faire une première Coupe du monde pour voir comment cela se passe, le plaisir que je prends et les opportunités qu?il y a par la suite. Il est certain que je mentirais si je disais que les Mondiaux de fond en février n?étaient pas dans un coin de ma tête, et que je n?ai jamais pensé doubler le fond et le biathlon aux JO. Ce sont des choses auxquelles j?ai toujours pensé. Je veux avant tout me tester dans cette première Coupe du monde et voir par la suite. On tirera le bilan à l?issue de cette compétition.

Avez-vous eu une préparation spécifique pour le fond ?
J?ai amélioré certaines choses et fait des petites modifications. Par exemple, lors d?une séance d?une demi-heure, je tirais toutes les cinq minutes ; dorénavant, je fais vingt minutes en continu pour tirer toutes les deux minutes trente sur les dix minutes qui restent. C?est une petite modification qui me permet d?allier mes deux défis, mes deux passions, mes deux sports et qui va permettre de progresser dans les deux disciplines.

Ole Einar Bjoerndalen est-il une référence pour vous ?
C?est vrai qu?il y a deux athlètes qui ont réussi cela, ce sont Bjoerndalen et (Lars) Berger, les deux sont norvégiens et ont su s?imposer en fond et sur le biathlon. Ça reste évidemment un exploit immense. S?imposer dans deux disciplines différentes comme l?a pu le faire Cavendish en vélo (ndlr : sur piste et sur route), ce sont des exploits hors normes. Je ne sais pas où je me situe. Ce qui est certain, c?est que je n?y vais pas pour faire 45eme, mais j?y vais sans prétention avec de l?appréhension et des incertitudes.

Allez-vous accordez une importance particulière aux épreuves par équipe ?
Les épreuves par équipes ont de l?importance. Cependant, je peux gagner sans l?équipe. A titre personnel, les victoires par équipes paraissent moins glorieuses mais je prends beaucoup de plaisir à gagner avec une équipe avec qui je vis 200 jours par an. Lorsque l?on arrive à réaliser quelque chose de fort ensemble, on le vit très bien. Ça permet de mettre en lumière les athlètes collectivement. C?est une récompense pour le staff et un cadeau rêvé. L?idéal serait de claquer cela aux JO de Sotchi. On a eu l?argent cette année aux Mondiaux avec un peu d?amertume car je me fais passer dans le dernier tour. J?ai zéro regret sur cette course car j?ai tout donné. Je suis tombé sur meilleur que moi ce jour-là. C?était une désillusion mais je garde dans un coin de ma tête ce relais pour avoir la prochaine fois, toutes les armes en ma possession et répondre présent.

Avez-vous modifié votre tir qui vous a coûté quelques victoires l?an passé ?
On essaie toujours de progresser. J?ai tendance à dire que l?on gagne sur ses points forts et pas en gommant ses points faibles. J?ai travaillé principalement le ski, qui est mon point fort. Cette année j?ai changé de carabine : un changement important pour un biathlète. J?ai aussi de meilleurs réglages en position couchée qui me permettent de tirer plus vite et plus précis. Maintenant il faut aussi que la réussite soit là pour améliorer ma moyenne de tir qui est de 84% actuellement.

Après Raphaël Poirée, vous êtes la référence du biathlon. Comment le vivez-vous ?
J?ai toujours bien su gérer l?attente qui s?est créée. Je me bats pour être le meilleur mondial et lorsque vous y parvenez, c?est plutôt plaisant. Je n?ai jamais eu du mal à supporter ce que j?ai créé. C?est toujours plaisant d?être en haut de l?affiche. Avec Jason Lamy-Chappuis (combiné nordique), on est un peu les portes paroles du ski français depuis deux ou trois ans, ça nous permet de mettre en lumière nos disciplines qui méritent de l?être et qui sont belles.

Regrettez-vous que votre discipline ne soit mise en lumière que lors des JO ?
C?est la loi du marché. Tout le monde se plaint que l?on ne parle pas assez des Jeux Paralympiques, mais c?est parce qu?ils passionnent moins que les Jeux Olympiques au même titre que le biathlon intéresse moins que le football. A nous de faire en sorte que notre discipline soit la plus attractive possible. On a de jolies histoires en ce moment comme mon histoire avec Simon (son frère) On a plein d?athlètes qui marchent bien, une génération qui est jeune. Tous ces arguments vont faire que notre notoriété et celle du biathlon vont augmenter. On ne pratiquera jamais un sport de masse et le football est roi en France, mais on n?est pas complexé par rapport à cela. On sait qu?en gagnant, on réduira le fossé.

Comment expliquez-vous qu?en Allemagne votre notoriété est plus importante qu?en France ?
C?est paradoxal mais c?est quelque chose que je vis plutôt bien. Je suis content d?avoir une vie normale en France. Vivre comme monsieur et madame tout le monde me convient très bien.

Quel sera votre adversaire principal ?
Depuis quatre ou cinq ans, l?adversaire principal reste Emil Svendsen. C?est quelqu?un qui a toujours su répondre présent, qui a gagné le général de la Coupe du Monde, qui est champion du monde et champion olympique. C?est l?adversaire le plus capé. Ensuite, il y aura certainement des révélations comme chaque année et deux, trois athlètes à surveiller comme l?Allemand Peiffer et Bjoerndalen qui est toujours là?

Pourtant les Allemands ont du mal à se renouveler?
Ils ont deux gros athlètes avec Peiffer et Birnbacher qui leur permettent d?obtenir pas mal de podiums. Je pense qu?ils ont toujours une équipe solide. Toutes les nations n?ont pas la chance d?avoir un athlète qui peut gagner tous les week-ends. Je suis content d?être l?un de ceux là.

L?an dernier vous avez réussi à faire un podium avec votre frère à vos côtés. Une émotion forte ?
On y avait beaucoup pensé et on sentait une forte attente car médiatiquement, c?était quelque chose d?important dans notre discipline. C?était un soulagement et un grand bonheur car on a pu partager ce podium ensemble. C?était sur le site des prochains Mondiaux (Nove Mesto), j?espère que c?était prémonitoire. On est fier de l?avoir fait.

Comment gérer cette rivalité entre frères ?
Je dis souvent que l?on arrêtera d?être athlètes bien avant d?être frères. Il faut gérer cette adversité le plus intelligemment possible en faisant le discernement entre notre vie de frères et d?athlètes. Il y a un Simon athlète que j?ai envie de battre pendant la course et sur qui je suis prêt à marcher sur les skis. Mais une fois que j?ai passé la ligne d?arrivée, je vais soit le féliciter, soit lui demander comment s?est passée sa course.

Comment la famille gère cette adversité ?
La famille nous supporte tous les deux. Quelque soit le vainqueur, elle sera contente. Avec Simon, ça fait deux fois plus de chances de victoires. Les parents ont réussi à faire le distinguo, même si ça n?a toujours pas été facile pour mes parents de voir l?un des frères plus malheureux que l?autre à certains moments. On a la chance de vivre une expérience extraordinaire ensemble et c?est à nous d?être intelligents et d?en profiter au maximum.

Comment vous encouragez-vous ?
Simon est bien meilleur que moi en tir, alors que je suis plus doué en ski. On est deux personnages différents en tant qu?hommes et athlètes avec des qualités et défauts qui ne sont pas les mêmes. Ces différences permettent de progresser plus facilement que si l?on était deux personnes identiques qui n?auraient pas grand chose à copier sur l?autre.

L?objectif c?est de faire un et deux à Sotchi ?
Oui, mais je préfère faire un.

Propos recueillis par Nicolas GUIGUES

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