Marseille sous le choc après le meurtre d'une avocate

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UNE AVOCATE ÉGORGÉE À MARSEILLE
UNE AVOCATE ÉGORGÉE À MARSEILLE

MARSEILLE (Reuters) - Les avocats marseillais étaient sous le choc samedi après le meurtre d'une de leur consoeur, retrouvée vendredi la gorge tranchée dans son étude située dans le centre-ville.

Une quinzaine d'hommes de la brigade criminelle de la police judiciaire travaillent intensément sur cette affaire, qualifiée de "hors du commun" samedi par le procureur de la République.

"Aucune piste n'est privilégiée. A ce stade de l'enquête, on peut tout imaginer : l'agression d'un client, l'agression d'un rodeur ou celle de quelqu'un qui en voulait personnellement à l'avocate", a déclaré Jacques Dallest, en marge d'une cérémonie de recueillement des membres du barreau de Marseille.

Le corps de la victime a été découvert par son associé dans leur cabinet de la rue Saint-Ferréol, la principale artère piétonne de la ville.

Raymonde Talbot, 66 ans, était spécialisée dans le droit des personnes, de l'immobilier et du commerce. Elle avait prêté serment en 1981.

"On a la certitude que Me Talbot a été mortellement blessée à son bureau, mais on ne peut rien dire sur les circonstances de cette agression. Personne n'a rien entendu", a souligné Jacques Dallest.

L'autopsie du corps, qui était en cours samedi, devrait confirmer que la plaie profonde relevée sur la gorge de la victime est à l'origine directe de sa mort. Plusieurs blessures plus légères ont été relevées dans le dos et au niveau de l'omoplate.

HOMMAGE

Les enquêteurs, qui tentent de retracer l'emploi du temps de Me Talbot, poursuivaient samedi l'audition de différents témoins, ceux qui fréquentaient la victime dans sa sphère privée comme ceux qu'elle recevait dans son cabinet.

Les enquêteurs tentent également de "faire parler" les nombreux indices matériels relevés sur la scène de crime comme d'éventuelles traces d'ADN.

Ils analysent surtout le contenu des bandes vidéo provenant des cinq caméras de surveillance disposées dans cette rue très commerçante.

La mort de Raymonde Talbot, décrite comme une "personne discrète et ouverte" par ses confrères, a provoqué un profond émoi chez les membres du barreau de Marseille.

Entre 200 et 300 avocats, tous vêtus de leur robe noire, se sont rassemblés samedi dans une salle de la Maison de l'avocat, située à quelques dizaines de mètres du lieu de l'agression.

"Nous sommes profondément choqués. Le bureau d'un avocat est un sanctuaire, un lieu de secrets, d'ouverture et d'accueil", a dit le bâtonnier de Marseille, Jérôme Gavaudan. "Voir une consoeur effondrée derrière son bureau, tuée par un agresseur qu'elle a accueilli, est une atteinte profonde à nos valeurs."

Après le meurtre de l'ancien bâtonnier d'Ajaccio, Antoine Sollacaro, abattu le 16 octobre en Corse, celui de Raymonde Talbot provoque l'inquiétude de la profession.

"Il ne faut pas faire de lien, mais il est vrai que nous sommes particulièrement inquiets qu'on puisse être physiquement atteint par rapport aux missions qui sont les nôtres", a dit à Reuters, Me Eric Campana.

"Il fut un temps où l'avocat était sacré. Aujourd'hui, on touche l'avocat dans l'exercice de sa profession. C'est un pan de la démocratie qui s'effondre", a poursuivi le futur bâtonnier de Marseille, qui prendra ses fonctions en janvier.

En hommage à Me Talbot, un court texte sera lu et une minute de silence observée lundi dans les tribunaux de Marseille.

Jean-François Rosnoblet, édité par Jean-Baptiste Vey

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